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16 novembre 2016

Comment Israel pourrit la vie et l’avenir des footballeurs palestiniens

"Comment je suis passé du rêve au cauchemar" : témoignage de Sami, footballeur professionnel.



Le stade al-Zeitoun de Gaza bombardé par Israel à l’été 2014 (Photo : Mohammed Asad)

"Ma vie a été bouleversée" raconte Sami, 28 ans, à Electronic Intifada.

“En août 2014, j’avais réussi à quitter Gaza pour aller jouer en Cisjordanie dans le club Shabab al-Khalil d’Hebron, sans autorisation israélienne de me déplacer à l’intérieur de la Cisjordanie.

Puis je fus recruté par le club al-Samoor qui m’obtint un permis de longue durée, un bon salaire et une perspective de carrière dans le football. Je jouai 18 mois dans cette équipe mais en mars dernier, 50 soldats envahirent ma maison à Hébron, alors que je jouais à des jeux vidéo de football sur mon ordinateur.

Ils me confisquèrent mon ordinateur, m’arrêtèrent et m’emprisonnèrent en Israel à Ashkelon. Deux autres footballeurs palestiniens furent arrêtés et incarcérés le même mois."

Après 3 jours d’interrogatoire et 7 jours dans la prison d’ Ashkelon prison, il fut renvoyé à Gaza.

“Les Israéliens m’accusèrent d’avoir sur mon ordinateur des informations menaçant a sécurité d’Israel bien qu’il n’aient rien trouvé dans mon ordi, qu’ils ont d’ailleurs renvoyé à Gaza. Et depuis, je suis bloqué à Gaza

Je joue désormais dans le clubI al-Ahli club, mais ce n’est pas le même niveau, c’est moins professionnel et ce n’est pas diffusé sur les chaines de télévisions palestiniennes, contrairement à ce qui se fait en Cisjordanie. Sans parler de la privation d’électricité et d’au potable ici à Gaza, je touche désormais moins de 400 euros par mois au lieu de 2000.

“J’ai une licence en comptabilité et je n’ai jamais fait de politique, car je me suis entièrement consacré à ma passion : le foot. Mais ma carrière professionnelle sera terminée dans quelques petites années... si je ne suis pas blessé auparavant.

Mon cas a été soumis à la FIFA, mais c’est tout le sport palestinien qui est affecté par des décennies d’occupation militaire. Pas de possibilité de circuler librement, de constituer de vraies équipes nationales. La Palestine est ainsi le seul pays obligé d’avoir deux équipes nationales à cause du blocus de Gaza.

Quand les athlètes sont invités à participer à des événements sportifs locaux, régionaux et internationaux, Israel leur refuse quasi systématiquement le droit de s’y rendre.

Quand une équipe de Gaza demande à aller jouer en Cisjordanie, seuls 3 ou 4 joueurs obtiennent l’autorisation, ce qui oblige à annuler le match.

Et chaque année, Israel confisque du matériel sportif qui nous est envoyé par la Confédération asiatique de Football et par la FIFA. De la même manière, l’occupant refuse à des spécialistes internationaux le droit d’entrer pour venir nous entraîner.

Et je ne parle pas du nombre de footballeurs palestiniens qui ont été assassinés ou blessés par Israel, ni des infrastructures sportives détruites ou endommagées lors de chaque bombardement sur Gaza.

Rien qu’à l’été 2014, 30 sportifs ont été tués, et 17 gravement blessés. Le siège de l’Association nationale de football, ainsi que 20 clubs et 10 terrains de foot ont été ciblés par Israel."

Mais les sportifs de Cisjordanie aussi subissent des violences, souligne Mousa Tawfiq, journaliste de Gaza qui a mené des enquêtes par téléphone.

Ainsi en janvier 2014, deux cousins de 19 et 17 ans, Jawhar Nasser et Adam Abd al-Raouf Halabiya, très doués et qui s’apprêtaient à rejoindre l’équipe nationale, ont été victimes d’une embuscade israélienne, alors qu’ils rentraient d’un entrainement dans le stade Faisal al-Husseini Stadium de al-Ram, proche de Ramallah.

On leur a tiré 11 fois dans les jambes ! Puis les soldats ont lancé sur eux un chien et les ont traînés sur le sol, cassant une jambe d’Adam sur laquelle ils avaient déjà tiré.

Après intervention d’autorités internationales, ils ont été envoyés en Jordanie pour y être soignés.

" Nous avons passé 2 mois à Amman et nous avions l’intention d’engager des poursuites contre Israel", indiquent les parents de ces deux jeunes footballeurs. "Mais sur notre chemin de retour en Cisjordanie, des militaires ont kidnappé Adam et Jahwar, et nous ont mis le marché suivant entre les mains : soit vous abandonnez vos poursuites contre Israel, soit vos enfants seront emprisonnés pendant 50 jours minimum, et nous affirmerons qu’ils ont tenté de nous lancer une bombe".

Les parents ont donc abandonné les poursuites.

Jawhar coache désormais des enfants, et il poursuit des études de droit à l’université Al-Quds, tandis que son cousin Amar, y termine ses études de commerce.

De foot, il n’est bien entendu plus question !

“Les sportifs palestiniens s’entraînent pendant des mois et des années et se voient rejetés par Israel juste avant les compétitions, ce qui les plonge dans un terrible désespoir. Il faut absolument que la FIFA et la communauté internationale fassent quelque chose", conclut
Mousa Tawfiq.





Rassemblement organisé par CAPJPO-EuroPalestine devant la FFF (Fédération Française de Foot) à Paris, en octobre dernier, pour réclamer l’expulsion d’Israël des compétitions internationales.

(Traduit par CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Enquête de Mousa Tawfiq publiée dans Electronic Intifada

CAPJPO-EuroPalestine


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