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17 mai 2016

Les Palestiniens sont le dernier rempart contre le sionisme

"Nous avons besoin de vous, nous avons besoin de vous maintenant, plus que jamais car notre mouvement, notre mouvement de boycott atteint finalement le seuil où nous pourrions bientôt parler d’une masse critique, d’un nombre crucial, et chaque voix compte" : Intervention du journaliste palestino-américain Ramzy Baroud, soulignant que la Palestine est plus que jamais une "question centrale" par rapport à laquelle la "neutralité" est impossible.



Manifestation contre la colonisation juive sur les terres du village palestinien de Nabi Saleh - Photo : Reuters/Mohamad Torokman

  • Intervention par visio-conférence à Melboune en Australie, traduite par le site info-palestine :

Bonjour à tous, je m’appelle Ramzy Baroud. Je suis un auteur et journaliste palestinien. Je suis né et j’ai grandi dans la Bande de Gaza. Je suis né dans le camp de réfugiés de Nuseirat. C’est le plus grand en superficie de la Bande de Gaza et le second en termes de population après le camp de réfugiés de Jabalia. Les habitants de Nuseirat viennent de villages qui furent dépeuplés en 1948 après l’attaque, la guerre et le nettoyage ethnique de la Palestine il y a 68 ans. La plupart des villageois qui vivaient dans le sud de la Palestine furent soit expulsés, soit ont réussi à s’enfuir et à se réfugier à Gaza. Voilà d’où viennent la plupart des réfugiés.

En 1948, il y avait environ 200 000 réfugiés dans la Bande de Gaza, aujourd’hui la population est d’environ 1,8 millions, dont la grande majorité sont des réfugiés et leurs descendants. Il y a bien sûr des camps de réfugiés en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et à travers tout le Moyen-Orient. Leur histoire est celle que nous, Palestiniens avons tous en commun. Nous, les Palestiniens sommes unis par de nombreux aspects de notre vie, par la culture, par l’histoire, par le sang, par tant d’autres aspects, mais nous sommes aussi unis par notre histoire originelle, par ce que nous appelons notre …. (en arabe) notre souffrance, notre douleur, ce qui nous est arrivé en 1948. La Palestine a été ethniquement nettoyée et une nation totalement différente est venue d’Europe et d’autres parties du monde, et s’est emparée de notre patrie. Et pendant 68 ans le Moyen-Orient n’a pas connu de réelle stabilité à cause de ce péché originel, auquel personne n’a jamais essayé de remédier, pas de façon juste du moins.

C’est comme une plaie purulente, qui a non seulement favorisé l’instabilité et les conflits et la guerre sur la terre de Palestine mais aussi au Moyen-Orient dans son ensemble, je doute qu’il y ait un seul conflit au Moyen-Orient qui ne soit d’une manière ou d’une autre lié à la Palestine. Et bien sûr, Israël est impliqué dans la plupart de ces conflits, Israël a envahi pas seulement la Palestine, et l’a nettoyée de ses habitants, mais a aussi envahi le Liban, envahi l’Égypte, occupé le Sinaï, envahi la Syrie, occupé le Golan, envahi la Jordanie et ainsi de suite. C’est un pays qui a été crée par la guerre, et le nettoyage ethnique et le sang, depuis lors il s’est juré de devenir cette nation guerrière, il s’est convaincu qu’il était intrinsèquement incapable de vivre en paix avec ses voisins.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a répété cette fausse analogie, très récemment en février plutôt, lorsqu’il a décrit Israël comme une villa dans la jungle, Ehud Barak a utilisé ce terme, d’autres l’ont utilisé, nous sommes une villa dans la jungle, Israël est ce paradis, qu’ils doivent construire des clôtures, des murs, dont ils doivent s’entourer à cause des bêtes sauvages. Vous savez, la terminologie israélienne est extrêmement, extrêmement avilissante pour ses voisins. Les Palestiniens sont des cafards, sont des bêtes, et tout ceci remonte à la fondation d’Israël. Cette terminologie n‘est pas nouvelle, elle n’est pas liée aux attentats suicides, elle n’est pas liée aux roquettes tirées de Gaza, à rien de tout ça. Leur perception, qu’ils ont apportée avec eux d’Europe est vraiment plutôt fasciste et raciste depuis le tout, tout début.

C’est la même mentalité raciste et fasciste qui a fondamentalement inspiré le discours de dirigeants israéliens précédents, Golda Meir, par exemple, quand elle nia l’existence des Palestiniens, « non pas que nous soyons venus et ayons pris le pays de quelqu’un d’autre, » a-t-elle dit, « les Palestiniens n’existaient pas ». Ce postulat, vous savez, que les Palestiniens n’existent pas, a été répété et l’a encore été récemment, en fait dans les débats des primaires américaines, et ce n’est pas qu’ils ne reconnaissent pas que nous existons en tant qu’individus, que Ramzy Baroud n’est pas qui il dit être, ils ne nous voient pas tous comme constituant un peuple, une nation, nous avons été inventés, comme cela a été dit parfois, que nous sommes cette nation fabriquée, nous sommes des bédouins, des nomades, et ainsi de suite. Cela a contribué au processus de déshumanisation.

Lorsque vous ne voyez pas votre ennemi comme un égal, tuer votre ennemi, parquer votre ennemi, l’emprisonner, torturer votre ennemi, le pulvériser, ce n’est pas un problème, vous savez, il n’y a pas de responsabilité morale à faire tout cela, parce que votre ennemi n’est pas un humain, n’est pas un être, n’est pas une nation, n’a pas d’identité.

Voilà pourquoi il leur est si essentiel d’utiliser ce genre de terminologie avilissante, ils ne sont pas seulement méchants, mais calculateurs avec ce genre de langage. Les Palestiniens, par ailleurs, se sont défendus. Nous nous défendons depuis tant d’années, et nous continuerons de le faire, en partie parce que nous n’avons pas réellement d’autre option que de nous défendre. Mais l’autre raison c’est que les Palestiniens sont plutôt résistants, ils savent qui ils sont, ils sont très conscients de leur responsabilité, pas seulement à l’égard de la Palestine, mais à l’égard du monde dans son ensemble.

Nous sommes pris dans cette situation où nous sommes les derniers défenseurs contre le sionisme. Nous voulons que le monde se joigne à nous dans ce combat, nous voulons que notre cause devienne universelle, et nous faisons beaucoup, beaucoup d’efforts pour y parvenir, et jusqu’à ce que cela se produise nous sommes l’avant-garde contre le sionisme, et nous les avons combattus de toutes les manières possibles, nous les avons combattus avec nos pierres lors de l’Intifada de 1987, nous les avons combattus avec notre poésie, notre art, nos graffiti sur les murs, nous les avons combattus avec nos grèves de la faim dans les prisons, nous les avons combattus avec notre entêtement et notre détermination, refusant d’être vaincus, en aucune circonstance, dans notre dictionnaire, dans notre culture, le mot défaite n’existe pas, concrètement. Le fait de dire je suis vaincu, je me rends n’existe pas.

Et c’est le genre de mentalité qui donne tant de fil à retordre à Israël, parce que vous pouvez vaincre une armée si vous avez une force aérienne supérieure, vous pouvez vaincre un groupe d’hommes armés si vous avez une force de feu supérieure, mais vous ne pouvez pas vaincre un peuple, s’ils ont, s’ils sont déterminés, s’ils ont décidé, se sont mis d’accord collectivement qu’ils ne vont pas se soumettre en aucune circonstance, vous ne pouvez simplement pas les vaincre. Donc ce qu’Israël essaie de faire, et depuis longtemps c’est de les parquer, les emprisonner, de les mettre dans des bantoustans, de les emprisonner, de les humilier, les tuer, les expulser, faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les criminaliser, pour vaincre les Palestiniens en tant que peuple.

Ce ne sont pas nos dirigeants qui maintiennent notre unité, nos dirigeants, voyez ce qui s’est passé avec nos dirigeants à Ramallah, et ailleurs, ils sont déjà vendus, ce n’est pas grâce à eux que nous nous battons, ce n’est pas une lutte d’élites en quoi que ce soit, c’est la lutte de gens qui résistent, des réfugiés, des paysans, des gens de la classe moyenne, des travailleurs, des mères, des pères, qui de toutes les manières possibles réellement, et dans tous les aspects de leur vie se défendent. Et nous avons besoin de vous. Nous avons besoin que vous preniez part à ce combat. Nous n’avons pas besoin que vous veniez affronter l’armée israélienne. Nous avons besoin que vous interveniez dans votre rôle et votre responsabilité d’être humain, de citoyen de ce monde, de quelqu’un qui souhaite voir la liberté et la justice régner au Moyen-Orient.

Et ça n’est plus seulement l’affaire de la Palestine et des Palestiniens, et ni même seulement celle du Moyen-Orient dans son ensemble, mais celle du monde, parce que la Palestine est depuis longtemps cette plaie purulente, et cette plaie s’étend maintenant à d’autres parties du Moyen-Orient et maintenant elle atteint d’autres parties du monde. Elle touche Europe, l’Afrique, et d’autres endroits, et nous n’avons cessé de le répéter la Palestine est le cœur du problème, comme a pu le dire John Pilger, « Palestine is the Issue », et la Palestine demeurera toujours le cœur du problème, et quoiqu’on fasse pour se soustraire à ce truisme, cette réalité, si on ne peut trouver de solution à ce qui se passe en Palestine, on ne peut espérer stabiliser le Moyen-Orient.

Quand je dis trouver une solution, je ne veux pas dire trouver une quelconque concoction comme l’aberration d’Oslo et qui a gâché 20 ans, de sang, de larmes, de terre, de bagarre et de conflit, et on savait dès le départ que ça n’apporterait rien de bon aux Palestiniens, tout ce que revendiquent les Palestiniens c’est une paix juste.

Nous voulons la justice, nous ne voulons pas de processus de paix selon la terminologie et les prédictions d’Henry Kissinger, nous voulons la justice, nous voulons que notre peuple reçoive ses droits, sa liberté, sa dignité, nous sommes prêts, nous voulons nous battre et nous nous battons pour l’obtenir, et pour la majeure partie notre combat a dans les faits plutôt été un combat non-violent, si on veut bien y prêter attention, nos grèves, nos protestations, notre désobéissance civile, tout ça ne remonte pas seulement à 1948, mais à 1936, la grève des Palestiniens de 1936, et avant ça même. Nous voulons que vous soyez à nos côtés dans cette bataille.

Nous voulons que vous compreniez que votre rôle maintenant est assez important, il ne s’agit pas de pure solidarité, mais cette bataille ne peut pas être menée par les Palestiniens seuls, parce que nous ne nous battons pas seulement contre Israël, mais aussi contre les bienfaiteurs d’Israël, c’est à dire les gouvernements occidentaux, de puissants gouvernements, contre de puissantes armées, contre les États-Unis qui sont un puissant partisan d’Israël depuis sa création en 1948.

Nous en tant que Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, et ailleurs nous ne pouvons le faire sans vous, donc nous avons besoin que vous vous impliquiez, nous avons besoin que vous vous désolidarisiez moralement d’Israël, et par se désolidariser moralement, je ne parle pas de produits israéliens en soi, ce dont je parle c’est une promesse, un serment que vous devez faire, celui de vous ranger du bon côté de l’Histoire, quelles qu’en soient les implications, quoi que cela signifie, vous devez prendre la décision que vous êtes aux côtés du peuple palestinien dans cette juste bataille pour la liberté, pas avec Israël, pas avec l’armée israélienne, et vous ne pouvez pas non plus être un témoin silencieux, parce que la neutralité n’est pas possible dans ces circonstances.

Et aussi parce que nous comprenons que l’injustice quelque part est une menace pour la justice partout, comme a pu le dire Martin Luther King. Et ce qui se passe au Moyen-Orient prouve cette théorie que l’injustice qui a commencé en Palestine continue à s’envenimer, à se développer et a atteint d’autres parties du Moyen-Orient, et nous avons besoin que cela cesse.

Et nous voulons que cela cesse de la façon la plus paisible possible, mais nous avons besoin d’être nombreux, nous avons besoin de gens à nos côtés, des millions et des millions, et qui crient du toit des immeubles de chaque capitale, de chaque ville, de chaque village, de chaque pays, de la même façon que nous avons fait front ensemble contre le gouvernement d’apartheid en Afrique du Sud, nous devons faire la même chose en Palestine.

Et c’est possible, parce qu’aucune puissance de feu, aucune force aérienne, ou chars d’assaut ne sont assez puissants, assez gigantesques pour faire taire la voix de la société civile partout dans le monde. Nous avons besoin de vous, nous avons besoin de vous maintenant, plus que jamais car notre mouvement, notre mouvement de boycott atteint finalement le seuil où nous pourrions bientôt parler d’un nombre crucial, nous avons besoin de ce nombre crucial, donc chaque voix compte. Nous apprécions beaucoup votre solidarité à tous.

Merci de m’avoir donné la possibilité de m‘adresser à vous aujourd’hui, et je souhaiterais vraiment pouvoir vous parler en personne, et je vous présente personnellement mes excuses de n’avoir pas pu me joindre à vous aujourd’hui, et merci, merci beaucoup pour votre soutien. Dieu vous bénisse, et tous mes vœux aux autres intervenants. Au revoir."

  • Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Ses excellents livres : "Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza" , et "La deuxième Intifada" sont disponibles à la librairie Résistances.

Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

Source : www.info-palestine.eu

Traduction : MB à partir de http://www.palestinechronicle.com/afp-symposium-2016-keynote-speaker-ramzy-baroud-video-2/

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