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4 septembre 2006

Gaza : Quel retrait ? Le "J’accuse" de Gideon Levy

Sous la plume de Gideon Levy, journaliste israélien, un témoignage terrible sur les crimes israéliens dans la Bande de Gaza.
Nous vous remercions de l’envoyer à un maximum de personnes.

Gaza dans l’obscurité
par Gideon Levy

Gaza a été réoccupée. Le monde doit savoir cela et les Israéliens doivent le savoir aussi. L’occupation a lieu dans les pires conditions. Depuis l’enlèvement de Gilad Shalit, et plus encore depuis qu’a éclaté la guerre du Liban, les Forces Israéliennes de Défense ont tout saccagé à Gaza - il n’y pas d’autre mot pour en parler - tuant, démolissant, bombardant, pilonnant, sans distinction.

Personne ne pense à établir une commission d’enquête : la question n’est même pas à l’ordre du jour. Personne ne demande pourquoi on a fait ça et qui l’a décidé. Mais à la faveur des ténèbres de la guerre au Liban, les Forces Israéliennes de Défense sont retournées à leurs vieille pratiques à Gaza, comme s’il n’y avait pas eu de retrait. Aussi il doit être dit sans détour que le retrait est mort.

En dehors des tas de décombres, ce qui reste des colonies, rien ne reste du retrait et de ses promesses. Comme ils apparaissent méprisables tous les sublimes et absurdes discours sur « la fin de l’occupation » et « le partage de la terre ». Gaza est occupée, et avec encore plus de brutalité qu’avant. Le fait que ce soit plus pratique pour l’occupant de le contrôler de l’extérieur n’a rien à voir avec les conditions de vie intolérables des occupés.

Dans des grandes zones de Gaza, maintenant, il n’y a plus d’électricité, Israël a bombardé la seule centrale électrique de Gaza, et plus de la moitié des réserves en électricité seront coupées pour au moins un an encore. Il y a à peine de l’eau. Puisqu’il n’y a pas d’électricité, fournir de l’eau aux maisons est presque impossible. Gaza est plus sale et sent plus mauvais que jamais : en raison de l’embargo qu’Israël et le monde ont imposé à l’Autorité élue, aucun salaire n’est payé et les balayeurs des rues sont en grève depuis quelques semaines. Des tas d’ordures et des nuages écoeurants de puanteur étranglent la bande côtière, la transformant en Calcutta.

Plus que jamais, Gaza est comme une prison. Le passage d’Erez est vide, le passage de Karni n’a été ouvert que quelques jours seulement au cours des derniers mois, et c’est pareil pour le passage de Rafah. Quelques 15 000 personnes attendaient depuis deux mois pour entrer en Egypte, certains attendent toujours, y compris tous ceux qui souffrent et sont blessés. 5 000 autres attendaient de l’autre côté pour retourner chez eux. Certains sont morts pendant cette attente. Il faut voir ces scènes à Rafah pour comprendre à quel point est profonde la tragédie humaine qui s’installe. Un passage, qui n’était pas supposé garder une présence israélienne continue, va servir de moyen pour qu’Israël écrase 1,5 million d’habitants. C’est une punition collective honteuse et choquante. Les Etats Unis et l’Europe, dont la police est au passage de Rafah, sont eux aussi responsables de cette situation.

Gaza est aussi plus pauvre et plus affamée que jamais auparavant. Il n’y a presque pas de marchandises qui entrent ou sortent, pêcher est interdit, les dix mille travailleurs de l’autorité palestinienne ne reçoivent aucun salaire et la possibilité de travailler en Israël est hors de question.

Et encore n’avons-nous pas mentionné la mort, la destruction et l’horreur. Au cours des deux derniers mois, Israël a tué 224 palestiniens dont 62 enfants et 25 femmes. Il a bombardé et assassiné, détruit et pilonné, et personne ne l’a arrêté. Aucune cellule Quassam ni tunnel clandestin ne justifie ces tueries à grande échelle. Pas un jour ne se passe sans morts, la plupart étant d’innocents civils.

Où sont les temps où il y avait encore un débat à l’intérieur d’Israël sur ces assassinats ? Aujourd’hui, Israël largue d’innombrables missiles, pilonne et bombarde les maisons et tue des familles entières sur sa route. Les hôpitaux sont en faillite avec plus de 900 personnes en attente de traitement. A l’hôpital de Shifa, seule structure de Gaza à mériter le nom d’hôpital, j’ai vu des scènes déchirantes la semaine dernière. Des enfants qui ont perdu leurs membres, sous respirateurs, paralysés, impotents à vie.

Des familles ont été tuées pendant leur sommeil, en conduisant leurs ânes ou en travaillant dans les champs. Des enfants terrorisés, traumatisés par ce qu’ils ont vu, s’entassent dans leurs maisons, l’horreur dans les yeux, (c’est) indescriptible avec des mots. Un journaliste espagnol qui a passé récemment un certain temps à Gaza, vétéran de la guerre et des zones en guerre dans le monde, a déclaré qu’il n’avait jamais été exposé à des scènes aussi horribles que celles qu’il a vues et sur lesquelles il a enquêté au cours des deux derniers mois.

Il est difficile de dire qui a décidé de tout cela. Il est douteux que les ministres soient conscients de la réalité de Gaza. Ils en sont responsables, à commencer par la sale décision de l‘embargo, du bombardement des ponts de Gaza, de la centrale électrique et des assassinats de masse. Israël est responsable maintenant et une fois de plus pour tout ce qui arrive à Gaza.

Les évènements de Gaza font apparaître au grand jour la grande fraude de Kadima : venu au pouvoir dans le sillage du succès virtuel de ce retrait qui est maintenant parti en fumée, il avait promis le dialogue, promesse que le premier ministre a déjà abrogée. Ceux qui pensent que Kadima est un parti centriste doivent maintenant savoir qu’il n’est rien d’autre qu’un autre parti de droite pour l’occupation. La même chose est vraie des Travaillistes. Le ministre de la défense Amir Peretz est responsable de ce qui arrive à Gaza non moins que le premier ministre et les mains de Peretz sont dégoulinantes de sang comme celles d’Olmert. Il ne pourra jamais plus se présenter comme un « homme de paix ». Le terrain des invasions chaque semaine, et chaque fois ailleurs, les opérations d’assassinat et de destruction à partir de la mer, des airs et de la terre sont un déguisement de la réalité que désignent des noms-camouflage comme les opérations « Pluies d’été » ou « jardin d’enfants verrouillé ».

L’excuse de la sécurité ne peut expliquer ce cycle de folie, et aucun argument civil ne peut expliquer notre honteux silence à tous.

Gilad Shalit ne sera pas relâché et les Quassam ne cesseront pas. Au contraire, c’est l’horreur qui s’installe à Gaza, et tandis qu’elle peut empêcher quelques attaques terroristes dans un court laps de temps (la terreur) donnera naissance à encore plus de terrorisme meurtrier. Israël dira alors, drappé dans sa vertu, « Mais nous leur avions rendu Gaza » .

Publié dans Haaretz le 3/9/06

Traduit par Carole Sandrel pour CAPJPO-EuroPalestine

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