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21 octobre 2015

"Pourquoi Netanyahou innocente Hitler", par Nicolas Shahshahani

"Dans le climat actuel d’incitation au génocide du peuple palestinien, où la population juive est encouragée à faire des pogroms, Benjamin Netanyahou a en effet repris, et non par inadvertance, un vieux thème, parmi les plus hallucinants, de la propagande sioniste", analyse Nicolas Shahshahani, vice-président de CAPJPO-EuroPalestine

"La presse et un grand nombre de politiciens israéliens s’en prennent mercredi à Netanyahou, pour des déclarations du Premier ministre israélien rendant en substance les Arabes, et non les nazis, responsables de l’extermination des juifs d’Europe.

Il a ainsi affirmé publiquement que l’idée de la « Solution Finale », autrement dit l’anéantissement au niveau européen et si possible mondial, des populations juives, n’était pas une idée d’Adolf Hitler, mais celle d’un dirigeant religieux nationaliste palestinien, Hadj Amine al Husseini.

« Lorsque Husseini rencontre Hitler en novembre 1941, ce dernier n’a pas l’intention de tuer les juifs, il veut seulement les expulser hors d’Europe. Mais Husseini lui dit qu’alors, ces gens viendront en Palestine. Hitler demande à Husseini à ce qu’il doit faire. Et Husseini répond : ‘Brûlez-les’ », a en effet martelé Netanyahou, aux applaudissements de ses supporters du Likoud.

La déclaration, aberrante puisqu’en novembre 1941 des centaines de milliers de juifs d’Europe avaient déjà péri dans le cadre d’exécutions de masse (par exemple, rien que dans la ville de Kiev, en Ukraine, près de 30.000 hommes, femmes et enfants juifs avaient été fusillés en l’espace de deux jours au mois de septembre 1941), a suscité des commentaires indignés un peu partout en Israël.

Commentaires indignés, mais pas nécessairement sincères, malheureusement.

Car la figure de ce personnage odieux que fut Hadj Amine al Husseini, dont on dira quelques mots ci-dessous, a depuis la création d’Israël servi de prétexte à la propagande officielle pour accabler les Palestiniens –et plus généralement les Arabes- de tous les maux, … y compris la Shoah.

Hadj Amine al Husseini (1895-1974), grand mufti de Jérusalem, s’opposa dès le lendemain de la Première Guerre Mondiale au projet sioniste soutenu par le Royaume-Uni, puissance occupante de lson pays, la Palestine.

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre Mondiale en 1939, Husseini se rapproche de l’Allemagne nazie, en guerre avec le Royaume-Uni, en vertu du principe selon lequel « les ennemis de mes ennemis peuvent bien être mes amis ». Il est d’autant moins gêné de le faire qu’il est lui-même fanatiquement anti-juif, sous l’influence des courants les plus obscurantistes issus de l’islam.

Il collaborera donc avec le régime hitlérien, appelant dans des discours grandiloquents les musulmans du monde entier, et notamment les Arabes, à s’enrôler dans l’armée allemande.

Sans succès : l’historien Gilbert Achkar (dans « Les Arabes et la Shoah ») signale par exemple qu’au maximum 7.000 Arabes ont porté l’uniforme allemand au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, à comparer aux centaines de milliers, Maghrébins principalement mais aussi Palestiniens, qui se sont engagés dans les armées française et britannique pour combattre les forces allemandes (et italiennes). Engagements généreux mais bien mal récompensés, soit dit en passant, puisqu’une fois la victoire acquise sur le nazisme, la France et la Grande-Bretagne, que ce soit en Algérie ou en Palestine, entendirent bien maintenir leur criminelle domination coloniale (les martyrs de Sétif et Guelma de mai 1945 en firent la douloureuse expérience).

On ne peut donc imputer à Husseini plus de crimes qu’il ne fut capable d’en commettre.

Il n’empêche : ce personnage occupe, et ce n’est pas un hasard car à travers lui ce sont tous les Palestiniens qu’on cherche à salir, une place démesurée dans l’histoire officielle israélienne, telle qu’enseignée de la maternelle à l’université, et qu’on peut résumer ainsi : « Hitler ? C’est le gars qui a collaboré avec les Arabes pour faire la Shoah ».

L’historienne critique israélienne Idith Zertal, dans un ouvrage remarquable (« Israël, la nation et la mort », éditions La Découverte), relève ainsi que dans l’ouvrage israélien le plus officiel qui soit, l’Encyclopédie de l’Holocauste éditée par l’institut Yad Vashem, l’article consacré à Hadj Amine al Husseini est 2 fois plus long que les notices consacrées à Goebbels et Goering, plus long aussi que les articles relatifs aux chefs opérationnels du génocide (Himmler, Heydrich, Eichmann), tandis que dans la version en langue hébraïque de l’ouvrage, sa notice est presque aussi longue que celle … d’Adolf Hitler en personne !

Alors, comme vient de l’écrire un dirigeant palestinien, « C’est un jour triste que celui où le chef du gouvernement israélien en vient à tellement haïr ses voisins qu’il est prêt à absoudre le pire criminel de guerre de l’histoire, Adolphe Hitler, du meurtre de six millions de juifs au cours de la Shoah ». Triste, sans doute, mais surprenant de la part du régime d’apartheid, certainement pas."

CAPJPO-EuroPalestine


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