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5 octobre 2018

Revenir à Gaza : aussi dur que d’en sortir !

Ci-dessous un récit qui peut paraître surréaliste, mais qui est celui vécu par les Gazaouis qui, après un vrai parcours du combattant pour sortir de Gaza via l’Egypte afin d’aller se faire soigner, doivent vivre l’enfer pour rentrer chez eux. Il s’agit ici d’un car entier de femmes de Gaza, malades, voulant rentrer chez elles.

"Pour beaucoup, le retour à Gaza constitua l’épreuve la plus douloureuse de la journée. Aller d’Egypte à Gaza ne devrait prendre que quelques heures. Le Caire n’est qu’à 260 km de Rafah, la ville la plus au sud de l’enclave. Toutefois, le blocus imposé par Israel à toute la bande de Gaza, - sans oublier la collaboration de l’Etat Egyptien -, il y a maintenant plus de dix ans, a transformé cette journée en un véritable supplice. Les très fréquentes fermetures du point de passage de Rafah, - seule issue vers le monde extérieur pour la plupart des Gazaouis-, ont fait l’objet de pas mal d’articles de presse. Les délais très longs, et les conditions que doivent affronter les Palestiniens de retour d’Egypte sont, par contre, nettement moins connus.

Un récent trajet du Caire vers Rafah prit ainsi, en tout et pour tout, cinq jours.

Mahmoud al-Madhoun, âgé de vingt huit ans, a l’impression de revenir de l’Enfer.

Mahmoud al-Madhoun et sa mère Afaf, âgée de cinquante quatre ans, rentraient alors à Gaza en bus. Elle s’était rendue en Egypte, pour s’y voir prodiguer les soins indispensables au traitement du cancer de la thyroïde dont elle souffre. Tous deux descendirent à l’aube pour monter dans un mini-bus. C’est à sept heures du matin que commencèrent les véritables ennuis, lorsqu’ils atteignirent le pont de Firdan, situé près de la ville d’Ismailia.

Traversant le Canal de Suez, ce pont occupe une place importante dans l’Histoire, dès lors qu’il permit d’accélérer la circulation des hommes et des biens entre l’Afrique et l’Asie. Ouvrir cette petite parenthèse historique ne manque pas d’ironie, vu ce qui se passe actuellement sur ce pont. Suite au putsch à l’issue duquel Abdel Fatah El Sissi, général de l’armée égyptienne, s’empara du pouvoir au Caire, les autorités égyptiennes installèrent un check-point à Al Firdan, spécialement conçu pour contrôler les entrées et sortie des Palestiniens de Gaza.

En plus de Mahmoud al-Madhoun et sa mère, vingt neuf autres passagères, - que des femmes-, faisaient partie du déplacement en bus. Presque toutes s’étaient rendues en Egypte pour des raisons médicales. Les autorités égyptiennes ne manifestèrent absolument aucune compassion à l’égard de ces femmes, visiblement affaiblies par leur état de santé. Toutes les passagères de ce triste périple, furent livrées à elles-même durant trois jours et trois nuits, sans aucun accès à quelques toilettes que ce soit, celles-ci brillant par leur inexistence. Alors, ne restèrent plus pour elles que les terrains avoisinants ...

" Tout cela fut vraiment très humiliant", rapporte Mahmoud al-Madhoun.

Au point de passage, les secours apportés par la mission diplomatique palestinienne au Caire se limitèrent à quelques bouteilles d’eau...

" Nous ne vîmes absolument personne de l’ambassade elle-même. Nous attendions d’eux qu’ils interviennent, ne serait-ce que pour nous sortir de toutes ces interminables tracasseries douanières particulièrement éprouvantes, notamment sur le pont d’Al Firdan. Mais ils ne firent rien."

Le troisième jour, une passagère perdit connaissance. Cette dame venait de sortir d’une intervention chirurgicale, après développement d’un kyste à l’oreille, et la cicatrice toute récente nécessitait un changement régulier de ses pansements. Elle put reprendre progressivement connaissance après que nous la fîmes boire doucement.

Extorsion

Alors que les signes de colère et de désarroi se manifestaient de plus en plus fort parmi les passagères à bout, le conducteur suggéra d’aller "graisser la patte" du planton égyptien alors en faction, pour accroître les chances de sortir de ce bourbier. Mahmoud al-Madhoun réussit à collecter deux cent dollars dans le bus, mais cela ne suffit manifestement pas à amadouer le soldat. Plusieurs femmes se joignirent alors à Mahmoud al-Madhoun, pour essayer de convaincre ce militaire. L’une d’entre elles offrit d’ajouter à ces deux cent dollars, sa bague en or. Ce qui satisfit alors le soldat.

La bague appartenait à Nisreen al-Rayes, qui voyageait avec sa soeur. Celle-ci avait du se rendre en Egypte pour soigner un glissement discal au niveau de la colonne vertébrale.

" S’il m’avait demandé tout mon argent, j’aurais accepté", dit Nisreen al-Rayes à propos de ce soldat. Je ne voulais pas passer une nuit de plus dans de telles conditions. Ma soeur avait très mal, et on ne parvenait pas à atténuer sa douleur. "

Une heure après ce "graissage de patte", le bus fut enfin autorisé à traverser le pont.

Les passagères ne furent pas au bout de leur peine pour autant. A peine le bus venait-il d’avancer de quelques mètres, qu’elles furent sommées d’en descendre pour être conduites dans un immeuble situé de l’autre côté du pont. Ordre leur fut donné de s’y rendre en file indienne. Une fois arrivées, elles furent conduites dans une pièce, où leurs sacs et valises furent fouillés.

" Les soldats fouillèrent tous les bagages, sans distinction" dit Mahmoud.

" Une fois accomplie leur sale besogne, ils nous demandèrent, au chauffeur et à moi, de les refermer et les transporter dans le bus. " J’eus alors l’ impression d’être un prisonnier de corvée que l’on aurait puni."

" La fouille prit trois bonnes heures. Le chauffeur put à nouveau reprendre la route. Mais à peine avait il avancé de quelque cinq cent mètres, que les soldats lui firent à nouveau signe de stopper, pour procéder à une nouvelle fouille.

Celle-ci innova un peu par rapport à la précédente. Cette fois, les soldats décidèrent de confisquer tous les biens des passagères.

Hania Zumlot, âgée de 54 ans, rentrait à Gaza, après avoir été soignée pour le développement de son ostéoporose.

" J’avais acheté des petits cadeaux pour mon fils et mon mari " dit-elle.

Un soldat lui vola tout, un paquet de cigarettes, un flacon de parfum, et une paire de chaussures toutes neuves. Je lui avais demandé de me laisser tout ça, qu’il n’y avait rien de dangereux ni d’interdit à voyager avec. C’est alors qu’il me hurla en plein visage, que je devais la fermer, sinon il me faisait faire demi-tour."

Cahin caha, le bus put reprendre la route. Quant à ses voyageuses, elles eurent à endurer d’autres contrôles tout le reste de la journée. Au total, nous avons comptabilisé pas moins de quinze checkpoints.

" Un arrangement au coin de la rue ?"

Notre arrivée au point de passage de Rafah, ne signifia, hélas, nullement la fin de ce long calvaire. Les passagères durent, à cette étape, patienter 18 longues heures supplémentaires, dans une salle sous contrôle égyptien. L’état de propreté de cette salle était lamentable. Pour les toilettes, qui étaient toutes aussi sales, les voyageuses devaient s’acquitter d’espèces sonnantes et trébuchantes, avant d’avoir le droit d’y accéder. Quand à ce que nous proposait la cafeteria en termes de restauration, le prix était le double de ce que l’on paye à Gaza.

Arrivés au cinquième jour de ce sinistre périple, un officier égyptien se présenta à nous en nous réclamant nos passeports, qui avaient été déjà tous tamponnés. C’est seulement après, que nous fûmes tous conduits vers un bus plus grand, qui nous ramena enfin à Gaza.

La transformation de ce qui aurait du être un simple voyage, en un véritable supplice, s’inscrit dans tout un ensemble de discours selon lesquels la souffrance des Palestiniens aurait été quelque peu amoindrie.

Ainsi, Ismail Haniyeh, figure de proue du Hamas, a-t-il prédit une levée prochaine du siège de Gaza, avec un accord " au coin de la rue". On entend, ici et là, que l’Egypte faciliterait les pourparlers en cours vers une trêve entre Israël et le Hamas. De toutes ces spéculations, nous sommes censés nous attendre à l’émergence d’un accord. Et si un éventuel accord devait être conclu, il ne mettra pour autant pas un terme à la cruauté dont font preuves les autorités cairotes, pour entraver la liberté d’aller et venir des Palestiniens entre l’Egypte et Gaza.

Afaf al-Madhoun n’aurait jamais pu imaginer qu’un simple petit voyage deviendrait si horrible. " Si j’avais su à l’avance que j’aurais à subir ces actes de cruauté, j’aurais laissé tomber ce voyage pour aller me soigner, et préféré rester mourir à Gaza. C’est comme si on nous avait tuées mille fois, tout le long de ce retour sans fin"

(Traduit par Lionel R. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : https://electronicintifada.net/content/five-days-hell/25616?utm_source=EI+readers&utm_campaign=223013ab78-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_e802a7602d-223013ab78-260780613

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