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13 janvier 2015

L’armée égyptienne rase Rafah pour isoler Gaza

Maisons évacuées et dynamitées : le sanguinaire Sissi, reçu avec les honneurs par Hollande récemment, et dont le ministre des affaires étrangères a été invité à défiler bras dessus bras dessous avec le gratin dimanche dernier, a annoncé qu’il allait continuer à raser la ville de Rafah du côté égyptien pour "créer une zone tampon avec Gaza"


Lire l’article du Monde ci dessous :

"Dans des camionnettes, des habitants de la ville égyptienne de Rafah ont chargé les quelques biens qu’ils pouvaient emmener, sous l’œil des soldats, avant de quitter leur maison promise à la destruction. Les autorités égyptiennes ont lancé, jeudi 8 janvier, la seconde phase de l’établissement d’une zone tampon à la frontière avec la bande de Gaza. Cent maisons ont été évacuées et douze dynamitées, vendredi.

L’armée a prévu de détruire, en quelques jours, 1 220 habitations accueillant 2 044 familles dans l’une des zones les plus peuplées du nord de la péninsule du Sinaï.

Dans plusieurs mois, Rafah et certains villages alentours devraient être rayés de la carte. Le gouverneur de la province du Nord-Sinaï, le général Abdelfattah Harhour, l’a admis, mercredi, devant la presse et a annoncé qu’« une nouvelle ville de Rafah existera » hors de la zone tampon.

Les autorités égyptiennes avaient déjà détruit, début novembre 2014, 800 maisons pour établir une zone tampon de 500 mètres. Elle devrait, selon le plan du gouvernement, s’étendre jusqu’à 6,4 kilomètres de largeur et 13,5 kilomètres de longueur pour inclure 75 000 Egyptiens.

Son objectif affiché : lutter contre l’insurrection djihadiste dans le Sinaï et empêcher la contrebande par les tunnels reliant la bande de Gaza. « L’opération est présentée aux Egyptiens comme une répression contre les terroristes, les contrebandiers et les espions. Mais elle permet aussi de maintenir l’alliance avec Israël en les aidant à se débarrasser des tunnels du Hamas, de mettre la pression sur Washington pour qu’il ferme les yeux sur les violations des droits de l’homme en Egypte et de renforcer le régime militaire égyptien », estime Omar Achour, spécialiste du Sinaï à l’université d’Exeter, au Royaume-Uni.

Vécu comme une « punition collective »

La décision avait été prise après l’attaque du 24 octobre 2014, la plus meurtrière perpétrée contre les forces de sécurité depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée, en juillet 2013. L’attentat a été revendiqué par le groupe djihadiste Ansar Beit Al-Makdis, qui a depuis rallié à l’Etat islamique (EI). Les autorités égyptiennes ont accusé le Hamas, le mouvement palestinien proche des Frères musulmans, tous deux déclarés organisation terroriste, d’apporter armements et soutien opérationnel à ces attaques, qui ont fait des centaines de morts. Pour les experts, l’implication du groupe palestinien n’est pas avérée. « Le Hamas ne veut pas de la déstabilisation du Sinaï, qui ne peut que renforcer le siège sur la bande de Gaza et la coopération sécuritaire entre l’Egypte et Israël », estime M. Achour.

Rafah a été au cœur de l’opération de sécurisation de la péninsule lancée par l’armée en 2013 contre l’insurrection djihadiste. La ville est habitée par de tribus dont les ramifications vont au-delà de la frontière, jusqu’à Rafah la Palestinienne, et dans toute la bande de Gaza. Israël a donné à l’Egypte son feu vert pour déployer troupes, blindés et hélicoptères Apache dans la zone démilitarisée prévue dans l’accord israélo-égyptien de mars 1979. La destruction de plus de 1 600 tunnels a provoqué l’étranglement de la bande de Gaza et de son 1,9 million d’habitants, soumis à un blocus par Israël et l’Egypte depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2006. Elle a été un coup dur pour les habitants de Rafah, pour qui les tunnels étaient la principale source de revenus.

Malgré les excuses du président Sissi et les compensations aux familles – 900 livres égyptiennes (environ 107 euros) soit l’équivalent de trois mois de loyer –, l’évacuation est vécue comme une « punition collective » et une « humiliation ». Amnesty International a dénoncé l’illégalité de ces « évacuations forcées » et des « démolitions arbitraires ». Quarante-huit heures seulement avaient été données aux familles lors des premières évacuations. Les compensations ont tardé à venir. De nombreux habitants ont eu des difficultés à trouver un logement à Al-Arich, le chef-lieu de la province, où ils sont vus comme des « traîtres ». Des familles ont préféré se reloger dans la zone désormais en cours d’évacuation.

« Sur le long terme, cela va affaiblir la sécurité en alimentant la colère de la population du Sinaï. Des gens sont devenus des sans-abri en une nuit et ont subi des traitements inhumains. Cela fait trois décennies que le nord du Sinaï est en ébullition et que les choses s’aggravent. Tout est réuni pour un nouveau soulèvement armé », estime Omar Achour. L’histoire du Sinaï est marquée par les rapports conflictuels entre la population, majoritairement bédouine, et le pouvoir central. Depuis sa rétrocession par Israël en 1982, ses résidents ont été négligés par l’Etat, qui tend à les considérer comme des informateurs potentiels, des terroristes ou des contrebandiers. La répression féroce et l’emprisonnement de milliers de Bédouins après les attentats de Taba et Nuweiba en octobre 2004, et ceux de Charm El-Cheikh en juillet 2005, ont alimenté un désir de vengeance contre les forces de sécurité."

Source : Le Monde du 10 janvier | Par Hélène Sallon.

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