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11 avril 2018

Daniel Blatman, historien israélien, se déchaîne contre la politique criminelle d’Israel

S’inspirant du « J’accuse », écrit par Émile Zola à propos de l’Affaire Dreyfus, Daniel Blatman tire à boulets rouge, dans le quotidien Haaretz, sur les dirigeants israéliens et leur politique criminelle, l’occupation, la colonisation et les massacres de Palestiniens. Le CRIF va devoir sévir face à cette "incitation à la haine", et Macron revoir sa définition du "sionisme" !

"Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme

Tout comme Émile Zola, les personnes éclairées protestent contre des dirigeants qui ont réduit la politique et la culture d’Israël à des niveaux qu’on trouve dans les bars à bière

Par Daniel Blatman - 8 avril 2018

Le titre de cet article est tiré de la lettre ouverte « J’accuse » écrite par le romancier Émile Zola au président français le 13 janvier 1898. Il s’agit de l’injustice faite à Alfred Dreyfus, et de la fin de l’héritage de liberté de la France, de la transformation de l’antisémitisme en une force unifiant les ennemis de l’égalité. Il s’agit des mensonges et de la malveillance circulant dans l’armée, de la corruption, de la déformation de la vérité, de l’ignorance, de la violence et de la tromperie. Zola protestait contre tout cela et accusait ceux qui en étaient responsables. En Israël, à la veille du 70ème anniversaire de son indépendance, nous aussi, nous accusons.

Nous accusons le premier ministre Benjamin Netanyahou de vendre son âme au diable de l’incitation, du colportage de la peur et du racisme. Les circonstances lui ont donné l’occasion de se présenter au monde comme un dirigeant capable de dire courageusement les mots qu’il faut : Nous chercherons une solution à la détresse de dizaines de milliers de malheureux êtres humains, sur la base des valeurs de justice et d’humanisme.

Dès à présent, quelques jours avant la Commémoration de l’Holocauste, alors que nous nous rappelons les réfugiés juifs qui ne pouvaient pas trouver de lieu sûr où se sauver, nous allons mettre fin à ce difficile problème humanitaire. Chers compatriotes, un chef digne de ce nom dirait : « Voici comment, voici le bon et seul chemin », mais Netanyahou qui est le principal responsable de la sombre situation actuelle d’Israël, a choisi de rester le minable chef affolé, dépourvu de courage.

Nous accusons le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman qui soutient une armée coupable de crimes de guerre envers des civils manifestant contre leur propre pauvreté, leur détresse, alors qu’ils sont emprisonnés entre la mer à l’ouest et les fusils des tireurs, et des tanks à l’est.

Nous accusons ce politicien d’incitation contre les citoyens arabes du pays, de corruption et de vandalisme, et d’utiliser les règles d’un régime qui n’existe plus et qui empoisonnent la chancelante démocratie israélienne. Nous l’accusons d’encourager l’incitation contre les fonctionnaires élus – juifs et arabes – qui ont été légalement élus à la Knesset et qui représentent leur circonscription.

Nous accusons les chefs militaires et les agences de sécurité de ne pas protester contre les dirigeants politiques et nous faisons remarquer qu’après 50 ans d’occupation et d’oppression, Tsahal est en train de perdre la faculté de distinguer entre ce qui est permis et ce qui est défendu. Les porte-parole ressemblent parfois aux officiers des armées dont les chefs étaient accusés de collaboration avec les pires ennemis du 20ème siècle. Les officiers supérieurs et commandants en chef allemands et japonais donnèrent exactement les mêmes raisons, lorsqu’ils expliquaient les injustices faites en Russie et aux Philippines occupées.

Là aussi, la mission : défendre la patrie, considérations stratégiques, consignes du haut commandement, obéir aux ordres. Voici les excuses qui servent à fusiller des personnes non armées, à arrêter dans les ténèbres de la nuit et à punir collectivement. Là aussi, ça a commencé avec 17 meurtres et fini avec des milliers.

Nous accusons le ministre de l’Éducation Naftali Bennett de laver le cerveau de la jeune génération, de transformer Israël en un pays dont les jeunes pensent que la démocratie est une forme de gouvernement qui convient aux seuls juifs, de préférence ceux qui se conforment aux cérémonies religieuses appropriées. Il est coupable de vider le système scolaire de ses messages universels et de remplir la tête des jeunes avec du kitsch religieux de moindre qualité, accompagné de messages à caractère fasciste : grandeur de la nation et valeur du sacrifice de sa vie. Il est coupable de cultiver le martyr, faisant allusion à l’Holocauste et d’adorer les pierres de la Samarie, créant ainsi la philosophie du Dieu sacré, du sol sacré et de la race sacrée.

Nous accusons également la ministre de la Culture, Miri Regev et les députés Likoud, David Amsalem, Nava Boker et ce genre de personnes – politiques dont la vulgarité et le vandalisme correspondent à leur ignorance. Ces personnages qui ont transformé la langue des marchandes de poisson en une langue officielle et qui sont fiers d’afficher leur ignorance (« Je ne lis pas Chekhov »), comme s’ils avaient gagné un prix prestigieux pour leur recherche scientifique ou pour leur œuvre littéraire. Ceux qui transforment l’obligation d’un élu d’éviter la corruption, en une simple suggestion.

Cette minable bande voudrait représenter une sorte de révolution – peut-être Mizrahi – mais ses membres sont coupables de la sombre détérioration de la politique et de la culture israéliennes, du genre que l’on rencontrait dans les bars à bière où régnaient la haine, la violence et le racisme. Il s’agissait du Juif mais aujourd’hui, c’est un libéral, un gauchiste, un Arabe ou tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.

Nous accusons le ministre de la Justice, Ayelet Shaked et le ministre du Tourisme, Yariv Levin, deux personnes dont le but est de démanteler le dernier bastion de la démocratie israélienne – la Cour Suprême. Ce sont deux jeunes gens instruits qui promeuvent des propositions de loi (par exemple celle de l’État-nation) et des postes dans le domaine de la justice, cachant une nouvelle idéologie sioniste, le Sionisme National qui représente à la fois l’antithèse du sionisme traditionnel du 20ème siècle et le post-sionisme de la fin du siècle. Ce sionisme est une branche du néofascisme européen qui contient des éléments de xénophobie et d’ultranationalisme, qui soumettent la démocratie à d’autres valeurs et qui restreignent les droits individuels en même temps que la liberté et l’indépendance de la loi.

Nous accusons les prêcheurs de haine, qui se disent « rabbins » : Eli Sadan, Dov Lior, Shmuel Eliyahu, Yigal Levinstein et bien d’autres, coupables de transformer le Judaïsme en une religion qui défend le nettoyage ethnique et le génocide, la xénophobie, l’exclusion et la haine des femmes, ainsi que les attaques contre les homosexuels. Ces hommes sont coupables au plus haut degré, car ils éduquent des centaines de milliers de jeunes, et leur sermons remplis de haine ont une audience importante qui accepte leurs paroles du fait qu’ils portent une calotte et une barbe, et ont l’air d’être doués d’une sagesse et d’une connaissance particulières.

C’est la force spirituelle qui se cache derrière les bandes de jeunes qui maltraitent le Palestinien et ses oliveraies dans son Territoire. Ce sont les mêmes religieux qui justifient les violences et les meurtres commis par les voyous porteurs de kippa. Ils constituent la serre qui nourrit les politiques tels que le député Bezalel Smotrich, raciste, homophobe et expert en matière de génocide. C’est seulement en Israël – ou dans les pays plongés dans l’ignorance, du siècle précédent – qu’un tel personnage peut devenir vice-président de la Knesset.

L’Histoire – ou, s’il n’est pas trop tard, l’électeur israélien – les jugera tous et d’autres. Il existe un groupe de dissidents de plus en plus petit, qui les combat et qui affronte l’atmosphère actuelle avec persistance. Ce sont les militants de la société civile dont les protestations mettent un frein à l’expulsion des demandeurs d’asile, les survivants de l’Holocauste qui sont parmi les premiers à protester contre la déportation, les membres du « New Israel Fund » (NIF) qui continue de soutenir tout ce qui promeut les valeurs telles que l’égalité et la démocratie en Israël. Ce sont les personnes qui pétitionnent la Haute Cour de Justice contre l’injustice perpétrée par le gouvernement : les militants de l’association juive-arabe, et tous ceux qui croient toujours qu’il est possible d’enrayer la roue avant qu’elle ne nous écrase tous.

Émile Zola conclut ainsi sa lettre : « Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice. Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. »

  • Daniel Blatman, est un historien israélien spécialisé dans le mouvement ouvrier juif de Pologne, sur le judaïsme polonais au XXe siècle, sur l’histoire de la Shoah et sur l’Allemagne nazie. Issu d’une famille juive d’Europe de l’Est comptant certains survivants de la Shoah, Daniel Blatman étudie l’histoire du judaïsme contemporain à l’Université hébraïque de Jérusalem dont il est diplômé. Il est l’auteur nombreux articles scientifiques et édite plusieurs ouvrages collectifs.

(Traduit par Chantal C.pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : https://www.haaretz.com/opinion/.premium-my-fiery-protest-is-simply-the-cry-of-my-very-soul-1.5977900

Illustrations de la rédaction de CAPJPO-EuroPalestine

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