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28 juin 2016

Etat d’urgence à Salfit en Cisjordanie, privée d’eau par Israël

Les coupures d’eau imposées par Israël à de nombreuses villes et villages de Cisjordanie tournent au cauchemar pour les Palestiniens qui voient mourir leurs animaux et leurs plantes totalement déshydratés.



Ainsi à Salfit, près de Naplouse, les habitants ont été pris au dépourvu car la compagnie israélienne des eaux, Mekorot, ne les a même pas prévenus des coupures d’eau en plein ramadan.

« Un jour nous nous sommes réveillés et nous avons trouvé un réservoir vide », a déclaré le maire de Salfit, Dr. Shaher Ishtayeh, avant d’ajouter « Si nous avions su à l’avance qu’on nous couperait l’eau nous en aurions stocké. » « Nous aurions pu dire aux gens de remplir des bouteilles, d’abandonner ce qui n’est pas indispensable comme laver les sols et les voitures. "

« Moi, je peux jeûner mais ce n’est pas le cas de mes poulets et de mes plantes. Je peux me passer de boire de l’eau pendant 18 heures pendant le Ramadan. Je suis capable de le comprendre. Mais mes plantes et mes poulets que peuvent-ils faire, alors qu’il fait 38 ° ici ?"

Nizar Rayan possède un grand nombre de pépinières en face de sa maison ainsi qu’un grand poulailler à deux pas de chez lui. Au début du mois de juin, quand il comprit que les coupures d’approvisionnement en eau vers les villes et les villages du centre de la Cisjordanie n’étaient pas temporaires, il s’est empressé d’aller vendre 700 poulets, n’en conservant que 80. Mais 50 d’entre eux sont morts de déshydratation la semaine dernière.

A présent il a peur pour sa pépinière. Les potirons, courges et courgettes ont déjà montré des signes de flétrissement. La citerne de ses parents qui récolte et stocke l’eau de pluie ne suffisant plus, il en a acheté à un prix 10 fois plus élevé à un conducteur de tracteur qui allait remplir son réservoir d’eau à quelques dizaines de kilomètres de là.

Mais cet approvisionnement n’est également plus disponible. Et quand Rayan se lave les mains avant la prière, il prend le soin de le faire dans le jardin au dessus d’un petit arbre ou d’une plante, afin qu’eux aussi puissent en profiter.

Salfit, une ville pourtant bien organisée

Salfit a une tradition d’organisation efficace, et un comité municipal d’urgence a été immédiatement convoqué. Les haut-parleurs, Facebook, et la station de radio locale ont tous alerté sur la situation dès qu’ils ont appris la coupure. Il a été demandé au propriétaire de la cimenterie locale de fermer temporairement : « Nous sommes désolés » lui a-t-on dit « boire de l’eau est plus important ».

Le département des eaux usées de la ville a un camion avec un réservoir fractionné : une moitié pour l’eau propre et la deuxième pour les eaux usées. Il a immédiatement été rempli pour moitié avec de l’eau qui prend sa source dans le Wadi, pour satisfaire les besoins immédiats des habitants.

Les employés de la municipalité et du comité du village ont travaillé jour et nuit. Ils ont divisé Salfit en 3 zones, et distribué l’eau par roulement : quand l’eau coule dans une zone, les robinets des tuyaux des deux autres sont fermés.

Parfois Hassan Afaneh, l’ingénieur en charge du département de l’eau et des eaux usées de la ville ordonne d’arrêter la distribution de l’eau dans toutes les zones pendant quelques heures afin de permettre au niveau de l’eau du réservoir de monter et d’accroître la pression de l’eau. Cet ordre peut être donné la nuit et c’est pourquoi les employés doivent toujours être disponibles.


Et nous parlons bien de l’eau qui appartient aux Palestiniens !

Lors des accords d’Oslo, en 1995, l’OLP avait accepté pendant une période temporaire allant jusqu’en 1999, le partage de l’eau provenant de l’aquifère de la montagne entre Palestiniens et Israéliens, colons inclus. (Le Jourdain n’étant pas inclus dans ce partage, les Palestiniens n’étant pas autorisés à se servir de son eau)

Au final, plus de 80 % de l’eau revient désormais à Israël.

Alors que la population palestinienne a augmenté, que des besoins industriels et de développement se sont ajoutés, la quantité d’eau disponible pour les Palestiniens a diminué, et ils ne bénéficient que de 14 % de leur seule source d’eau, celle qui provient de l’aquifère de la montagne.

C’est pourquoi ils sont obligés d’acheter des quantités énormes d’eau à la compagnie israélienne Mekorot.

Les maires sont obligés de faire des apparitions dans les émissions de radio populaires afin de répondre aux plaintes concernant les pénuries d’eau. « Cela n’est pas de notre ressort » regrettent-ils. Les maires appellent les responsables de Mekorot et on leur explique que la pénurie d’eau est également présente dans les colonies et que les réservoirs des colonies doivent être remplis en priorité.

Les colonies de la région, à commencer par celle d’Ariel se portent bien, merci. Les Palestiniens qui y travaillent peuvent en juger. Ils constatent, que contrairement à eux, les colons n’ont pas besoin d’installer des réservoirs sur leurs toits pour stocker l’eau.

Et ironie du sort, Israël s’apprête à exporter de l’eau palestinienne, souligne Ramzy Baroud, qui rappelle que depuis des décennies, Israël s’est toujours servi de l’eau (palestinienne"-) comme "arme de guerre", pour punir les Palestiniens qui ne filaient pas doux, que ce soit pendant la première intifada ou dans tel camp de réfugiés, où l’eau était systématiquement coupée par les forces d’occupation.

Et cela pouvait durer longtemps et mettre en jeu la survie des Palestiniens, qui subissaient en outre des bouclages et couvre-feux, et auxquels il ne restaient plus que les "prières pour la pluie", raconte Ramzy.

Dèjà pendant la Nakba, en 1948, fait il observer, la première chose que faisait l’armée israélienne quand elle s’emparait d’une ville ou d’un village palestinien, c’était de démolir ses puits pour empêcher ses habitants de revenir.

"Une méthode qui n’appartient pas au passé, puisque les colons et l’armée continuent à l’utiliser. Avant chaque raid, chaque invasion, comme à Jénine en avril 2002, les avions israéliens prennent la peine de bombarder les sources d’approvisionnement en eau des Palestiniens, avant même de les attaquer."


Et Gaza, souligne-t-il reste l’exemple le plus frappant de ces châtiments collectifs par le biais de l’eau et de l’électricité dont ils sont privés et qui empêche les générateurs de la purifier.

(Traduit par Khadija B.)

Source http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.727038

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