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7 mai 2015

Destruction des villages bédouins du Néguev : témoignage du groupe « Solidarity With Bedouins »

Troisième voyage à VTT à partir de la Belgique, et nouveau témoignage du groupe "Solidarité avec les Bédouins" qui revient de la région de Beer Sheva, où 45 villages non reconnus par Israël sont régulièrement détruits. Témoignage ci-dessous de la manière dont l’armée israélienne harcèle et persécute les habitants de cette région.

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« Lundi 21 avril. Comme d’habitude, les habitants du village se sont levés tôt. Tout était tranquille. Vers 6h30 branle-bas de combat, l’alerte est donnée : « Ils » sont là. Trois voitures blanches sont postées à l’entrée du village et bouclent la zone, phares allumés.

Ni une ni deux, il faut tout sortir des maisons. Les femmes et les enfants courent avec des matelas, des couvertures, des paniers de légumes, la bonbonne de gaz, les chaises en plastique. Les bras chargés, ils vont tout déposer entre les tombes du cimetière qui est à quelques dizaines de mètres à peine et qui est le seul endroit où « ils » n’interviendront pas.

Au bout d’une vingtaine de minutes les « maisons » sont vides et les tombes sont garnies des objets les plus hétéroclites : sacs de vêtements, caddie rempli de vivres, caisse de jouets, ...

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Le convoi envoyé par l’armée israélienne pour démolir les maisons entre dans le village, les véhicules s’arrêtent devant chaque habitation, soldats à l’avant-poste, mitraillette pointée vers les habitants. Et les bulldozers entrent en action : la démolition a duré une trentaine de minutes.

Les habitants retranchés dans le cimetière restent dignes, filment la scène avec leur GSM, sans un mot, sans un cri sauf à la fin où les femmes ont lancé des volées d’injures et de gestes éloquents vers les soldats impassibles. Le « travail » terminé, les soldats ont remis à Aziz, le responsable du village, une grosse enveloppe officielle, et le convoi est reparti, en rang serré, sans doute vers un autre village.

Très vite la vie a repris : avec son minibus, Selim a conduit les enfants chez son frère à Rahat, la ville de regroupement des Bédouins toute proche, pour qu’ils puissent se laver avant de les conduire à l’école. De retour à Al Araqib, les hommes avaient commencé à reconstruire les maisons démolies, avec du bois, des tôles, du plastic et des parpaings, juste à côté des gravats. »

Ce lundi-là, Al Araqib subissait la quatre-vingt troisième démolition depuis 2010. C’est de cette région qu’est partie la marche d’un groupe de résistants, de militants et de députés arabes : cent kilomètres à pied pour rejoindre Jérusalem et tenter de rencontrer des responsables politiques et sensibiliser l’opinion à la demande de reconnaissance des villages bédouins non reconnus du Néguev/Naqab menacés de destruction par le plan Shamir2.
Petit à petit le village s’est vidé de ses habitants. Il comporte encore aujourd’hui vingt deux familles. Elles se sont réfugiées dans le cimetière, crée en 1914, pensant que de cet endroit elles ne seraient pas délogées.

C’est en VTT comme en 2013 que notre groupe parti de Belgique a relié pour la troisième fois quelques-uns des 45 villages non reconnus3 regroupés dans la région de Beer Sheva, encadré par des habitants d’Al Araqib et des membres du « Regional Council of Unrecognized Villages » qui porte leur voix auprès des autorités et des médias.

Le village se trouvait dans une région de collines où les autorités israéliennes ont rasé les oliviers et planté des pins et des eucalyptus financés par le Fonds National Juif. Celui-ci, sous
des prétextes écologiques, a organisé une récolte de fonds pour faire « verdir le désert, symbole fort dans l’histoire d’Israël », et créé « la Forêt des Ambassadeurs » pour marquer le fait que les ambassadeurs de nombreux pays furent invités à venir y planter un arbre (parfois
à leur insu !).

Les autorités ne reconnaissent pas l’existence d’Al Araqib, pas plus que les quarante-quatre autres implantés dans le nord du désert du Négev/Naqab, dans un triangle formé par trois routes nommé « triangle Siyag ». Cette non reconnaissance justifie à leurs yeux la confiscation des terres et la destruction des villages pour y établir ici une base aérienne militaire, là un village destiné aux Falashas (les juifs noirs venus d’Ethiopie) ou une zone d’exploitation touristique.

Citoyens israéliens de seconde classe, les Bédouins, bien que tenus de remplir les mêmes devoirs que les citoyens israéliens de confession juive (toutefois sans l’obligation du service militaire) et de payer les mêmes taxes, ne jouissent pas des mêmes services et des mêmes droits. La non reconnaissance de leurs titres de propriétés qui datent de l’époque ottomane justifie pour les autorités le refus de les laisser vivre sur les terres qui leur appartiennent et de leur fournir les services de base tels l’adduction de l’eau, l’électricité, la construction de routes et d’écoles, des services de sécurité, de santé, etc.

Le gouvernement israélien cherche à les regrouper dans des villes créées à cet effet, qui les coupent de leur mode de vie traditionnel et ancestral. Ces townships sont les villes les plus pauvres d’Israël, sans industrie et sans perspective d’emploi, comptant le taux de chômage et de délinquance juvénile le plus haut du pays. D’autres résistent, refusent de partir et de quitter les terres sur lesquelles ils vivent depuis toujours selon leur culture qui y trouve sa source.

Au nom de la modernité ces villages sont privés d’eau, d’électricité, de routes, d’écoles, de centres de santé. Les Bédouins subissent spoliations, destructions, expulsions, vexations, humiliations et injustices qui ne respectent ni leurs droits en tant que citoyens israéliens, ni les droits humains élémentaires tels que définis dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans les grands traités internationaux relatifs aux droits humains.

1 Naqab = Néguev en arabe
2 Pas encore voté à la Knesset mais déjà mis en œuvre 3 Ce qui représente environ 40.000 personnes
3 La « Naqba » (en arabe, la catastrophe) qui chassa de leur terre 800.000 Palestiniens en 1948 n’est à ce jour pas terminée."

Groupe Solidarity with Bedouins

CAPJPO-EuroPalestine


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