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6 septembre 2016

Le palestinien Mazin Qumsiyeh démonte la "hasbara" (propagande) israélienne

Mazin Qumsiyeh, Professeur de biologie à Béthléem, résistant et écrivain, tire pour nous les leçons d’une manifestation "pour la paix", à laquelle il vient de participer avec des Israéliens un peu "naïfs".



Un « manifestant amical » avec un colon officier de police

" Les Israéliens étaient un mélange d’individus bien intentionnés qui ne savaient rien de la réalité du colonialisme de peuplement qu’est l’Etat d’Israël, et de sionistes réellement bien informés qui voulaient prouver aux Palestiniens (nous) qu’ils ne sont pas aussi mauvais que ce qu’ils sont réellement (et disent « voyez, Israël est une démocratie qui permet à toutes les opinions de s’exprimer »). Un bon exemple de la dernière catégorie est ce gars qui est un bon ami d’un responsable de la sécurité des colons.



Mazin Qumsiyeh près de soldats masqués et armés, « au cas où nous aurions des idées !! »

Le slogan « deux Etats pour deux peuples » est aussi raciste et ne fait que corroborer le colonialisme. Des colonisations de peuplement comme Israël [1] ne sont jamais résolues par un scénario de deux Etats. Les trois modèles connus dans l’histoire sont : 1) le modèle algérien, 2) le modèle australien/néo-zélandais, et 3) (le plus commun) le modèle d’Amérique latine /Afrique du Sud. Le troisième modèle de colonialisme de peuplement est le plus commun, et celui où la grande majorité des autochtones soutiennent toujours l’Afrique du Sud ou la Palestine.

Bon nombre des Israéliens participant à cette manifestation sont, comme je l’ai dit, des « gens de gauche » bien intentionnés qui n’ont pas bien étudié leur propre histoire. Ils ont cette illusion que les problèmes, pour Israël et le sionisme, ont commencé en 1967 avec l’occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza.

Mais le problème principal a commencé bien plus tôt, à la fin du 19ème siècle, avec l’idée de transformer une société multi-religieuse et multi-culturelle appelée Palestine (à l’époque non juive à 97%) en un " Etat juif d’Israël" . Cette idée appelée sionisme par nécessité a entraîné nettoyage ethnique, massacres, démolitions de maisons, occupation de 1967 et autres symptômes. Il ne faut pas confondre l’un des symptômes (par exemple l’occupation de 1967) avec l’étiologie sous-jacente de cette maladie. Malheureusement, beaucoup de Palestiniens (comme le chef Buthelezi en Afrique du Sud pendant l’apartheid) ont adopté le langage sioniste. Ainsi quelques-uns des manifestants palestiniens aujourd’hui voulaient la liberté pour la Palestine « de Hébron à Jénine » !!! Mais même ces revendications modestes pour 1/5ème des terres palestiniennes volées ont été huées par les colons passant en autobus qui nous ont klaxonné et nous ont fait des doigts d’honneur.



Dans un autobus, les colons font des doigts d’honneur, Mazin répond par le V de la victoire

La manifestation voulait essentiellement attirer l’attention sur le sort des prisonniers politiques palestiniens, dont beaucoup ont été ou sont en grève de la faim dans l’espoir de mettre fin à leur détention sans procès, pendant des mois (appelé également « détention administrative »).

Pendant ce temps, l’opinion publique palestinienne est assommée par les problèmes économiques, les dettes accumulées, l’occupation mentale, le manque d’eau (cela fait maintenant deux semaines que l’appartement de notre musée réservé aux invités n’a pas d’eau) et beaucoup plus. La direction auto-proclamée n’est pas concernée par la vie des gens, mais est simplement préoccupée par ses propres intérêts égoïstes. L’idée de la tenue d’élections municipales sous occupation était un défi à l’occupation lorsqu’elles ont eu lieu en 1976. Aujourd’hui, c’est une distraction et un jeu d’échecs entre différentes factions. Les événements réellement importants se produisent ailleurs, avec peu de couverture médiatique.

Il y a presque 100 ans, en 1917, les déclarations britannique de Balfour et française de Jules Cambon en soutien au sionisme furent signées, en partie pour pousser les sionistes à faire pression pour l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale. Quel chaos depuis, avec certains événements plus importants que d’autres. Il y eut la formation et la prise de contrôle de la Réserve fédérale des Etats-Unis, qui assure l’impression de l’argent soutenue par la puissance militaire états-unienne pour devenir la devise mondiale « de réserve » (un système fictif de dette et crédit qui a enrichi des milliers grâce à des milliards de pauvres). Il y eut le financement des guerres, de la Deuxième Guerre mondiale à la guerre Iran-Irak. Il y eut le Vietnam et le Cambodge, où des millions ont été massacrés. La guerre en Irak, qui a coûté trois milliards de dollars et la vie d’environ un million d’Irakiens, fut une guerre pour Israël (voir [2]).

Les élites sionistes engrangent des succès politiques majeurs : normalisation avec de nombreux gouvernements arabes, l’OLP n’est plus qu’un sigle et ne sert que de sous-traitant à l’occupation. Mais elles subissent quelques revers :

  • 1) le renforcement de l’alliance Iran-Syrie-Hezbollah-Russie-Chine,
  • 2) la croissance du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS),
  • 3) la croissance de la population non-juive sous le régime israélien d’apartheid (aujourd’hui et pour la première fois depuis le nettoyage ethnique de 1948, il y a moins de 50% de juifs), 4) le rêve de création d’Etats confessionnels au Moyen-Orient par les services du renseignement d’Israël et des Etats-Unis s’évanouit (c’était supposé normaliser un Israël confessionnel).

Beaucoup d’événements se sont produits qui poussent les gens rationnels à se poser la question de l’avenir du projet sioniste connu sous le nom d’Etat juif d’Israël. La dernière jeune femme palestinienne enceinte tuée par l’armée d’occupation fut Sara Haddoush Trayra.



Sara Haddoush, assassinée par les forces israéliennes le 1er juillet 2016 à l’entrée de la Mosquée Ibrahimi, à AlKhalil/Hébron.

Il est trop tôt pour déclarer qu’elle sera la dernière victime. Israël a également restitué le corps de Bahaa Elayyan, un jeune homme brillant qui avait participé à la formation d’une chaîne de lecture autour de la vieille ville de Jérusalem et fait la promotion de la lecture parmi les écoliers et les étudiants dans toutes les zones occupées. Israël l’a assassiné [le 13 octobre 2015] et a détenu son corps pendant 11 mois.

Les colons israéliens continuent de voler les terres palestiniennes, de détruire les maisons palestiniennes et de promouvoir le racisme comme loi du pays [3].

Ces exemples, et des millions d’autres, sont les signes de la faillite morale en pleine accélération. Il est trop tôt pour déclarer l’échec de l’empire sioniste mais de nombreux signes montrent l’arrogance du pouvoir qu’on ne voit que dans les empires agonisants qui s’étiolent. Oui, Israël reçoit 4 milliards de dollars d’argent des contribuables états-uniens (aucun Etat des Etats-Unis ne reçoit davantage d’aide fédérale qu’Israël).

L’explosion qui a détruit hier un satellite israélien deux jours avant son lancement pousse les élites au pouvoir à méditer sur l’environnement en évolution. La compagnie israélienne Spacecom devait être vendue pour 285 millions de dollars à une compagnie chinoise. L’accord, annoncé seulement la semaine dernière, dépendait du succès du lancement du satellite (nommé Amos-6) mais maintenant, la transaction est annulée. Que ce soit un accident ou une intervention divine ou autre chose, l’affaire inquiète les dirigeants de l’élite israélienne d’apartheid. Le vent, dit un proverbe arabe, ne souffle pas toujours dans le sens où voudraient aller les bateaux.

Une campagne sioniste concertée a été lancée pour évincer Jeremy Corbyn de la tête du parti travailliste au Royaume-Uni, avec beaucoup d’argent et d’extorsion et de propagande (mais elle pourrait finalement échouer étant donné les foules qui assistent à chacune de ses apparitions). Corbyn ose placer les intérêts publics britanniques et humains à l’avant et au centre de son programme. Les sionistes veulent une marionnette comme ils avaient avec Clinton 1 (coureur de jupons corrompu) ou la future Clinton II (la criminelle de guerre corrompue). Comme l’opinion publique bouge aux Etats-Unis comme elle l’a fait en Grande-Bretagne et en Europe, inévitablement cela s’étendra au gouvernement. Jill Stein ayant peu de chance, Trump et Clinton pourraient accélérer le déclin de l’empire américain et ainsi être les derniers des « moindres de deux maux » du proverbe. Pendant ce temps, nous, les peuples, devons changer notre approche et cesser de jouer le jeu en utilisant les règles que nous imposent les banquiers [4].

Par Mazin Qumsiyeh | 2 septembre 2016

[1] « Israël the last of the Settler Colonies » (Israël : la dernière des colonies de peuplement), J.F. Gjersø, The « Civilising Mission », 16/08/2014

TEXTE SELECTIONNE https://thecivilisingmission.com/2014/08/16/israel-the-last-of-the-settler-colonies/

[2] « Connecting the Dots : Iraq & Palestine – the Israëli lobby and the Iraq war« , Mazin Qumsiyeh.

[3] Voir la liste de plus de 50 lois qui légalise la discrimination contre les non-juifs dans l’ »Etat juif » (« Discriminatory Laws in Israël », sur Adalah. Bien sûr pour ceux d’entre nous qui vivent en Cisjordanie occupée, il y a des centaines d’autres « lois » discriminatoires sous forme d’ordres militaires.

[4] « Confessions of an Economic Hit Man » (Confessions d’un tueur à gages économique), John Perkins, Livre-audio et Conférence

Article original : Popular Resistance

Traduction : MR pour ISM

Source : http://www.ism-france.org/analyses/Colonisateurs-article-20084?ml=true

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