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21 décembre 2015

Artistes sous occupation : Fayçal et Ahmad du Théâtre de la liberté à Jénine

Nous avons eu la chance d’assister à l’une des représentations de ces deux grands comédiens palestiniens au Théâtre de Montreuil à la fin novembre. A la fin de la pièce, dans un débat avec le public, il ont témoigné des énormes difficultés qu’ils rencontrent du fait de l’occupation. Interrogés sur l’appel au boycott culturel d’Israël, ils l’ont approuvé sans réserve.


Fayçal Abo Heija et Ahmed Al-Rokh, deux comédiens natifs du camp de Jénine, sont des réfugiés depuis 4 ou 5 générations, depuis que leurs familles ont été expulsées en 1948, de ce qui s’appelle aujourd’hui israël.

Ils font partie du "Freedom Theatre" (Théâtre de la Liberté), créé en 2005 par Juliano Meir Khamis, Jonathan Stanzack et Zakaria Oveidi.

Les deux acteurs sont issus de la première école de théâtre créé par Juliano, de mère israélienne et de père palestinien, assassiné le 4 avril 2012.

Après les Etats-Unis, ils ont été accueillis le mois dernier par le théâtre de Montreuil et celui d’Accueil en région parisienne, et ont joué "L’Ile", une pièce écrite par un Sud-Africain, Athol Fugard, qui met en scène deux prisonniers incarcérés à Robben Island, le centre de détention où Mandela était enfermé.

"Ce thème est très important pour nous car la prison fait partie de la vie des gens en Palestine, où chaque famille en a une expérience personnelle, avec près de la moitié de la population masculine emprisonnée à un moment ou à un autre par Israël, depuis 1967", explique Fayçal.

"La première fois que nous l’avons jouée, c’est devant d’ex-prisonniers palestiniens. Nous n’en menions pas large. C’était très intimidant. Quand ils ont applaudi, que certains étaient en larmes en nous disant que plusieurs scènes leur faisait revivre aussi bien les querelles que les douloureuses séparations, quand un prisonnier est libéré et que les autres restent, nous étions très émus".


Le Fredom Theater se consacre à la fois à un programme pour les enfants, et forme par ailleurs des comédiens professionnels.

« On a créé plusieurs pièces depuis 2011, et on a tourné dans de nombreux pays.
Ont a notamment produit et joué « Le siège » dont le thème est le siège de l’église de la Nativité à Béthléem, par Israel, en 2005.

"Nous ne sommes pas que des acteurs. Nous sommes des résistants et nous traitons le plus souvent des dégâts de l’occupation sur le mental. Mais aussi des droits des femmes dans la société, de la manière de faire étudier nos enfants et de la nécessité de remettre en question ce qu’on nous apprend, de développer un esprit critique, de ne pas être esclaves des traditions", dit Ahmad.

"Au départ notre profession n’était pas considérée comme un vrai métier. On n’était pas pris au sérieux, y compris dans notre propre camp de réfugiés de Jénine. Aujourd’hui, il y a une véritable reconnaissance de notre travail.


Dans les petites villes de Cisjordanie, nous avons également des troupes plus petites qui vont dans les villages et créent des pièces avec les habitants, à partir de leur vie quotidienne, de leurs histoires, leurs problèmes, de leur ressenti.

Interrogés sur leur apparente facilité à se déplacer, à voyager, ils répondent :

"Vous plaisantez, on a beaucoup de mal à franchir les checkpoints et quand on veut jouer à l’étranger, c’est tout un calvaire. On n’a pas le droit de passer par l’aéroport de Tel Aviv ; mais même par la Jordanie, il faut obtenir les visas de sortie, de la part de l’Autorité Palestinienne puis des Israéliens.

Pour aller de Jénine à Jericho, nous sommes arrêtés à plusieurs checkpoints, et si on ne parvient pas à passer la frontière par le Pont Allenby et la Jordanie : retour à la case départ. Cela nous est arrivés plusieurs fois !

En novembre dernier, Ahmad était invité à un grand festival de cinéma en Turquie, qui passait un film dans lequel il jouait. Eh bien, il n’a pas obtenu le visa pour y aller. Il raconte qu’on lui a dit d’aller le demander à Jérusalem !

Quant à leur financement, les deux comédiens tiennent à préciser qu’ils n’ont aucune subvention de l’Autorité Palestinienne, car ils veulent garder leur indépendance.

"Nos financements proviennent de l’international, c’est à dire des amis du Théâtre de la liberté dans différents pays comme la France et notamment la Suède."

Interrogés sur ce qu’ils pensent du boycott culturel d’Israel et de l’appel lancé par la société civile palestinienne à cet égard, Fayçal n’a pas un instant d’hésitation :

"C’est très important, nous sommes pour. C’est une question d’identité. Non pas d’identité nationale, mais d’identité humaine. Tant que les Palestiniens ne sont pas reconnus comme des êtres humains avec des droits à part entière, nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était."

Vidéo de Juliano Meir Khamis quelques - mois avant son assassinat en avril 2012 :


Le Freedom Theatre de Jénine en 2010 par foumonde

  • A LA DIRECTION DU THÉÂTRE DE L’OPERA, QUI A INVITÉ "BATSHEVA", TROUPE DE DANSE FINANCÉE PAR ISRAEL ET QUALIFIÉE PAR LE MINISTRE ISRAÉLIEN DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE "MEILLEUR AMBASSADEUR A L’ÉTRANGER DE CET ETAT",
    NOUS DISONS "ON NE DANSE PAS AVEC L’APARTHEID"


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