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31 mars 2016

Une première : des parlementaires américains s’en prennent aux crimes israéliens

Pour la première fois, depuis longtemps en tout cas, des parlementaires états-uniens dénoncent les assassinats et la torture pratiqués par l’armée israélienne, et notamment les exécutions extra-judiciaires dont ont été victimes tant et tant de jeunes Palestiniennes et Palestiniens ces derniers mois.

Le site américain Politico a révélé mercredi l’existence, et le contenu, d’une lettre adressée par le sénateur du Vermont Patrick Leahy et 10 autres parlementaires, membres de la Chambre des Représentants, au chef de la diplomatie John Kerry.

Dans leur courrier, le sénateur et les députés citent d’abord le rapport d’Amnesty International, qui a qualifié d’assassinat les exécutions, au cours des derniers mois, de Fadi Alloun, Hadil Hashlamoun, Saad al-Atrash et Mutaz Ewisa, ainsi que les tortures infligées aux jeunes Wasim Marouf et Ahmed Manassa.

L’assassinat de Hadeel Hashlamoun, le 22 septembre 2015 à Hébron (al-Khalil)

Il s’agit là de crimes sérieusement documentés, y compris par des vidéos, faute de quoi Amnesty International, dont la prudence est proverbiale, surtout s’agissant d’Israël, ne se serait pas risquée à porter de telles accusations.

L’assassinat de Fadi Alloun à Jérusalem



(Fadi Alloun, sauvagement abattu par la police sur injonction d’une meute de civils juifs)

Patrick Leahy et ses collègues, dont la lettre concerne aussi les exactions de la dictature égyptienne (laquelle, à la différence d’Israël, n’a pas le culot de prétendre être « la seule démocratie du Moyen-Orient), demandent à John Kerry de vérifier d’urgence la véracité des accusations d’Amnesty International, et d’en tirer les conséquences.

Les parlementaires précisent que si ces violations flagrantes des droits de l’homme sont avérées (et reconnues par les autorités américaines, comme elles en auraient l’obligation), alors Israël (et l’Egypte) devraient être immédiatement sanctionnés, aux termes d’une loi de 1997, connue précisément sous le nom de « Loi Leahy ».

En l’occurrence, par la suppression immédiate de l’aide militaire apportée par les Etats-Unis à ces deux gouvernements : 3,1 milliards de dollars (il s’agit là du chiffre officiel, qui est un minimum) par an pour Israël, 1,3 milliard pour l’Egypte du maréchal al-Sissi (lequel peut toujours compter sur le soutien de Hollande, soit dit en passant).

Selon le site Politico, la lettre a été envoyée à Kerry il y a déjà plus d’un mois, mais si elle n’a « fuité » que mercredi, c’est probablement à la suite d’ un nouvel assassinat, celui du jeune Abdelfattah al-Sharif, par le soldat franco-israélien Elor Azria et que ce meurtre flagrant a donné lieu, pour une fois, à reconnaissance israélienne, avec mise en examen du soldat et promesse d’enquête (il faut dire que la vidéo montrant l’exécution est particulièrement implacable). Ce qui permet aux gouvernements soutenant Israël de maintenir la fiction que ce dernier est un « Etat de droit », capable de juger ceux qui ne seraient alors que des « brebis galeuses » égarées.

Le site américain Mondoweiss, qui dénonce régulièrement les crimes de la colonisation israélienne, observe de son côté que tous les co-signataires de la lettre de Leahy sont comme lui membres du parti Démocrate, et que plus de la moitié d’entre eux appartiennent à la minorité afro-américaine, une population dont la sympathie pour la cause palestinienne est plus élevée que dans le reste de la population états-unienne.

Ce facteur est à prendre en compte dans l’actuelle campagne électorale américaine, estime Philip Weiss, le rédacteur en chef du site Mondoweiss, dans la mesure où l’électorat du Parti Démocrate tend de plus en plus à reposer sur l’apport des voix noires et « latinos » (a fortiori dans le panorama actuel, où le favori du moment, côté Républicain, Donald Trump, fait ouvertement campagne sur des thèmes racistes, tout en faisant allégeance parallèlement au lobby israélien).

On rappelle que côté Démocrate, il n’y a plus que deux candidats encore en lice dans la campagne des primaires : Hillary Clinton, dont le soutien inconditionnel à Israël est l’un des plus avilissants qui soient dans le paysage politique outre-Atlantique, et Bernie Sanders, « homme de gauche », promettant des mesures d’équité sociale et fiscale s’il est élu, mais d’une prudence de serpent à propos de la Palestine et d’Israël (on peut tout de même mettre à son crédit son refus, à la différence de tous les autres candidats à la présidentielle, d’aller s’agenouiller à la récente convention de l’AIPAC, équivalent américain du CRIF). Hillary Clinton, qui ne fait guère mieux que Sanders auprès de l’électorat Démocrate, bénéficie cependant du soutien des notables de ce parti, et elle est donc considérée pour le moment comme la favorite pour être désignée candidate du Parti à l’élection présidentielle de novembre prochain.

En Israël, la révélation de la lettre de Leahy a néanmoins frappé de stupeur les milieux dirigeants, qui font feu de tout bois auprès du reste des parlementaires américains pour qu’ils désavouent leurs collègues. A suivre.

CAPJPO-EuroPalestine


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