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15 janvier 2018

Mahmoud Abbas relève la tête

Après des années de compromissions sans limites avec l’occupant israélien, le président de « l’Autorité Palestinienne » s’est résolu dimanche à prononcer l’acte de décès des « accords d’Oslo », dont la mort était pourtant évidente depuis des lustres.


L’élément déclenchant de ce qu’il serait néanmoins prématuré, à défaut de traduction dans les actes, de qualifier de « tournant » a été la déclaration de Trump sur Jérusalem.

C’est d’ailleurs à ce dernier, encore plus qu’à Israël, qu’Abbas a réservé ses piques, dans un discours fleuve devant les membres du « Conseil central palestinien », un organisme sans pouvoir de décision, même au sein de l’AP.

« Le Président américain nous a mis une claque, eh bien nous lui en mettrons une à notre tour. Trump menace de couper les vivres à l’AP sous prétexte que les négociations auraient échoué. Mais quand diable y-a-t-il eu un début de négociations ? », a déclaré Mahmoud Abbas.

Parmi les mesures quelque peu concrètes annoncées, Abbas a affirmé que la Palestine ne céderait plus au chantage américain sur au moins un point, l’adhésion à la Cour Pénale Internationale (CPI), afin d’y poursuivre les criminels de guerre israéliens.

"Les Américains nous avaient demandé de ne pas adhérer à 22 organisations internationales, dont la CPI. Nous leur avions répondu que c’était d’accord, tant qu’ils ne fermeraient pas la représentation de l’OLP à Washington, qu’ils ne déplaceraient leur propre ambassade à Jérusalem, et tant qu’il n’y aurait pas au moins un gel de la construction de colonies. Cela n’a pas été respecté, et nous sommes donc déliés de nos obligations. Nous allons adhérer à toutes ces organisations ».

« Toute négociation à venir ne pourra se faire que dans le cadre de la communauté internationale, sous l’égide d’une commission internationale créée par une conférence internationale. Soyons clairs : nous n’accepterons plus un leadership états-unien qui dicterait le processus politique" a-t-il ajouté.

"L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, est un colon qui ne reconnaît même pas la pertinence du mot occupation. Cet homme est agressif, et je n’ai pas l’intention de le rencontrer. Les Américains me l’ont demandé, mais j’ai refusé, je ne le verrai ni à Jérusalem, ni à Amman, ni à Washington », a-t-il poursuivi, à propos de David Friedman, qui est effectivement un ultra du camp sioniste.

Quant à l’ambassadrice états-unienne aux Nations-Unies, Mme Nikki Haley, « on constate qu’elle menace d’écraser tous les peuples qui osent déplaire à Israël, et nous lui répondrons de la même manière ».

Signe de l’exaspération du président palestinien, la Ligue Arabe en a également pris pour son grade « Un dirigeant de la Ligue a osé accuser les Palestiniens de ne pas avoir suffisamment protesté contre la décision de Trump. Notre peuple est descendu dans la rue de manière non violente immédiatement après l’annonce de Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël : 20 des nôtres ont été tués, 5.000 ont été blessés, plus de 1.000 arrêtés. Alors je dis au ministre de la Ligue Arabe qui nous a fait un tel reproche, ou bien vous vous décidez à réellement nous aider, ou bien allez au diable ! ».

S’adressant aux dirigeants britanniques, Abbas a ensuite réitéré la revendication palestinienne d’excuses du Royaume-Uni pour la déclaration Balfour il y a cent ans.

Selon le quotidien israélien Haaretz, le discours de Mahmoud Abbas a duré plus de deux heures, avec un long développement sur l’histoire du sionisme et la destruction de la Palestine, ainsi que sur la responsabilité du Royaume-Uni et des Etats-Unis dans le processus de création de l’Etat d’Israël.

Faisant référence au sommet américano-israélo-palestinien de l’été 2000, qui devait théoriquement déboucher sur un règlement final, Abbas a rappelé : « Nous avons été confrontés à l’absurde. Les Israéliens avaient chuchoté aux Américains que nous étions prêts à renoncer au droit au retour, à 13% de la Cisjordanie, et à aménager un espace de prière pour le culte judaïque à la mosquée al-Aqsa ! »

Le président de l’AP a ensuite accusé Israël « d’introduire des quantités massives de drogues pour détruire notre jeunesse. Nous devons être attentifs à cette situation, c’est la raison pour laquelle nous nous sommes dotés d’une autorité de lutte contre le trafic de stupéfiants, et que nous investissons beaucoup dans le sport. D’ailleurs, en football, nous sommes à présent mieux placés qu’Israël dans le classement FIFA ».

Il s’est également engagé à publier prochainement « une liste noire de 150 entreprises qui travaillent avec les colonies, et nous adresserons aussi à Interpol les identités de plusieurs dizaines d’individus soupçonnés de pratiques de corruption ».

Enfin, Abbas a promis qu’il ne céderait pas aux pressions israélo-américaines sur le soutien financier fourni mensuellement aux prisonniers et à leurs familles. « Ce sont les enfants de notre patrie, et on continuera de leur verser une aide ».

Le Hamas, qui ne participait pas à la réunion, a dénoncé de son côté l’hypocrisie qui avait consisté à inviter l’organisation islamiste à Ramallah, où ses délégués auraient invariablement été arrêtés par l’armée israélienne. Si la réunion avait été organisée en territoire plus sûr, le Hamas y aurait participé, a indiqué l’un de ses porte-parole.

Au demeurant, Abbas n’a apparemment pas dit un mot sur la principale mesure de collaboration avec Israël à laquelle se soumet l’AP depuis des années : la « coordination sécuritaire », autrement dit la chasse conjointe, par les polices israélienne et palestinienne, aux dissidents et résistants.

CAPJPO-EuroPalestine


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