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21 juin 2017

Mourir par massacre ou par manque d’électricité ? Par Haidar Eid

C’est le seul choix qui nous reste à Gaza, et c’est de cela que nous discutons entre nous", écrit Haidar Eid, professeur agrégé au département de littérature anglaise, de l’Université al-Aqsa, à Gaza, et militant indépendant, partie prenante de la campagne BDS lancée par la société civile palestinienne.


"Comme partout ailleurs dans le monde, l’électricité à Gaza donne accès à l’eau potable et aux soins médicaux. Avec elle, nous pouvons mettre les aliments au réfrigérateur en été, avoir de la chaleur en hiver et être relié les uns aux autres et au monde extérieur. Cela peut sembler très anodin – l’électricité a été coupée à Gaza – mais c’est une condamnation à mort pour les près de 2 millions de Palestiniens qui vivent comme moi dans la bande sous blocus israélien.

En fait, couper l’électricité à Gaza est de facto une déclaration de guerre contre la population civile et une forme illégale de châtiment collectif.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien la situation, aujourd’hui, le débat entre les Gazaouis est de savoir si une attaque militaire directe – l’usage de bombes et d’armes à feu menées par Israël-apartheid, - est une meilleure façon de mourir que par un génocide progressif, l’intensification du blocus qui est imposé à notre minuscule bande depuis 10 ans.

Pensez-y : y a-t-il des citoyens, dans un autre pays du monde, qui débattent de leur meilleure façon de mourir ?

Les moyens et les fins de l’AP

Israël-apartheid maintient un blocus médiéval mortel sur Gaza depuis 2007, quand le Mouvement de résistance islamique Hamas a pris le contrôle de la petite Bande après avoir légitimement remporté les élections législatives de 2006.

Ce blocus a été imposé parce que presque toutes les grandes puissances de la région, dont l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par le Fatah, ont rejeté le choix démocratique des Palestiniens.

Le siège a encore empiré récemment, lorsqu’en avril, Mahmoud Abbas, le président de l’AP, a demandé à Israël de couper la fourniture d’électricité à la Bande de Gaza pour exercer une pression sur le Hamas.

Cette demande fait suite, également en avril, à sa décision de réduire les salaires des fonctionnaires civils basés à Gaza de 30 pour cent. Il devrait être évident pour tout lecteur que les résidents de Gaza ne sont pas seulement des dirigeants du Hamas mais aussi des Palestiniens ordinaires. C’est le peuple qui endure ces coupes de salaires et d’électricité.

Après dix ans de blocus, la situation ici à Gaza est pire qu’elle ne l’a jamais été.

Des hôpitaux, dont Al-Shifa à Gaza-ville, ont cessé d’opérer, même dans les cas urgents.


En raison des coupures d’électricité, 90 pour cent de l’eau fournie est maintenant impropre à la consommation, ce qui accroit le risque de maladie propagée par l’eau polluée.

L’Autorité palestinienne a réduit ses versements mensuels pour l’électricité de 30 pour cent. Israël a donc autorisé la fourniture de seulement 40 Mégawatts de puissance à Gaza, sachant pertinemment qu’il faut 400 Mégawatts pour que Gaza couvre le minimum de ses besoins vitaux.

Des avertissements répétés

Ce n’est comme si le monde n’avait pas été prévenu – à maintes reprises.

A la mi-mai, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis en garde contre l’effondrement imminent de la bande de Gaza. Enseptembre 2015, les Nations Unies ont averti que Gaza pourrait être « inhabitable » d’ici à 2020. A l’époque, le rapport indiquait clairement que le PIB de Gaza avait chuté de 15 pour cent en 2014 et que le chômage avait atteint le niveau record de 44 pour cent, avec 72 pour cent des ménages souffrant d’insécurité alimentaire. Le rapport concluait que le recul de développement avait été accéléré par l’attaque israélienne sur Gaza de 2014.

Ce mois-ci, les Nations Unies ont reconnu que sans action immédiate, la crise de l’électricité entraînerait « l’effondrement des services vitaux, la santé, l’eau, l’assainissement et les services municipaux. » Mais étrangement, les Nations Unies ne semblent pas maîtriser le droit international puisque l’ONU finit par accuser les Palestiniens sous occupation pour cette crise, et non l’occupant israélien.

Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, a qualifié le siège sur Gaza de « violation flagrante et massive du droit humanitaire international » et de « crime contre l’humanité ». Ilan Pappe, historien israélien éxilé en angleterre,parle également de « génocide progressif ».


Ce qui est devenu routinier

Génocide, car des Gazaouis meurent tous les jours, mais ils meurent de maladie causées par le blocus. A cause de l’eau non potable ou de l’impossibilité d’une opération qui leur aurait sauvé la vie, de famine parce que les cultures ne se développent pas faute d’une irrigation suffisante, ou des bébés meurent parce qu’on ne peut pas les maintenir au chaud dans les premiers jours de leur vie.

Mais ces façons de mourir ne font pas la une de l’actualité.

Les morts gazaouis ne font pas la une des médias parce qu’elles sont devenues la routine quotidienne depuis dix ans. Seul Israël profite de ce silence, et seuls les Gazaouis paient le prix de ce silence.

Le monde extérieur doit comprendre qu’il n’y a pas grand-chose que nous, ici à Gaza, puissions faire contre ce blocus médiéval, à part appeler nos soutiens à intensifier leur appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) contre Israël. La moindre victoire du mouvement BDS participe à la survie de Gaza.

La communauté internationale a été totalement incapable d’assumer ses responsabilités. POINT. Les belles paroles et la rhétorique vide ne maintiennent pas en vie un enfant palestinien qui pleure pour avoir du lait. Elles ne fournissent pas non plus un traitement à un malade en phase terminale.

Nous n’avons qu’une lueur d’espoir, la même que celle que les Sud-Africains ont vue avant nous : une campagne soutenue de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël-apartheid, jusqu’à ce qu’il respecte le droit international."

Haidar Eid

Source : Middle East Eye

Traduction : MR pour ISM (International Solidarity Movement)

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