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17 avril 2002

Rapport de Oren Medicks / Jenin / Gush Shalom - Le Bloc de la Paix Israélien

Chers amis,
Il m’a été difficile de vous écrire, à la fois du point de vue pratique et émotionnel.

Je vous demande donc de continuer à vous rapporter au site
www.jerusalem.indymedia.org pour avoir les dernières nouvelles concernant les villes palestiniennes assiégées.

En bref :

Le bâtiment présidentiel : 25 civils étrangers restent à l’intérieur (le
dimanche 31 mars, ils commencent leur douzième journée là-bas), ainsi que
des centaines de Palestiniens. Bien que je n’ai pas le décompte exact, je
peux dire que, lorsque j’y étais, j’ai pu estimer à 300-400 le nombre de
gens à l’intérieur ; ils étaient enfermés dans environ 12 pièces sur deux
étages. Caoimhe Butterly, de nationalité irlandaise, qui a séjourné dans ce
bâtiment pendant deux semaines entières, parle d’une crise sanitaire
sérieuse. Il n’y a plus d’eau courante depuis 13 jours. Cela signifie que
personne ne peut se laver, se baigner, ni même tirer la chasse d’eau. Les
gens deviennent malades et l’on commence à craindre des épidémies.Les
Palestiniens ont demandé à plusieurs reprises aux autorités militaires
israéliennes de pouvoir réparer les canalisations qui amènent l’eau à
l’intérieur du bâtiment, mais se sont vu opposer un refus. Un maigre
approvisionnement en nourriture arrive chaque jour, mais les rations sont
faibles et tout le monde est en train de perdre beaucoup de poids. Les
"internationaux" qui se trouvent là renouvellent leur appel à une
intervention internationale.

Pour atteindre les civils étrangers se trouvant à l’intérieur, essayez
d’appeler les numéros suivants : +972-55-385-257 ; +972-55-559-145 ;
+972-59-312-574 ; +972-59-567-800. Mais sachez que la réception dans le
bâtiment est très mauvaise et que les radars israéliens interceptent souvent
les communications ; donc, c’est vraiment difficile de téléphoner.

Ramallah : La ville continue à être soumise à un siège et couvre-feu total.
Il y avait une brève levée du couvre-feu hier pour permettre aux gens de se
précipiter dans les boutiques et acheter les produits alimentaires dont ils
ont désespérément besoin. Il est difficile de trouver du lait, et il n’y a
pas eu d’arrivage de fruits et légumes frais dans la ville depuis plus de
deux semaines. Les gens ont fait la queue pour acheter du pain, mais de
nombreuses familles ne sont même plus en mesure de se le payer. Les deux
semaines de stagnation complète que l’on vient de vivre, alors que
l’économie était déjà en ruines, ont fini par produire des cas extrêmes de
pauvreté. Néanmoins, les gens ont l’air soulagés de pouvoir au moins
respirer un peu d’air frais. Bien que cela eût été la seconde levée
effective du couvre-feu, on pouvait encore voir l’étonnement sur les visages
des habitants de Ramallah observant l’aspect de leur ville : lampadaires
renversés, chaussée défoncée, rues jonchées de débris de verre, batiments
incendiés, façades des magasins criblées de balles. Les gens marchaient
par-dessus les balles, les débris de verre et le métal tordu pour se saluer
les uns les autres et continuer leur chemin. Un certain nombre d’entre nous
se rassemblèrent dans les rues pour chanter et pour crier des slogans contre
l’occupation. Lorsque, à un moment donné, un petit enfant jeta une bouteille
vide par terre, cela entraîna une réaction immédiate : des balles furent
tirées, et un barrage de gaz lacrymogènes projeté sur la foule qui
déambulait dans le centre-ville. Un certain nombre de femmes âgées durent
être emportées et traitées pour avoir inhalé des gaz.

A l’expiration du couvre-feu, les rues se vidèrent rapidement. Personne ne
voulait être pris à l’extérieur une fois le couvre-feu rétabli. La veille,
un jeune arriéré mental, qui probablement n’avait pas compris la
signification du couvre-feu, avait été poursuivi et tué par les soldats
israéliens. On entend encore sporadiquement, à travers la ville morte, les
tirs des "snipers", le feu roulant des mitrailleuses, le roulement des
chars, ainsi que des explosions par-ci par-là. On ne se demande même plus ce
qu’ils sont en train defaire exploser. La destruction est générale. Les
soldats israéliens continuent à arrêter des jeunes gens. Mercredi une école
d’instituteurs a été envahie et environ 160 jeunes gens, étudiants de
l’école, ont été emmenés. Nous sommes informés, par ceux qui ont été
libérés, des mauvais traitements et de la torture infligés aux prisonniers.

J’ai près de moi un garçon de 17 ans. Nous nous sommes rencontrés dans le
centre-ville au cours de la dernière levée du couvre-feu (le lundi 8 avril).
Il m’a dit qu’il habite un village des environs, mais travaille à Rammallah.

Le samedi 30 mars, il fut arrêté sur son lieu de travail, avec environ 100
autres personnes, et emmené à la base militaire d’Ofer. Il fut ligoté, eut
les yeux bandés et fut laissé dans le froid durant 7 jours ; pendant ce
temps, il fut interrogé et frappé. Son argent et sa carte d’identité lui
furent confisqués et jamais rendus. il fut relâché avec quelques douzaines
d’autres prisonniers dans la banlieue de Ramallah le samedi 6 avril, et dut
retourner en ville à pied. C’était extrêement dangereux, car durant le
couvre-feu les soldats tirrent sur tout ce qui bouge. Comme il ne peut pas
regagner son village, il a dormi dans un bâtiment détruit pendant les deux
nuits qui ont suivi sa libération, avant que je ne le rencontre.

Les civils étrangers continuent à accompagner les ambulances et à distribuer
de la nourriture. On nous a tiré dessus un certain nombre de fois, mais nous
poursuivons notre travail, tout comme le font les médecins, infirmiers et
volontaires palestiniens. Hier, un volontaire japonais, Kuniomi Asai, fut
blessé lorsqu’un soldat lui balança une grenade à concussion parce qu’il
s’était rapproché de trop près du palais présidentiel.

A Bethléem aussi, la ville reste sous couvre-feu total. A l’Eglise de la
Nativité, le face-à-face continue. Hier, on voyait une fumée noire épaisse
s’élever à partir de l’église. Dans le quartier résidentiel qui entoure
Manger Square, personne n’a été autorisé à sortir, et aucun
approvisionnement en nourriture et médicaments n’a été autorisé. Des civils
étrangers ont essayé à plusieurs reprises de se rendre à pied à Manger
Square, mais ont été forcés de s’en retourner sous la menace des fusils. La
situation devient désespérée pour les familles privées de nourriture et
d’eau. Aujourd’hui, les étrangers feront une autre tentative de marcher vers
Manger Square. Des jeunes gens continuent aussi à être arrêtés et emmenés.

Qui nous aidera, se demandent ceux qui restent, à retrouver nos pères et nos
frères une fois que les Israéliens seront partis ?

Naplouse : Trois volontaires du Mouvement de Solidarité Internationale ont
séjourné dans la ville pendant trois jours. Ils rapportent qu’il est
toujours difficile pour les ambulances d’atteindre les malades et les
blessés. Hier, une ambulance a été criblée de balles ; d’autres sont
interceptées et fouillées. Mary Kelley (une Irlandaise) rapporte que, dans
l’ambulance où elle se trouvait, le chauffeur a été forcé de se dépouiller
d’une partie de ses vêtements. Les médecins de l’hôpital Rafedia craignent
que les soldats n’essayent d’entrer dans l’hôpital pour y trouver des
personnes "recherchées" parmi les blessés. L’armée israélienne encercle cet
hôpital depuis hier, mais jusqu’à présent n’y est pas entrée. Il y a un
besoin urgent de fourniture d’oxygène, mais les soldats israéliens ne
laissent rien passer malgré les tentatives de coordination avec les
autorités militaires. Les trois volontaires Beth Daoud (de nationalité
américaine), Paul Larudee (Américain) et Mary Kelley (Irlandaise) peuvent
être joints au numéro +972-56-589-156.

Jénine :Des récits horribles continuent à nous parvenir de la ville et du
camp de réfugiés de Jénine. Nous avons essayé d’y faire entrer des civils
étrangers, mais nous n’y avons pas réussi jusqu’à présent. Avant-hier, nous
avons tenté d’y envoyer 13 "internationaux" et hier encore 8. Tous, de même
qu’un certain nombre de journalistes étrangers, se sont vu interdire
l’entrée de la ville par les forces israéliennes. Les internationaux ont
passé la nuit dans un village voisin où des réfugiés et et des prisonniers
relâchés du camp de réfugiés de Jénine avaient trouvé refuge. Voici un
compte-rendu émanant des13 internationaux précités, qui nous a été remis
avant-hier.

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Treize internationaux (1 Suédois, 1 Italien, 3 Britanniques et 8 Américains)
venant de Bethléem et de Jérusalemont essayé de se rendre à Jénine, où il y
aurait eu 300 morts et d’innombrables blessés. 548 Palestiniens - qui
avaient été arrêtés par les Israéliens avant d’être relâchés près d’un
poste de contrôle voisin, ou qui s’étaient échappés de Jénine - vivent
maintenant dans le village de Romani. 160 d’entre eux avaient été laissés
complètement nus au moment de leur libération. Ces hommes nous ont raconté
des histoires affreuses.

Un employé palestinien del’UNRWA avait été détenu à un poste de contrôle
pendant trois jours sans nourriture, et sans être autorisé à boire autre
chose que l’urine des soldats israéliens. Le côté droit de son visage était
paralysé à cause des coups qu’il avait reçus. Les enquêteurs israéliens,
qu’il qualifie de tortionnaires, lui disaient que tous les employés de
l’UNRWA étaient des espions au service de l’Hezbollah. Lorsqu’il avait
demandé à un médecin israélien de desserrer un peu ses menottes en
plastique, celui-ci les avait serrées davantage. Sa maison à Jénine avait
pris feu ; l’incendie avait pu être éteint par les pompiers, mais peu après
la maison fut bombardée par un hélicoptère Apache. Il ne sait pas ce qu’est
devenue sa famille.

Un jeune homme de Jénine avait été arrêté dans sa maison et utilisé comme
bouclier humain pâr les soldats. Son dos et son cou portent les traces de
brûlures de cigarettes.

Un chauffeur d’ambulance du Croissant rouge avait été arrêté après avoir
apporté durant trois jours du ravitaillement à 200 femmes et jeunes, se
trouvant dans un centre médical. Lorsqu’elles n’eurent plus rien à manger,
ces 200 personnes quittèrent le centre pour se rendre dans la partie Est de
Jénine. Toutes furent interpellés, et un certain nombre de femmes, ainsi que
tous les hommes, furent forcés de se dévêtir entièrement.

A l’école de Kyba, qui sert de camp de réfugiés pour les prisonniers
relâchés et ceux qui se sont échappés du camp de Jénine, on avait affiché
sur un mur une liste de détenus qui avaient été libérés à l’un des points de
contrôle. Dans le village voisin de Romani, le haut-parleur de la mosquée,
qui d’habitude appelle à la prière, diffusait les noms des personnes
disparues à Jénine.

Les 13 internationaux ont l’intention de fournir une aide humanitaire,
d’aider les chauffeurs d’ambulance et de relever les atteintes aux droits de
l’homme, à condition d’être en mesure d’atteindre la ville et le camp. Pour
obtenir davantage d’informations, appelez : Sofia Ahmed (+ 972-55-851-896) ;
Kate Raphael (+972-56-621-935) ; Kristen Schurr (+972-65-622-017).

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L’armée israélienne prétend qu’elle se retire de certaines villes et
localités palestiniennes, mais en réalité elle continue à les encercler et à
en envahir d’autres. Hier, l’armée a occupés les villages de Dahariya et de
Bir Zeit, ainsi que que le camp de réfugiés de Ein Beit Elma, et a multiplié
les perquisitions maison par maison. Continuez à faire pression sur vos
gouvernements pour qu’ils agissent immédiatement contre les agressions et
brutalités israéliennes. Envoyez des coups de téléphone, des fax et des
e-mails à vos représentants au congrès et à vos députés. Une liste partielle
des autorités à contacter peut être trouvée sur le site
www.jerusalem.indymedia.org

Bonne nouvelle : De plus en plus d’internationaux nous contactent afin de
venir comme volontaires et donner leur temps et leur énergie pour aider et
protéger le peuple palestinien. Si vous êtes volontaire pour vous rendre
dans les territoires palestiniens occupés avec le Mouvement de Solidarité
Internationale, contactez George S. Rishmawi à : abusalib p-ol.com, ou
appelez le +972-52-502-079.

Pour obtenir davantage d’informations sur l’un quelconque des sujets
précités ou pour des informations générales sur le Mouvement de Solidarité
Internationale, appelez Huweida (+972-52-642-709 ou +972-55-975-374). Des
informations sur le Mouvement de solidarité Internationale (bien qu’elles ne
soient pas constamment mises à jour ) preuvent également être trouvées sur
le site www.palsolidarity.org

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"Homo sum, humani nihil a me alienum puto" ("Je suis un homme, donc rien
d’humain ne m’est étranger").

Oren Medicks
Gush Shalom - Le Bloc de la Paix Israélien


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