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16 mai 2017

Lettre de Karim Younes, le plus ancien prisonnier politique palestinien

Karim Younes, dans les prisons de l’occupant israélien depuis 35 ans, et en grève de la faim avec plus de 1300 autres prisonniers politiques palestiniens a déclaré mardi que leurs revendications font partie du droit international, et "ne sont que la traduction des réglements de l’ONU". "C’est pourquoi, souligne-t-il, je continuerai cette grève de la faim jusqu’à ce que nos justes revendications soient prises en compte et que les négociateurs que nous avons choisis, en l’occurrence Marwan Barghouti, soient reconnus par nos geôliers". Ci-dessous également une belle lettre qu’il a écrite le 22 avril dernier.


Cette annonce intervient alors que les grévistes de la faim en sont à leur 30ème jour de jeûne et ont perdu en moyenne 20 kg, et qu’ils sont affectés par des vomissements chroniques, des évanouissements et des pertes de la vision.

LETTRE DE KARIM YOUNES ÉCRITE LE 22 AVRIL DERNIER ET TRADUITE PAR CAPJPO-EUROPALESTINE

"Nous n’avons rien à perdre. La vie est fermée par le gouvernement d’occupation à l’intérieur des camps et derrière les barreaux ou au milieu de l’obscurité noire. Il a fermé l’espoir politique en refusant une paix juste fondée sur la légitimité internationale avec le peuple palestinien, et a continué à commettre des crimes en colonisant des milliers de terres palestiniennes en les transformant en prisons, en ghettos, en barrières, en tours, en colonies et en places d’exécution.

J’ai été condamné à mort après mon arrestation, et je suis resté pendant plusieurs mois vêtu de rouge, en attendant mon exécution. Après avoir remplacé ma peine de mort par la perpétuité, je suis passé d’une mort réelle à une mort au ralenti, au cours de ces longues années passées dans les prisons, chargées de mes rêves et de ma volonté.

Mais je suis certain que le jour viendra, le jour où je verrai la liberté et la liberté de mon peuple, où je verrai ma vieille mère souffrante et les habitants de ma ville natale dans le village de Ara, mes vieux amis les survivants, et le Carmel surplombant la mer de mes souvenirs embrassant le ciel.

Maintenant j’ai décidé de jeter de mon corps et de ma mémoire les années de cruauté et d’humiliation subies par les prisonniers à l’intérieur des prisons. Nous avons combattu et nous nous sommes sacrifiés pour le droit à l’autodétermination, pour notre pays et notre dignité, et nous allons nous battre de l’intérieur de nos cellules durant les années qu’il nous restent à vivre. La prison ne pourra pas nous dominer, et le geôlier, qui enchaine nos mains s’est transformé en prisonnier dans nos vies, et nous allons donc transformer l’occupation en un prisonnier sous l’impact de notre résistance et notre volonté de liberté. Et cette occupation restera en alerte et inquiète aussi longtemps qu’elle exercera le rôle de geôlier face au peuple palestinien.

Nous lutterons depuis nos cellules contre la mentalité raciste et extrémiste, de l’occupant, contre la discrimination et la normalisation avec l’occupation. Je suis un témoin de la Nakba, de la perte et du nettoyage ethnique, mais aussi du courage des prisonniers martyrs qui ont été tués sous mes yeux, confrontés dans les prisons à la torture et à la maladie."

Karim Younes, qui a vécu plus de 25 grèves de la faim en prison, qui est reconnu comme leader par tous les prisonniers, déclare « pas de retour en arrière ».

"Main dans la main pour frapper sur les portes de fer, je suis certain que le geôlier a peur et qu’il est terrifié, certain que l’état d’Israël sera submergé dans le péché, que ces péchés se briseront face à la volonté du défi et l’attachement à la dignité, la liberté et une vie décente.

Les prisonniers sont comme une épine dans la gorge de l’occupant. Il sait parfaitement que notre peuple qui a payé de sa vie un million de Palestiniens prisonniers doit vaincre. Il sait que quand les prisonniers tremblent, la Palestine tremble aussi et mobilise les muscles de sa terre et le sang de ses martyrs, ses blessés, ses exclus, ses arbres et ses rochers et son histoire remplie de trophées.

Mon peuple, ma mère triste, laissez les pleurs pour mon retour, car la vie est pour nous, et c’est pour elle que nous sommes dans les prisons, et c’est pour elle que nous reviendrons plus forts, chargés de tout ce qui est dans nos esprits comme désir et douleur, pour que nos jours à venir soient plus beaux".

CAPJPO-EuroPalestine


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