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30 mars 2017

BDS : Rebecca Vilkomerson, un symbole de l’évolution des Juifs américains

Dans un article intitulé "La Voix Juive au Cœur du Mouvement de boycott d’Israël", le quotidien israélien Haaretz dresse un portrait instructif de Rebecca Vilkomerson, militante BDS américaine et directrice de La Voix Juive pour la Paix.



Rebecca Vilkomerson (à droite) en juillet 2016, avec Caroline Hunter qui faisait partie du mouvement pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. VJP

"La Voix Juive au Cœur du Mouvement de boycott d’Israël

par Allison Kaplan Sommer

Rebecca Vilkomerson, directrice générale administrative de La Voix Juive pour la Paix, est une militante BDS : elle a passé trois ans en Israël, a épousé un Israélien et a des parents en Cisjordanie. Malgré les nombreux critiques/détracteurs au sein de la communauté juive, elle maintient que la VJP se porte bien dans l’ère Trump et n’a que faire de l’aval de l’establishment.

La nouvelle loi d’Israël, interdisant l’accès aux étrangers qui appellent à haute voix au boycott d’Israël ou des colonies, a suscité à la fois un regret personnel et une satisfaction professionnelle pour Rebecca Vilkomerson, directrice générale administrative de La Voix Juive pour la Paix.

D’un côté, la militante de Brooklyn – dont tout le monde connaît le fameux commentaire intitulé : « Je suis juive et je souhaite qu’on boycotte Israël » - avoue qu’elle se sent vraiment triste :
« J’ai là-bas des parents âgés et des amis qui me sont chers, Palestiniens et Juifs israéliens. Il m’est personnellement très pénible de ne pas pouvoir y retourner, simplement pour voir ma famille – y allant au moins une fois par an ».

De l’autre, « l’annonce de l’interdiction, dit-elle, donne un effet de réel, qu’Israël a vraiment très peur de ce mouvement et se rend compte qu’il s’étend : Donc, même si je suis triste, cela justifie l’étendue et la force du mouvement BDS ».

L’organisation à laquelle Vilkomerson a consacré les huit dernières années, non seulement sanctionne le boycott, le désinvestissement et les sanctions à l’égard d’Israël, mais aussi en épouse la tactique et s’active vivement à encourager leur expansion partout aux États-Unis, dans diverses institutions. Les sections locales de la VJP préconisent un boycott total de tous les organismes israéliens (commerciaux, culturels ou universitaires) qui, directement ou non, contribuent à l’occupation permanente de la Palestine et à l’oppression de son peuple. L’organisation exige également la cessation de l’aide militaire des États-Unis à Israël tant que dure l’occupation.

« Nous estimons que le BDS est un outil non violent d’une importance capitale, destiné à changer la situation », a-t-elle déclaré à Haaretz, à la veille de la conférence semestrielle qui débute le 31 mars.

Elle considère que BDS est le moyen de parvenir à une fin :

  • « À notre avis, les États-Unis jouent un rôle-clé en ce qu’ils permettent à Israël de continuer à avoir pour règle d’opprimer le Peuple Palestinien. Ils déploient tout leur pouvoir d’influence diplomatique, économique et militaire afin de permettre à Israël d’agir ainsi. C’est à nous, Juifs américains, de changer cette équation », affirme-t-elle.

Elle estime que BDS est la méthode actuelle la plus efficace de procéder à des changements. Ainsi, en collaboration avec d’autres groupes propalestiniens de gauche, on fait pression sur divers gouvernements, diverses entreprises et universités, afin que tous coupent les liens avec Israël, ou avec les entités qu’ils font participer à l’oppression des Palestiniens, comprenant des fabricants d’équipement ou bien des compagnies d’assurances.

« La campagne BDS est fantastique en ce qui nous concerne », nous dit Rebecca Vilkomerson. Pour un groupe comme le sien, « ce qui est unique » dans les tactiques de boycott et de désinvestissement, c’est la façon dont elles éveillent des sentiments de participation et donnent la notion qu’on peut faire quelque chose de concret au niveau local.

Les sections locales « sont capables de trouver les meilleures cibles et de mener ces campagnes à l’échelon local », nous dit-elle. « Elles sont alors rattachées à un réseau national et mondial de personnes qui font toutes la même chose. Ces campagnes s’appuient l’une l’autre ». Elle appelle « meilleures cibles » pour le BDS, les entreprises et entités « qui ont de vrais exemples montrant la réalité de l’occupation ». Ainsi, c’est à chaque section de « choisir une cible qui passionne et stimule ».

Il s’agit par exemple d’empêcher les universitaires affiliés à des universités israéliennes d’assister à des conférences. Cela concerne aussi les musiciens et les troupes de danse israéliens - dont les tournées sont subventionnées par l’état afin de présenter les aspects positifs d’Israël - quelles que soient les opinions politiques de ces personnes. Elle admet : « Je comprends que ces gens subissent cette expérience en tant qu’individus, ce qui est pénible, mais cette action vise l’establishment ».

Elle ne répond à aucun stéréotype

Elle parle couramment l’hébreu, est mariée à un Israélien, avec une famille proche dans l’état dit juif mais ne répond aucunement au stéréotype du gauchiste juif américain assimilé, étranger au judaïsme et inconscient de la culture israélienne.

Elle grandi à Princetown, dans le New Jersey, dans une communauté juive conservative. Ce qu’on aurait pu remarquer au sujet de sa famille, c’était ses liens serrés avec Israël. Sa tante avait immigré en Israël dans les années cinquante et ses grands-parents Vilkomerson ont suivi dans les années soixante. En conséquence, Rebecca Vilkomerson visitait Israël régulièrement dans sa jeunesse. Même maintenant, elle se sent toujours très proche de sa tante, de son oncle et de ses cousins. Quelques-uns d’entre eux, nous dit-elle, vivent en Cisjordanie.

Elle a commencé à travailler comme organisatrice communautaire dans les années quatre-vingt-dix, puis elle a obtenu sa maîtrise en politique à l’Université Johns Hopkins. Cependant, au début de sa carrière, elle se concentrait sur la politique intérieure, tout en s’occupant parfois de l’Amérique du Sud. Elle admet qu’au début, elle « évitait » délibérément de mettre ensemble ses idées gauchistes sur les droits humains et ses liens avec Israël : « Je ne me sentais pas à l’aise – c’était trop pénible ».

March led by JVP-Philly in protest of the Muslim travel ban February 3, 2017.
Manifestation organisée par VJP-Philly en signe de protestation contre le décret interdisant l’entrée de ressortissants musulmans – le 3 février 2017 (Photo de VJP)

Tout a changé lors de la Deuxième Intifada en 2001 : « Je pense qu’il y a d’ineffables moments où les jeunes Juifs se mettent à réfléchir sur ces choses. J’ai entendu des Juifs américains parler de la même façon de la guerre de Gaza en 2014 »

C’est alors qu’elle s’est tournée vers l’activisme israélo-palestinien : « J’avais déjà formé un cadre politique global. Quand j’ai pu y faire face, j’ai été capable de mettre Israël dans ce cadre ». Elle est devenue membre de la VJP en 2001. À ce moment-là, c’était un petit groupe qui « se réunissait dans le salon de l’un ou l’autre » dans la région de la Baie de San Francisco, où elle habitait et où elle a fait la connaissance de l’étudiant israélien de Berkeley, qui allait devenir son époux.

En 2006, ils ont emmené leurs jeunes enfants en Israël où ils sont restés trois ans. Elle y a perfectionné son hébreu, s’est engagée dans plusieurs organisations des droits de l’homme et a pris part à des manifestations, faisant de l’activisme avec des groupes tels que Taayush et Anarchistes contre le Mur. En 2009, ils sont rentrés aux États-Unis, se sont installés à Brooklyn et elle a pris la barre de la VJP.

En son absence, elle s’était développée en une organisation nationale, incorporant d’autres petits groupes partout dans le pays. Rebecca est devenue la quatrième employée à plein temps du groupe, qui, dit-elle, avait à ce moment-là un budget de 400.000 dollars. Il a atteint depuis 3,2 millions, avec plus 70 sections régionales et de nombreux sous-groupes formés d’étudiants et de divers professionnels (…)

« Il y a une interdiction d’entrée des Musulmans depuis des dizaines d’années. Une autre pour les Chrétiens – les Chrétiens palestiniens ne peuvent non plus revenir. Et puis des lois contre les réfugiés palestiniens », enchaîne-t-elle. « Alors, je défie les gens d’être en accord avec leurs valeurs. Israël ne s’entend pas dire « dehors ». Si on adhère à certaines valeurs aux États-Unis, il faut les maintenir quand il s’agit d’Israël ».

Quand les progressistes se plaignent qu’on cible Israël injustement, Rebecca Vilkomerson juge que c’est un argument sans valeur : « On pourrait dire dans la même veine, qu’ on insultait l’Afrique du Sud dans les années quatre-vingt, et non les autres pays ».

Pas de position sur un ou deux états

« Nous ne prenons pas position sur un état par rapport à deux états, la raison principale étant que notre rôle est de changer l’attitude des États-Unis – non de donner d’ordre en ce qui concerne le nombre d’états où devraient vivre Juifs et Palestiniens. Évidemment, plus les colonies augmentent, plus la solution à deux états semble improbable.

Qui plus est, à mon propre avis, l’idée que le nombre d’états est la ligne de division, est une fausse question. Tandis que, assurément, il est possible en théorie d’avoir deux états où toute la population a les mêmes droits, il existe des états unitaires où sévit l’apartheid et d’autres qui sont laïques et nationalistes. En ce qui me concerne, il ne s’agit pas du nombre d’états. Il s’agit de ce qui s’y passe ».

Dans sa déclaration officielle, le groupe « réclame la fin de l’occupation de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et de Jérusalem Est ; la sécurité et l’autodétermination pour les Israéliens et les Palestiniens ; une juste solution pour les réfugiés palestiniens, basée sur les principes établis du droit international », mais ne précise pas comment on peut y parvenir.

Rebecca Vilkomerson nous dit qu’il est incroyable de voir ceux de droite qui condamnent la VJP faire cause commune avec les antisémites, fermer les yeux sur certains aspects de l’administration Trump simplement parce qu’ils soutiennent Israël, quand « il y a de nombreux antisémites qui soutiennent Israël pour leurs propres raisons de suprémacistes blancs… Soutenir Israël ne veut pas dire qu’on aime ou adore les Juifs, de même que soutenir Israël ne signifie pas qu’on n’est pas antisémite ».

Quant aux partenaires de la VJP dans la coalition BDS, elle affirme que tous les groupes officiellement affiliés sont très clairs sur les limites de l’antisémitisme et l’ont confirmé par des actions concrètes. De plus, « ils sont très clairs sur leurs principes au sujet de la fin du boycott. Ce n’est pas un appel perpétuel contre un état juif du fait que celui-ci est juif. Il s’agit d’en finir avec les conditions particulières de l’oppression.

On se rend compte de ce que pensent ceux qui deviennent membres de la VJP : ils ont été trahis, tout est mensonges, ce qui leur est présenté, c’est une version « Disneyland » d’Israël, qui n’existe pas. Il leur faut repenser tout le système de référence, que des gens qu’ils aiment et en qui ils ont confiance leur ont enseigné. Ils sont en quête de ce qui est nouveau et réel et correspond à leurs valeurs ».

Rebecca Vilkomerson estime que les idées de son organisation ont évolué au fil du temps. Au début, « on avait une attitude de « laissez-moi entrer », et nous voulions démolir les murs à l’intérieur de la communauté juive afin de réussir ». Maintenant elle proclame : « Nous avons grandi et sommes devenus plus puissants et dynamiques. Notre attitude a également changé : « On n’a pas besoin des institutions du monde juif : Nous sommes en train de construire nous-mêmes une institution juive ».

(Traduit par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

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