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Gilets Jaunes en comparution immédiate : Vu et entendu (Témoignage)

vendredi 3 mai 2019

Une justice aux ordres, écoeurante, obscène, ce vendredi à la Chambre 601 du Palais de Justice de Paris pour les comparutions de Gilets Jaunes retenus en garde à vue dans des conditions déplorables depuis le 1er mai après-midi.

De la prison, des mises sous contrôle judiciaire, des détentions provisoires pour des manifestants inculpés d’avoir participé à des « attroupements avec l’intention manifeste d’en découdre » (formulation désormais consacrée) mais sans la moindre preuve de commission des délits reprochés.

En fait il suffit d’avoir un bonnet, les lunettes de protection et rien d’autre, pour être jugé coupable, même en présence de caméras de vidéosurveillance ne montrant aucun des faits reprochés. Et si jamais on a trouvé un pétard (« engin pyrotechnique ») sur le sol près de vous, alors là, vous êtes bons comme la romaine !

Il suffit d’une ligne de la main d’un policier disant que vous avez "jeté une pierre en direction des forces de l’ordre", même si c’est pratiquement impossible physiquement vu votre position au moment de votre interpellation, pour passer non seulement 72 H en garde à vue, mais voir le procureur exiger votre détention provisoire quand vous refusez d’être jugé en comparution immédiate, et que vous demandez le renvoi de l’audience pour pouvoir préparer votre défense.

F., étudiant en Histoire, s’est ainsi pris 4 mois avec sursis, pour avoir eu sur lui un sifflet, une coquille de protection, des lunettes… et un "autocollant AL", sur lequel on a beaucoup glosé pour savoir s’il faisait partie ou pas d’une « Alliance Libertaire », et pourquoi il n’était pas resté dans sa bonne ville de Caen, au lieu de venir manifester à Paris.

Et quand son avocat a demandé qu’aucune condamnation n’apparaisse sur son casier judiciaire, étant donné qu’il se destine à l’enseignement, le président du Tribunal, s’est tourné vers le procureur pour lui demander son avis….

Quant à L., étudiant parisien de 21 ans, qui a refusé de se laisser prendre ses empreintes digitales et son ADN pendant la garde à vue, mais qui a décliné son identité et qui avait son passeport sur lui, le procureur a estimé, bien que ses deux parents soient dans la salle d’audience, qu’on ne pouvait pas être sûr de son identité, et qu’on ne pouvait donc pas le laisser libre ou sous contrôle judiciaire, en attendant le renvoi de son procès ! Il a demandé qu’on l’envoie au trou, bien qu’il soit surveillant dans un collège et habite chez ses parents.

Ce qui a déclenché une saine colère de la part de son avocat, qui a démontré à la barre à quel point toutes les règles et articles de loi étaient bafoués, à commencer par l’article 144 du code de procédure pénale, qui stipule qu’il faut « des éléments précis et circonstanciés, tirés de la procédure, pour retenir la détention provisoire ».

« Si, ce n’est pas vous qui tranchez la tête à ces procédures scélérates, qui le fera ? » a-t-il demandé aux trois juges, en soulignant les "incroyables dérives auxquelles on assiste actuellement de la part du ministère public et de la justice".

On a vu également comparaître un jeune de Montbrison (Loire), épileptique et souffrant d’une cardiopathie, auquel la police a refusé de donner ses médicaments confisqués pendant sa longue garde à vue, ce qui l’a amené à avoir une crise d’épilepsie au dépôt et d’être amené avec du retard au tribunal.

Un jeune auquel l’un des juges rapporteurs a eu le culot de lancer : « Vous n’avez pas encore pris votre indépendance ? », parce qu’il vit avec son frère chez sa mère « technicienne de surface » (odieuse manière de dire" femme de ménage »)

Et chaque fois le même mépris et le même déballage indécent de la vie privée des prévenus, avec des questions insistantes sur leurs relations avec leur père, leur mère, le montant exact de leur allocation chômage, la nature de leur contrat de travail, ce qu’ils "comptaient faire plus tard dans la vie », et des conseils du type « vous devriez aller voir un psy »…

Le jeune épileptique en attente d’une intervention chirurgicale programmée en juin, pouvant difficilement être envoyé en prison d’ici sa prochaine audience qu’il souhaitait préparer, le procureur a exigé qu’il ne puisse quitter le département de la Loire, « de peur qu’il réitère une intention de commettre des violences ».

Ce à quoi sa jeune avocate a répliqué de manière fort pertinente : « Pourquoi a-t-il le droit de commettre des violences dans la Loire, à Saint-Etienne par exemple, et pas à Paris ? »

Et quand elle a demandé qu’on rende à son client son téléphone sous scellé, vu que toutes les infos et images contenues avaient été exploitées par la police, et qu’il avait des contacts médicaux importants sur son portable, le juge s’est tourné une fois de plus vers le procureur pour qu’il en « juge » .
Et le procureur a dit non !

Attention, tout comme les fake news de Castaner, ces pratiques apportent des preuves supplémentaires à la population que les mensonges, la répression et l’in-justice tiennent lieu de réponses à de justes exigences.

CAPJPO-EuroPalestine

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