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12 avril 2002

LES DESTRUCTIONS ET DEPRADATIONS ISRAELIENNES A RAMALLAH

Le 8 avril à 13 heures, le couvre-feu a été levé à Ramallah pour la seconde
fois en 11 jours et pour une période de 4 heures. Cela a donné à certains
une chance d’essayer de trouver un peu de pain et quelques oeufs, et à
d’autres de se rendre compte en toute hâte des dommages causés à leurs
institutions.

Lors de la levée précédente du couvre-feu, les gens devaient
passer tout leur temps à chercher du pain et d’ailleurs n’en trouvaient pas.
Mais une fois enfermés à nouveau chez eux, ils ont commencé à se poser la
question : Qu’ont fait les Israéliens à l’intérieur des bâtiments où ils ont
pénétré ?

A mesure que l’on entendait parler de pillages, de vols et de saccages,
beaucoup de gens commencèrent à se faire du souci, puis à craindre la pire
des choses : la destruction de l’infrastructure institutionnelle et
culturelle de la vie palestinienne. Cette crainte, hélas, se trouve
maintenant confirmée. Pour beaucoup d’entre nous, une bonne partie de notre
travail laborieux d’édification d’institutions palestiniennes a été ruinée.

Bien que nous ne connaissions pas l’étendue exacte de cette destruction, les
récits des témoins oculaires indiquent qu’elle est générale. Sans doute
faudra-t-il des mois pour évaluer l’ampleur des dommages, une fois que nous
serons sortis de la situation présente. Et bien entendu, à l’heure actuelle,
étant toujours sous couvre-feu et n’ayant de contacts que par téléphone,
nous ne connaissons que quelques exemples, ceux que nous avons pu constater
nous-mêmes ou qui concernent des gans proches de nous. Voici ce que nous
avons appris jusqu’ici :

1. Emetteurs de radio et de télévision : Non seulement l’armée israélienne
a-t-elle dès le début occupé la plupart des émetteurs de radio et de
télévision, mais elle a utilisé au moins l’un de ces derniers, Watan, pour
diffuser des films pornographiques. Le second jour de l’attaque israélienne,
j’ouvris mon téléviseur pour voir ce que la chaîne Watan allait nous montrer
sur les événements qui se déroulaient autour de nous. Je fus complètement
choquée de voir un film pornographique au lieu du reportage attendu.
J’appelai tous mes amis, qui tous voyaient la même chose. Et cela se
prolongea durant 48 heures. Pensez aux enfants, conscients de tout ce qui se
produisait autour d’eux et essayant de se distraire en regardant la
télévision.

Puis nous commençâmes à entendre des récits sur ce qui s’était passé à
l’émétteur de télévision éducative de l’université al-Quds, qui en temps
normal programme des émissions éducatives, mais qui depuis le début des
événements récents avait commencé à diffuser des dessins animés pour enfants
et des courts-métrages sur les premiers secours et le traitement des
traumatismes, ainsi que des numéros de téléphone et des adresses à utiliser
en cas d’urgence en ces temps difficiles.
D’après le récit du directeur technique de cet émetteur et d’une autre
personne (un de mes amis, réalisateur de films), l’armée avait occupé le
bâtiment et détenu deux membres du personnel pendant de nombreuses heures
avant de les relâcher. Lorsque le couvre-feu fut levé le 5 avril, le
directeur essaya d’entrer dans le bâtiment, mais en fut empêché par l’armée.
Sur le chemin du retour, il rencontra les responsables de l’émetteur de TV
Al-Nasr et des stations de radio Manara, Ajyal et Angham ; ses pires
craintes furent alorts confirmées. Ses collègues avaient pu pénétrer dans
leurs bâtiments respectifs, et tous racontèrent les mêmes horreurs. Ils
avaient trouvé tout l’équipement renversé sur le plancher ; tout avait été
totalement et irrémédiablement détruit. Les microphones, les bandes
magnétiques, les CD, les appareils de contrôle, les changeurs de fréquence,
tout gisait par terre et était réduit en miettes. Même les studios de "Radio
Love and Peace", la bien-nommée, avaient été entièrement détruits ; les
soldats avaient apparemment utilisé des marteaux de forgeron
particulièrement efficaces ou quelque chose de ce genre !

2. Organisations non-gouvernementales travaillant sur la recherche et les
applications en matière de développement économique et social, et sur les
droits de l’homme

a. Al-Haq, HDIP et MATTIN : il s’agit de trois organisations
non-gouvernementales spécialisées respectivement dans la défense des droits
de l’homme, la recherche et les applications en matière de santé et la
recherche sur le développement économique. Elles sont situées dans le même
bâtiment. Le premier compte-rendu que je reçus fut celui des gens d’al-Haq
qui précisait que leurs bureaux avaient été pris d’assaut, de même que ceux
de HDIP, et qu’un de leurs employés avait été arrêté. Plus tard, les
chercheurs de MATTIN nous apprirent que les trois institutions avaient été
occupées et transformées en un grand dortoir, et que l’armée était en train
d’utiliser le bâtiment tout entier pour y prendre ses quartiers. Lors de
seconde levée du couvre-feu, j’essayai de m’approcher de ce bâtiment d’aussi
près que je pus, et je constatai qu’il était entouré de barbelés et de chars
 ; il était totalement inaccessible même pour ceux qui auraient voulu
seulement constater les dégâts causés à l’intérieur, et l’on ne pouvait
qu’imaginer ce qui avait pu s’y passer. Si l’on se fonde sur les
destructions causées dans les stations de radio et de télévision, ainsi que
dans les foyers individuels où l’armée avait fait irruption, on ne peut que
supposer que là aussi les dommages doivent être très importants.

b. UPMRC : Cette institution abrite, entre autres, un Centre de Jeunes qui
possède un laboratoire d’ordinateurs, ainsi que d’autres équipements et
matériels destinés à aider les jeunes en ces temps difficiles. Ce Centre fut
pris d’assaut par l’armée le dimanche 31 mars. Les soldats firent exploser
la porte d’entrée pour y pénétrer. Ils fracassèrent toutes les portes
intérieures et détruisirent quelques-uns des ordinateurs (nous ne savons pas
combien). Nous ignorons, à ce jour, s’il y eut des vols.
Quant au Centre d’Optométrie de l’UPMRC, il fut occupé également,
probablement le même jour. Là encore, les militaires firent sauter la porte
d’entrée. Ils démolirent aussi tous les murs intérieurs et cassèrent tout :
les ordinateurs, les microscopes et tout l’équipement diagnostique furent
renversés sur le plancher et réduits en miettes. Toutefois, l’ordinateur
principal contenant les archives fut emporté par l’armée. Il ne reste plus
rien qui soit utilisable.
Le Centre d’Aide Technique de l’UPMRC pour les Handicapés fut pris d’assaut
le 1er avril. Pour y pénétrer, les militaires avaient fait exploser l’un des
murs, car ils n’avaient pas réussi à faire sauter la porte d’entrée
principale. Tous les ordinateurs gisaient sur le plancher et étaient
fracassés ; il y avait aussi par terre des débris de verre et même des
morceaux de mur.
Enfin, le Centre Médical d’Urgence de l’UPMRC fut d’abord criblé d’obus par
les chars ; un obus pénétra dans l’une des pièces, traversa le mur de
séparation entre celle-ci et une seconde pièce, puis entre cette dernière et
une troisième. Puis les soldats occupèrent le bâtiment et détruisirent tout
l’équipement qui s’y trouvait : ordinateurs, appareil à photocopier, etc.
L’armée fit également sauter les portes d’entrée d’autres ONG (notamment de
l’Institut Mandela), ainsi que d’une clinique dentaire et d’une compagnie
d’ordinateurs, toutes installées dans ce même bâtiment. Un cabinet d’avocat
fut partiellement incendié. Dans tous ces locaux, tous les équipements
furent détruits.

c. Al-Mawrid, le Centre de Développement pour Enseignants, situé dans le
bâtiment dit "Arizona" en plein coeur de Ramallah : Ce centre fut directement
touché par un missile ou une bombe qui traversa la fenêtre et provoqua un
incendie, entraînant la destruction totale des locaux.

d. Muwatin, l’Institut Palestinien pour l’Etude de la Démocratie, n’a pas
été épargné non plus. Il semble que ce fut un voisin qui le premier diffusa
l’information : L’armée avait occupé les bureaux de cette institution et y
était restée pendant trois heures. L’une des portes d’entrée avait été
totalement arrachée par une explosion, et l’autre fortement endommagée. Lors
de la seconde levée du couvre-feu, le 9 avril, une brève visite révéla
diverses destructions ; des livres et des documents étaient répandus partout
sur le plancher. Le temps manquait pour vérifier si quelque chose avait été
volé, ainsi que pour évaluer l’étendue des dommages.

e. Nous avons appris aussi que le PARC ("Palestinian Agricultural Relief
Committee") et les bureaux du Groupe d’Hydrologie avaient également été
occupés, mais pour le moment je n’ai pas davantage de détails à ce sujet.

3. Institutions publiques : Nous n’avons pas encore commencé à nous rendre
compte de l’étendue des dommages causés dans ce secteur, mais certains
récits sont édifiants. Le 4 avril, le Ministère Palestinien de l’Education
adressa un appel à la communauté internationale, l’informant que la veille
plus de 30 chars israéliens avaient fait une entrée fracassante dans les
bâtiments du ministère à Ramallah, démolissant le portail principal et la
plupart des portes d’entrée, alors que les employés présents étaient
disposés à leur donner les clefs pour ouvrir ces portes sans violence. Les
employés furent arrêtés et durent rester assis pendant six heures sous une
pluie battante ; ensuite, ils furent relâchés. Lorsque les soldats partirent
à 21 heures ce soir-là, les employés purent constater l’étendue des
dommages : les serveurs du réseau d’ordinateurs du ministère avaient été
volés, de même que de nombreuses disquettes, CD, fichiers, dossiers et
toutes sortes d’autres documents. Dans le bureau des finances du ministère,
les militaires avaient fait sauter la serrure du coffre principal,
endommageant tous les documents qui s’y trouvaient : pièces comptables,
billets à ordre, billets de banque, chéquiers. Ils avaient aussi fait
exploser et détruit toutes les portes du bureau central des examens, de même
que toutes les armoires en fer qui s’y trouvaient et dont un certain nombre
contenaient des documents éducatifs très importants. Toutes les archives
avaient été enlevées ou détruites, y compris celles contenant des documents
officiels qui avaient mis des années à être laborieusement mis au point ;
dès lors, il est devenu impossible désormais d’émettre des certificats ou
autres documents concernant les étudiants. Même les pièces d’entreposage
avaient été envahies, et des ordinateurs, des appareils de télévision, des
appareils vidéo et d’autres équipements précieux d’enseignement avaient été
emportés, le tout pour une valeur estimée à plusieurs millions de dollars.
D’après les témoins, des tas de moellons jonchaient le plancher, donnant un
aperçu terrifiant de ce qui s’était passé.

Cette liste n’est nullement exhaustive. Elle a été établie à partir de
récits qui m’ont été communiqués par des amis et collègues appartenant aux
institutions précitées. Il faudra un certain temps pour que toute la vérité
soit faite sur ces événements.

Cette incroyable destruction ne peut que montrer que cette guerre
unilatérale n’a pas seulement pour objet la sécurité d’Israël ; elle vise
avant tout à anéantir tout ce qui est palestinien.


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