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31 août 2017

"Macron, un été meurtrier", par Jacques-Marie Bourget

Une tribune du journaliste Jacques-Marie Bourget, publiée par le magazine Afrique-Asie et que nous nous faisons un plaisir de reproduire.

"Macron, un été meurtrier", Par Jacques-Marie Bourget

Pendant tout l’été, j’ai eu beaucoup de mal à admettre que Macron était vraiment président de la France. J’ai longtemps cru que le jeune homme, celui que l’on nous montre dans le décor qui fut celui de Paul Deschanel, n’était qu’un hologramme évadé d’une série américaine. Une blague. Je ne croyais pas que le petit homme était vrai, qu’il était plutôt le héros d’une saga cathodique. Pour amuser les plages et tuer le temps. Celui accordé par le bourreau, avant que n’advienne le moment des grands malheurs, à la rentrée…

Non, je n’ai pas rêvé. Après appel au standard du Conseil constitutionnel où l’on me confirme qu’un certain Macron, prénom Emmanuel, est bien président du pays de Robespierre, Louise Michel, Victor Hugo, celui de Jean Moulin l’Affiche rouge, Guy Môquet et de Gaulle ; cela pour résumer. Et pardon aux vrais hommes oubliés dans ma rafle, surtout s’ils sont des femmes.

La trumpitude est une turpitude comme les autres

Donc, je vous le confirme, Macron est bien le chef. Reste à lui attribuer des étoiles. Pas compliqué tant ce fondé de pouvoir est prévisible. Quelques mois d’été ont suffi à nous dire ce dont Macron est le nom, un nom d’emprunt puisque ce n’est pas lui qui gouverne, mais ses maîtres, ses parrains ou sponsors, au hasard, il suffit de tirer leurs noms dans la corbeille de la Bourse, la cuisse de Jupiter. Macron ?

Un été meurtrier.

Avant de détruire le droit du travail, l’allocation logement, de réduire l’impôt de ceux qui ont trop d’argent pour le payer, de freiner la construction des HLM et de mettre dans le noir sur blanc de lois scélérates l’état « d’urgence » et le dogme nouveau du « tout pour les riches », Macron a joué à faire de la politique étrangère. Sans doute le fabricant de Monopoly avait-il oublié de livrer notre génial banquier ? Surprise, à force de rencontrer les plus grands prédateurs du monde, des types qui vous vitrifient des villages à coups de drones ou de bombardiers, genre Trump ou Netanyahou, Emmanuel a acquis, un temps, un taux de popularité comparable à celui de Sylvia Christel. Il y a pris goût. Mais finalement, même « avide de réformes », le Français ne saute pas au plafond des sondages quand on lui rabote ses droits. Soyons donc étranger, terrorisons le terroriste de Mossoul à Tombouctou… C’est du gagnant-gagnant et ça permet de belles photos d’un président déguisé en bidasse, alors qu’il a échappé au service militaire obligatoire.

Attention, la lecture des lignes qui vont suivre peut gravement nuire à la santé, elles exigent pour le moins d’être lues en apnée, tant l’air dégagé est fétide. Nous parlons de la réception du Donald Trump, le catcheur héros d’une émission de téléréalité, qui est aussi chef de cuisine à Washington. À cet Ubu qui a jeté au nez de la France son Cap 21, l’accord mondial sur le climat, Macron a réservé un traitement de vrai chef d’État. Il est clair que Trump et sa secte se foutent complètement et de la France et de Macron… Mais ça faisait joli pour un Américain de venir rendre à la France un La Fayette coiffé cette fois d’une perruque qui n’était plus blanche et enrubannée, mais blonde et laquée.

Netanyahou, l’invité expert ès rafles

Pour les télés Nescafé, celles qui moulinent l’actualité mondiale façon show-biz, ce voyage tombait vraiment bien. Je n’ai pas raison de blaguer sur l’importance cruciale de la rencontre puisque la chronique retiendra une confidence faite par Trump au New York Times : « Macron adore me tenir la main. » Voilà une confirmation d’une réalité qui dure : la France est bien dans la main de l’Amérique. Mieux, Trump, dans l’entretien, reprend trois fois cette pratique du président français qui l’a sidéré : « Les gens ne réalisent pas à quel point il aime me tenir la main »… Et voilà le scoop : Macron puise sa doctrine de politique étrangère dans une chanson de Françoise Hardy, Et la main dans la main. Et rien à voir avec « la mano en la mano » du Général lancé d’un balcon de Mexico ! Pathétique, l’épisode Trump fut rigolo, ridicule comme un opéra bouffe d’Offenbach. Manquait la musique.

Pour l’accueil de celui qui devrait être jugé pour crimes de guerre, Benyamin Netanyahou, c’est une autre chanson. Un requiem. Dire que pour célébrer l’anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv » Macron a invité le premier ministre israélien… Il est vrai expert en matière de rafles. Ce choix du président français – et là on ne rit plus – est indigne, insultant pour l’Histoire, celle de tous les morts de ce drame des temps modernes. Voilà un reître qui dirige un gouvernement, plutôt une bande criminelle, auquel on demande de pleurer sur le sort d’innocents emblématiques ! Attendez un peu, un jour Macron nommera Landru ministre de la Condition féminine.
Mais outrage, non content de glorifier l’immonde Netanyahou, Macron profite de la présence de ce sicaire pour assassiner l’Histoire. Démontrant par-là que les examinateurs du concours d’entrée à Normal Sup’ ont eu raison de le bouler. Enregistrons avec honte qu’un président de la France a profité de la commémoration d’un épisode de l’Holocauste, tragédie franco-française, pour prononcer cette phrase insultante puisque fausse : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

La salive du petit président devenait alors un acide. Effaçant des tablettes les mots d’Hanna Arendt, d’Albert Einstein, de Maxime Rodinson, d’Edgar Morin et d’une foule d’intellectuels qui, justement, ont qualifié avec la diversité de leurs textes la vraie nature du sionisme : un colonialisme.

Antisionisme et antisémitisme : Micron ou Macron ?

Professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand a, sur le sujet, adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron : « Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benyamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. » À propos de la phrase qui tue, celle sur le sionisme, Sand se demande si ces propos avaient pour but de « complaire » au chef du gouvernement israélien, ou si ceux-ci relèvent « purement et simplement d’une marque d’inculture politique ».

« L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur, a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive, se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »… Voilà un TD de rattrapage bienvenu, qui nous démontre que Macron a plus fréquenté la cafétéria que les cours de celui qu’il cite comme sauf-conduit, comme son maître. Être homme de Ricœur ne vous assure pas d’être homme de cœur. Et pourtant si ! Quelques jours après le triomphe parisien de « Bibi », Macron va faire l’éloge public d’un citoyen qui, dans sa vie d’homme d’affaires, n’avait pas vu de malice à commercer avec un certain René Bousquet… le bourreau du Vél’ d’Hiv.

Pour tenter de faire comprendre la gravité des propos du jeune Macron parlant en notre nom, piochons à nouveau dans les mots de Shlomo Sand qui sont un antidote : « En 1948, tous les grands noms du judaïsme américain avec en tête Albert Einstein et Hannah Arendt signent une adresse au président Truman lui enjoignant d’arrêter ou d’expulser le terroriste Menahem Begin qui vient de massacrer 200 villageois à Deir Yassine. Aux yeux du monde, le judaïsme à l’époque, c’est Rosa Luxembourg, Freud, Kafka, Einstein, Arendt. Toutes, tous, étaient non croyants et non sionistes, comme la majorité des 6 millions de morts du génocide nazi. Comment est-on arrivé à cette inversion qui fait que les valeurs de fascistes (je ne trouve pas d’autre mot) comme Begin, Shamir, Liberman, Sharon se sont imposées et sont devenues celles des criminels Olmert, Perès, Barak, Livni… ou celles d’un grand nombre de dirigeants communautaires en France. »

Vite, faisons donc une souscription afin de financer un bibliobus-histoire (Macron aime les bus) qui ferait un stop à l’Élysée et viendrait s’ajouter à la formation permanente du président qui bénéficie déjà des séances de cinéclub de BHL. Une bonne idée, non ?

Jacques-Marie BOURGET


Source : Magazine Afrique-Asie

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