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7 février 2017

Qui a répandu des produits toxiques en Palestine occupée ? (photos)

Les habitants des villages de Burin, Iraq Burin et Madama, à l’est de Naplouse, ont eu la désagréable surprise de découvrir la semaine dernière, dans leurs jardins ainsi que sur toits et terrasses de leurs maisons, des tablettes de couleur brune, recouvertes de plastique.

Tablettes de chocolat empoisonnées ? La rumeur s’est rapidement répandue, d’autant que plusieurs témoins ont rapporté avoir vu des aéronefs –sans que l’on sache s’ils parlaient de petits avions ou d’hélicoptères- survoler la région à basse altitude les jours précédents.

En fait, la nature des objets a été rapidement identifiée, puisque c’est écrit dessus, comme l’indiquent les photos ci-dessous : il s’agit de doses de vaccin anti-rabique mélangées à de l’alimentation, un procédé connu et utilisé dans des nombreux pays pour éradiquer la rage dont les renards (plus précisément, le renard roux Vulpes vulpes) sont l’un des principaux réservoirs et vecteurs de cette maladie potentiellement mortelle.


(photo prise par une correspondante de l’association ISM sur place)

Mais les plaquettes trouvées n’expliquent pas comment ni pourquoi elles sont arrivées dans ces villages palestiniens, exposant leurs habitants, en particulier leurs enfants, mais aussi leurs animaux domestiques, à des risques sanitaires sérieux.

Le vaccin est du modèle Sag2, comme on peut le lire sur les photos : il s’agit d’un produit des laboratoires vétérinaires Virbac, une entreprise française dont le siège est à côté de Nice.

Le Sag2, comme d’autres vaccins destinés à immuniser des animaux sauvages contre la rage, est conçu pour être utilisé dans des campagnes de masse : par voie aérienne, on répand en rase campagne, en évitant évidemment l’habitat humain, des milliers et des milliers de sachets sur les zones où le renard infecté par le virus de la rage est abondant. Chaque sachet est formé d’un appât alimentaire, à l’intérieur duquel on a fourré la substance vaccinale. En France, une campagne de ce type a eu lieu dans les années 1990 avec un produit analogue ; la population de renards potentiellement transmetteurs du virus a pu être éradiquée, et le pays a pu être déclaré indemne de la maladie en 2001.

Mais personne, en tout cas pas les Palestiniens, n’a connaissance d’une campagne aérienne analogue dans la région, et encore moins avec le vaccin Sag2 de Virbac. (Israël a bien fait état d’une campagne avec un produit analogue, le Raboval* de l’entreprise française Merial, mais c’était il y a quinze ans).

En effet, lorsqu’on consulte le site de l’entreprise, qui appose sur les sachets son numéro de téléphone en France, on constate qu’il n’y a actuellement dans le monde que 4 pays concernés par ce type de vaccination aérienne avec Sag2 : L’Estonie, la Finlande, l’Italie et la Grèce. Ce qui est corroboré par la présence sur les sachets d’indications linguistiques valables pour ces 4 pays (avertissements en italien, grec, finnois et anglais), également visibles sur la photo, et pose la question de savoir comment ces produits ont été introduits en Israël/Palestine et par qui.


(un sachet entamé ; source palweather.ps)

L’épandage de Sag2 n’a rien d’innocent : le dossier officiel du produit, déposé auprès de l’Union Européenne contient ainsi une série de précautions indispensables en cas d’utilisation :

Par exemple :

  • ne pas autoriser des personnes immunodéprimées à le manipuler, et ce pour une raison évidente : le vaccin étant fabriqué à partir de virus vivant dit « atténué », une personne ayant des défenses immunitaires affaiblies serait beaucoup plus vulnérable en cas d’exposition au sachet, a fortiori si le blister a été ouvert (par un animal enragé ou pour toute autre raison).
  • le produit est potentiellement dangereux pour les chiens domestiques
  • Il faut impérativement « de le tenir hors de portée et de la vue des enfants », indique le laboratoire pharmaceutique, notamment au regard du risque qu’un enfant prenne le paquet pour un produit comestible et le mette à la bouche.
  • En outre, l’aluminium et les antibiotiques contenus dans la préparation sont potentiellement toxiques pour tous les êtres vivants, humains compris.

Une correspondante de l’organisation International Solidarity Movement (ISM), qui s’est rendue sur place, rapporte l’émotion des habitants du village, et leur conviction que les sachets ne sont pas tombés du ciel par hasard, mais par malveillance.

Ils rappellent de ce point de vue que leurs villages sont encerclés par une série de colonies juives, parmi les plus fanatiques, responsables d’innombrables agressions contre la population indigène de Palestine. Il s’agit notamment des colonies d’Itamar et Yitzhar, cette dernière venant d’ailleurs tout juste d’être « légalisée » par le gouvernement d’occupation.

A suivre, certainement.

Sources :

Le site d’ISM-France : http://www.ism-france.org/temoignages/Des-tablettes-hautement-toxiques-retrouvees-sur-les-terres-de-Burin-Iraq-Burin-et-Madama-a-l-est-de-Naplouse-article-20210?ml=true

Le produit Sag2, sur le site du laboratoire Virbac https://www.sag2.com/home/english.html

Le dossier descriptif du Rabigen Sag2 enregistré à l’Agence européenne du médicament : http://www.ema.europa.eu/docs/en_GB/document_library/EPAR_-_Product_Information/veterinary/000043/WC500068129.pdf

CAPJPO-EuroPalestine


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