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27 janvier 2016

Valls poursuit en justice une personne qui a rappelé ses propos racistes

Un enseignant, qui a eu le malheur de se moquer de Valls et de son racisme saisi sur le vif à Evry, comparait en justice ce mercredi à Avignon. Les propos racistes du premier ministre sont pourtant bien enregistrés (voir vidéo ci-dessous et article de Mediapart), mais "Chut !", le dictateur aux petits pieds, et chantre de la liberté d’expression et des caricatures insultantes quand il s’agit des musulmans, sort les griffes !

"Les « blancos » de Valls amènent un professeur au tribunal", par Faïza Zerouala de Médiapart

Un enseignant-chercheur de l’université d’Avignon est cité à comparaître pour incitation à la haine raciale après qu’il a cité ironiquement les propos de Manuel Valls sur « les blancos » dans un mail interne.

La référence se voulait transparente mais l’effet provoqué est tout autre. Un maître de conférences de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse (UAPV) est cité à comparaître le 27 janvier 2016 devant le tribunal correctionnel d’Avignon pour avoir paraphrasé des propos de Manuel Valls dans un échange de mails internes à l’établissement. La séquence, restée célèbre, se déroule en 2009. Suivi par une caméra sur un marché, celui qui est alors maire d’Évry saluait avec ironie, la « belle image de la ville », et demandait qu’on mette « plus de Blancs, de white et de blancos ».

Manuel Valls à Evry

C’est la reprise de cette tirade qui vaut à Bernard Mezzadri d’être accusé de « délit de provocation à la discrimination en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ou la haine raciale par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ». L’enseignant se défend d’avoir voulu appeler à une quelconque discrimination. Au contraire.

Cette affaire se noue un soir, le 27 mai 2015, lorsque Bernard Mezzadri, 56 ans, professeur de langues et civilisations anciennes et anthropologue de la religion grecque, est avisé, comme trois cents de ses collègues, « membres de la communauté universitaire », par un message électronique du président de l’université de l’époque, Emmanuel Éthis, de la signature du contrat de plan État-région. Nommé depuis recteur de l’Académie de Nice, Emmanuel Éthis qualifiait cette signature d’« excellente nouvelle », puisque cela devait permettre de finaliser le financement des infrastructures nécessaires au développement de l’établissement. Comble du chic, Manuel Valls devait se joindre aux festivités.

Cette présence cristallise la désapprobation de Bernard Mezzadri et le conduit à rédiger un message plein de fiel à l’endroit du premier ministre. Il décide alors de partager son agacement avec toute la liste de diffusion, baptisée « débats ».

Bernard Mezzadri rétorque alors : « J’espère qu’en cette grande occasion, la délégation de l’UAPV comptera suffisamment de “blancos” (et pas trop de basanés), afin de ne pas donner une trop mauvaise image de notre établissement. Et s’il faut vraiment serrer la main du chasseur de Roms (qui naguère prônait la livraison des résistants basques aux tortionnaires franquistes), il existe des antiémétiques moins dangereux que le Motilium… »

Le maître de conférences dit ignorer la composition exacte de la délégation et avoir répondu « à chaud et avec ironie » afin de rappeler des déclarations passées de Manuel Valls qu’il a gardées en mémoire, et en travers de la gorge. Bernard Mezzadri explique que la liste de diffusion interne permet d’échanger sur des problèmes propres à l’université mais ne reste pas cantonnée à ces sujets et qu’il lui a semblé tout naturel de l’utiliser à cet effet. « Cette rencontre était considérée comme un grand événement, aussi j’ai voulu tempérer l’enthousiasme général », se souvient-il, à mille lieues d’imaginer les répercussions de son message.

Sur le coup, Bernard Mezzadri ne reçoit aucune réponse dans la boucle d’échanges. Jusqu’au mois de juillet, lorsqu’il est convoqué au commissariat pour s’expliquer sur ses propos. L’universitaire, alors en vacances, se dit « estomaqué » car il n’imaginait pas être poursuivi pour ces quelques phrases, d’autant que son intention était, assure-t-il, tout autre que celle qui lui est prêtée.

Lors de son audition, il est informé que, dès le lendemain de sa diffusion, sa hiérarchie a signalé son message auprès du recteur de l’Académie, du préfet de région et du Vaucluse, en vertu de l’article 40, alinéa 2 du Code de procédure pénale qui préconise « à tout fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République ».

Après sa convocation, le professeur imagine que l’affaire va en rester là puisque, pense-t-il, il a levé tout malentendu en éclairant l’officier de police judiciaire sur la dimension ironique de son message.

Bernard Mezzadri continue de penser qu’il a été victime « d’un contresens » et dit assumer la responsabilité de sa publication, mais conteste le chef d’accusation. Celui qui assure n’être ni un militant politique encarté ni engagé dans un syndicat s’est adjoint pour le défendre les services d’Henri Braun, l’avocat de l’association La Voix des Rroms lorsqu’elle a poursuivi Manuel Valls pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence.

Plusieurs citations sont en cause, comme celles-ci par exemple : « Les occupants de campements ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution » ; « Je le redis, je partage ce que m’a dit le premier ministre roumain : “Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner.” »

L’enseignant-chercheur raconte en revanche s’être fortement mobilisé contre les réformes de l’université de 2009, avoir pris part aux mouvement sociaux en faveur de l’université, avoir « défendu bec et ongles sa discipline » quand c’était nécessaire et militer en faveur des droits de l’homme. Mais rien qui pourrait, de toute évidence, justifier un règlement de comptes souterrain. Tant et si bien que l’université n’a même pas diligenté une enquête interne en vue de sanctions disciplinaires.

L’actuel président de l’université, Philippe Ellerkamp, dans un courrier électronique adressé au personnel de l’université, le 18 décembre 2015, expliquait que les écrits de M. Mezzadri semblaient « tomber sous le coup de l’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique », ce qui a motivé leur signalement. Il précise par ailleurs qu’il ne s’agit pas d’une plainte de la part du président ou de l’établissement. « L’université n’a pas porté plainte, n’est pas victime et ne s’est pas portée partie civile. »

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/260116/les-blancos-de-valls-amenent-un-professeur-au-tribunal?utm_campaign=Quotidienne&utm_medium=email&utm_source=Emailvision&utm_content=20160126&xtor=EREC-83-[Quotidienne]-20160126

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