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3 septembre 2005

BILAN GREVES

Lors des premières années de la révolution palestinienne, il n’y avait pas de mouvement national en prison organisé tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Au début des années 70, les prisonniers dont le nombre ne dépassait pas les 800, subissaient les pires formes de torture à longueur de journée. Ils étaient pour la plupart dans la prison de ASHKELON, (par la suite, et avec l’augmentation du nombre de prisonniers, ils ont également été incarcérés à BEER SHEVA, RAMLAH et NAFHA). Tous se rappellent les conditions difficiles de détention à ASHKELON pendant ces années-là, Ils étaient 70 personnes environ dans une grande salle sous forme de couloir où il n’y avait qu’une seule salle d’eau. Ils ne pouvaient recevoir qu’une visite tous les six mois. Il leur était interdit d’avoir livres, journaux, radio et télé. La sortie dans une cour était limitée à une demi-heure par jour, où les prisonniers devaient marcher deux par deux sans s’arrêter ou s’asseoir et sans s’adresser la parole. Ils ne pouvaient faire rentrer d’habits civils et ils avaient obligation de porter uniquement les tenues de la prison. Comptés 7 fois par jour, ils devaient rester accroupis et à l’appel de chaque nom, le prisonnier devait lever la tête pour être identifié avec l’obligation de s’adresser au maton avec : "s’il vous plaît monsieur".
D’un autre côté, la direction de la prison alimentait les régionalismes et les différences entre les militants de différentes organisations afin de casser toute tentative de s’organiser. Mais avec l’augmentation du nombre de prisonniers, la présence parmi eux de plus en plus de cadres alimentant le sentiment national et l’accélération des actions militaires à l’extérieur, les conditions objectives étaient réunies pour voir la naissance d’une organisation disciplinée et efficace dans le mouvement national en prison.

L’histoire du mouvement national en prison a connu différentes étapes de lutte et notamment de grèves de faim illimitées grâce auxquelles de nombreux acquis ont été réalisés.

Les plus célèbres des grèves qui ont pu réaliser ces acquis :

1.. La grève de la prison centrale de Naplouse en 1968 : avait pour but de réclamer certaines conditions humaines et d’améliorer le traitement des prisonniers. Elle a été lourdement réprimée.
2.. La grève de la prison d’ASHKELON en 1977 : pendant laquelle Abdelkader ABOU-AL-FAHM de Gaza est décédé mais les détenus ont obtenu quelques avancées. Ainsi, ils n’avaient plus l’obligation d’utiliser "monsieur" pour s’adresser à leurs matons sans risquer les terribles punitions habituelles et ils pouvaient mettre des peaux de bêtes sur le sol nu qui leur servait de lit été comme hiver.
3.. Les grèves de la prison d’ASHKELON 1976-77 : Ont duré 45 jours et 20 jours et ont permis l’obtention de matelas en mousse, l’amélioration de la qualité de la nourriture avec l’introduction des lentilles dans le menu, le droit à des peignes, et à une cinquième couverture.
4.. La grève de la prison d’Al Junayd en 1984 : dans la même année de la planification de la grève générale dans toutes les prisons pour réclamer le droit à une radio pour chaque détenu. Caractérisée par la solidarité des familles de détenus, cette grève a réalisé l’obtention de la radio, des serviettes et des habits civils et l’augmentation des achats autorisés.
5.. La grève générale dans toutes les prisons 1985 : Avait pour but de répondre à l’offensive de la direction des prisons qui misait sur la baisse du moral des prisonniers à la suite de l’opération d’échange effectuée avec Ahmad JIBRIL.
6.. La grève de 1987 : a été organisée en réponse à la politique nazie du commandant des prisons "Davis MIMOUNE" qui n’a jamais reconnu le moindre droit naturel ou humain aux détenus. Elle a durée 20 jours et pendant les 15 premiers jours les détenus n’ont rien avalé d’autre que de l’eau. A la fin, ils ont réussi à maintenir leurs acquis, à repousser cette agression féroce et même à faire renvoyer ce raciste de la direction des prisons.
7.. En 1992 : une grève de 16 jours s’est déclenchée dans les prisons de Junayd, Naplouse et Nafha pour l’amélioration des conditions de vie, l’amélioration de la qualité et de la quantité de nourriture et d’intégrer les détenus isolés. Durant cette grève, 16 martyres sont tombés parmi la population qui a soutenu les prisonniers, lors d’affrontements avec les forces d’occupation.
8.. La grève du 4 mai 2000 : c’était le déclencheur de la deuxième intifada des détenus qui avait comme revendications la fin de l’isolement de certains prisonniers qui le subissait depuis 5 ans, et l’arrêt de cette pratique contre les résistants, la remise de la chaîne de télé Al Jazeera, le droit d’étudier à l’université hébraïque et l’université ouverte de Jérusalem et l’obtention d’un téléphone. Cette grève qui a duré 31 jours, a coïncidé avec la libération du Sud Liban, et la libération, par les populations, des détenus libanais de la prison d’Al KHYAM. En plus des revendications précédentes, d’autres acquis ont été obtenus. Ainsi, les conditions des
visites ont été légèrement améliorées et les enfants ont pu voir leurs parents prisonniers.
9.. Au cours de la dernière grève, les tentatives de la direction de la briser par les moyens les plus cruels n’ont pas arrêté : beaucoup de prisonniers grévistes ont été battus, comme Yasser Abou Bakr, détenu dans la prison de CHATTA, qui pour avoir reçu la visite du député Jamal ZAHALKA, a été mis tout nu, battu et humilié sous les insultes. Ensuite il a été mis en cellule d’isolement pendant 7 jours et s’est vu infligé une amende de 900 Shekels.
D’autres pratiques encore, dénuder les jeunes détenus de Telmond, à la façon
"d’Abou Ghreib", le chantage aux médicaments appliqué aux malades, les tentatives de nourrir de force les grévistes, les isoler dans des cellules individuelles et la multiplication des procédures de déplacement quotidien dans la prison afin de fatiguer les organismes. Nombreux détenus ont confirmé ces agissements lors des visites à la fin de la grève. Parmi eux, Ghassan ATHAMLA de la prison de Beer Sheva, Walid DEKKA de la prison de
Nefha et Hafedh KONDOUS. Plus encore, des fouilles de nuit fréquentes et l’intervention des forces spéciales visaient à créer une terreur dans les prisons. La guerre psychologique continuait avec les barbecues de moutons grillés , histoire de faire saliver les prisonniers, organisés dans les cours, et les rumeurs d’arrêt de la grève par certains détenus comme Marwan Al Barghouthi. Les leaders ont été isolés, et torturés. Malgré tout cela, la grève a duré 18 jours.

Il est important de rappeler que l’importance des réalisations des grèves de faim ne réside pas dans l’obtention d’un acquis matériel, mais plutôt dans la récupération des droits obtenus auparavant et leur pérennisation, la cessation de la politique de la main de fer, l’imposition d’un traitement plus humain des problèmes des détenus et l’accord de principe sur l’ouverture de négociations dans les semaines suivantes pour régler le sujet en suspens comme l’enseignement, la séparation par des verres d’isolement, lors des visites et le droit aux communications téléphoniques.
Sans occulter les avancées réalisées, il est important de signaler que les milliers de détenus dans les prisons de l’occupation, arrêtés après l’invasion des territoires de l’autorité palestinienne, sont pour la plupart des jeunes gens sans expérience carcérale. Certains manquent même d’expérience militante et politique. Cette grève contribuera donc à renforcer le mouvement national dans les prisons en accentuant la solidarité entre les détenus et le sentiment d’appartenir au même camp.
Les détenus, comme les réfugiés, sont persuadés que le peuple palestinien n’acceptera aucune solution ou demi-solution qui n’inclueront pas le règlement de leurs situations. Et ceci, malgré tous les remous sur la scène nationale et internationale.


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