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27 août 2006

"Le Vent se lève" de Ken Loach : un film et un realisateur remarquablement engagés

Le film de Ken Loach, Palme d’Or au festival de Cannes, sur la guerre d’indépendance irlandaise, vient de sortir en France. Pour combien de temps ? Cela dépendra du taux de fréquentation des salles qui projettent ce film, et donc de nous. Ne le manquez surtout pas : c’est un film magnifique et bouleversant qui pose le problème de la violence impérialiste sous toutes ses formes, de la possibilité de résister à cette violence, malgré la disproportion des moyens en présence, et de la nécessaire vigilance face à tous ceux qui peuvent compromettre le succès d’un combat en prenant pour argent comptant les promesses de l’occupant.


Saluons également le geste de Ken Loach, qui boycotte le
Festival du film de Haïfa, afin de répondre à l’appel au boycott des institutions israéliennes lancé par la société civile palestinienne. (lire les interviews ci-dessous).

CAPJPO-EuroPalestine

- Appel à la solidarité avec les Libanais et les Palestiniens signé par Ken Loach et publié par Libération le 11 août
  • Annonce par Ken Loach de sa décision de boycotter le festival du film de Haïfa
  • Interview de ken Loach publiée dans télérama à l’occasion de la sortie de son dernier film, "le vent se lève".

"L’offensive d’Israël contre le Liban, soutenue par les Etats-Unis, laisse le pays hébété, en flammes et en colère. Le massacre de Cana et les pertes en vies humaines ne sont pas seulement « disproportionnés ». Ce sont, au regard du droit international existant, des crimes de guerre.
La destruction délibérée et systématique de l’infrastructure sociale du Liban par l’armée de l’air israélienne est aussi un crime de guerre visant à réduire le pays au statut d’un protectorat d’Israël et des Etats-Unis.

Ce projet, observé avec consternation dans le monde entier, s’est retourné contre ses promoteurs. Au Liban même, 87 % de la population soutient à présent la résistance du Hezbollah ­ y compris 80% des chrétiens et des druzes et 89% des musulmans sunnites ­ alors que 8% seulement croient que les Etats-Unis soutiennent le Liban.

Mais ces actions ne seront jugées par aucun tribunal mis en place par la « communauté internationale » parce que les Etats-Unis et leurs alliés, coupables ou complices de ces crimes révoltants, ne le permettront pas.

Il est maintenant devenu clair que l’assaut contre le Liban pour liquider le Hezbollah a été préparé de longue date. Les crimes d’Israël ont reçu un feu vert des Etats-Unis et de son éternellement fidèle allié britannique, en dépit de l’écrasante opposition que Blair rencontre dans son propre pays.

La brève paix que le Liban a connue est terminée, et un pays paralysé est contraint de se rappeler un passé qu’il avait espéré pouvoir oublier. Le terrorisme d’Etat infligé au Liban se répète dans le ghetto de Gaza, pendant que la « communauté internationale » reste à l’écart et observe en silence.
Pendant ce temps, le reste de la Palestine est annexé et démantelé avec la participation directe des Etats-Unis et l’accord tacite de ses alliés.

Nous offrons notre solidarité et notre soutien aux victimes de cette brutalité et à ceux qui organisent la résistance contre elle. De notre côté, nous utiliserons tous les moyens dont nous disposons pour mettre en évidence la complicité de nos gouvernements dans ces crimes. Il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient tant que se poursuivront l’occupation de la Palestine et celle de l’Irak et que continuera le bombardement du Liban."

Premiers signataires : Tariq Ali, John Berger, Noam Chomsky, Eduardo Galeano, Ken Loach, Arundhati Roy, Howard Zinn
Libération, pages rebonds du 11 août 2006

BOYCOTT

Voici l’appel au boycott des institutions israélienes tel que lancé par Ken Loach

"Je soutiens l’appel au boycott des institutions culturelles israéliennes lancé par les réalisateurs et artistes palestiniens et vous demande de vous associer à cette initiative.

Les Palestiniens ont été contraints d’appeler à ce boycott apres 40 ans d’occupation de leur terre, de destruction de leurs maisons, de rapt et d’assassinat de la population civile.

Et ils n’ont aucune perspective leur permettant d’espérer que cette oppression va bientôt cesser.

En tant que citoyens britanniques, nous devons prendre conscience de notre responsabilité. Nous devons condamner le fait que les gouvernements britannique et américain soutiennent et arment Israel. Nous devons egalement nous opposer au terrorisme des gouvernements britannique et américain, qui s’engagent dans des guerres et des occupations illegales.

Nous ne pouvons ignorer les appels de nos camarades palestiniens : c’est la raison pour laquelle je refuse l’invitation à participer au festival du film de Haifa de même qu’à tout autre événement de cette nature. "

Ken Loach

http://www.counterpunch.org/tilley08052006.htmlhttp://electronicintifada.net/v2/article5615.shtml
http://www.pacbi.org/boycott_news_more.php?id=315_0_1_0_C

Interview de Ken Loach dans Télérama

"Parce qu’il croit au combat pour un monde plus juste, Ken Loach persiste... et signe "Le Vent se lève", un film brûlant sur la guerre d’indépendance irlandaise dans les années 20 et Palme d’or 2006. le cinéaste anglais revient sur ce qui a façonné son regard et explique sa prédilection pour ces périodes de lutte où les gens se révèlent. Une intensité, un souffle liés à sa passion première : le théâtre de Shakespeare.
En mai, il a obtenu la Palme d’or à 70 ans pour un film, Le vent se lève, auquel il pense depuis trente ans. En 1974, après s’être fait remarquer avec Family Life et Kes, le cinéaste avait pour projet de réaliser un long métrage sur la guerre d’indépendance irlandaise. Le scénario était prêt, mais personne ne s’est aventuré à le financer, et Loach n’en a utilisé que des bribes dans Days of hope, une saga télé tournée en 1975, sur les soulèvements ouvriers au début du siècle dernier. En trente ans, le cinéaste n’a pas désarmé. Sa vision de la guerre en Irlande et des conflits idéologiques qui l’ont traversée à l’aube des années 20 fait des vagues outre-Manche. Polémique dans le droit fil de toutes celles que ses films n’ont cessé de soulever, que Ken Loach évoque la guerre d’Espagne (Land and freedom) ou la destruction des services publics britanniques (The Navigators). Rencontre avec un agitateur présent sur tous les fronts de l’engagement politique, des années Thatcher aux années Blair...

Télérama : Après le festival de Cannes, vous disiez espérer que Le vent se lève ferait avancer le débat sur « le passé impérialiste » de l’Angleterre. Cela a-t-il été le cas ?
Ken Loach : Il y a eu des discussions très intéressantes, mais surtout en Irlande, où les gens veulent redécouvrir cette période de leur histoire, la véritable nature des enjeux politiques et des sacrifices consentis par toute une génération. En Angleterre, le débat a été dominé par les chroniqueurs de la presse de droite. Quand le film a remporté la Palme d’or, leur agressivité s’est transformée en hystérie. On m’a comparé à Leni Riefenstahl [cinéaste fétiche de Hitler, NDLR], on a comparé le film à Mein Kampf, on a dit que j’étais un ennemi de la patrie et que j’avais réalisé sur des fonds publics un film de propagande pour l’IRA. Du coup, à la sortie, en juin, on m’a surtout interrogé sur mes réactions à cette vague de critiques.

Télérama : Certains critiques vous ont reproché de rouvrir des blessures anciennes et de montrer les soldats britanniques comme des brutes...
Ken Loach : Il se passe encore des choses en Irlande du Nord, et les blessures sont toujours ouvertes ! Et je sais que critiquer l’armée est toujours considéré comme une hérésie. Mais tous les témoignages sont à portée de main, et les preuves, irréfutables. Il suffit de consulter les archives : un général explique aux soldats qu’ils sont en Irlande « pour terroriser la population » ; un commandant assure que « personne ne sera poursuivi pour avoir tué un homme » et exhorte ses troupes : « Plus vous tirez, plus je vous aime »... J’ai apprécié la remarque d’un éditorialiste du Guardian [quotidien de gauche], qui a écrit après la sortie du film : « Si on en avait su un peu plus sur l’Irlande, on aurait hésité à se rendre en Irak. » Le gouvernement mentait à l’époque. Il nous ment encore aujourd’hui, et on connaît l’adage : « Pour contrôler le présent, il faut contrôler le passé... »

Télérama : Quel a été l’accueil du public ?
Ken Loach : En 1990, j’ai fait un film sur l’Irlande du Nord (Hidden Agenda), qui avait été également attaqué et présenté comme « le représentant de l’IRA en compétition à Cannes ». Certaines salles avaient alors refusé de le montrer et il n’avait pas marché. Cette fois, la Palme d’or m’a beaucoup aidé : le film est mieux distribué, mais il ne sera pas pour autant un grand succès. En Irlande, cependant, il est montré dans les multiplexes et il trouve un public. Les dix cinémas où il a fait les meilleures recettes de ce côté de la Manche sont tous irlandais.

Télérama : Quels sont vos films qui ont eu le plus de succès en Grande-Bretagne ?
Ken Loach : My name is Joe et Land and freedom, je crois. Mais ça dépend des régions. Sweet Sixteen et My name is Joe ont attiré du monde en Ecosse parce que les gens tiennent à leur identité et qu’ils apprécient de voir à l’écran des personnages qui leur ressemblent. En Angleterre, ils ne marchent jamais beaucoup. Le cinéma y est de plus en plus perçu comme un simple divertissement et j’ai cette étiquette de cinéaste propagandiste qui me colle à la peau. Un jour, je devrais inscrire un autre nom que le mien au générique, pour voir ce qui se passe...

Télérama : Etiez-vous cinéphile dans votre jeunesse ?
Ken Loach : Pas vraiment, j’étais plutôt attiré par le théâtre, Shakespeare en particulier. C’était ma passion. Et c’est par le théâtre que j’ai débuté. J’ai été acteur, metteur en scène, assistant d’un acteur connu, je suis resté pendant un moment dans une compagnie « de répertoire ». Adolescent, j’habitais une petite ville du Warwickshire [dans les Midlands, une région du centre de l’Angleterre], où il n’y avait que cinq cinémas. J’allais voir des films du « continent » - français et italiens surtout - dans une drôle de vieille salle où on se faisait bouffer par les puces... Pour être franc, le cinéma, à l’époque, c’était d’abord un endroit où emmener les filles. C’est, plus tard, à Oxford, que j’ai commencé à être un peu cinéphile. Je me souviens que nous sommes tous tombés amoureux de Monica Vitti dans les films d’Antonioni... Mais le film qui nous a marqués à l’époque, c’est A bout de souffle. Nous discutions pendant des heures, de la forme surtout, que j’ai toujours trouvée plus intéressante chez Godard que le contenu. Ce nouveau langage du cinéma, plein d’exubérance et d’énergie, nous a énormément influencés.

Télérama : Dans les années 60, vous avez beaucoup tourné pour la BBC. Est-ce là que s’est forgé votre style ?
Ken Loach : J’ai eu beaucoup de chance parce que la BBC, à cette époque, était l’endroit où l’on produisait les choses les plus excitantes. J’ai fait mes débuts avec une série policière qui était assez en avance sur son temps, où les flics n’étaient pas d’aimables figures paternelles mais des types tourmentés, ordinaires et authentiques. Ensuite, j’ai rencontré un groupe de scénaristes qui s’étaient mis en tête de révolutionner la fiction télévisée. Ils avaient écrit un manifeste où ils disaient vouloir s’inspirer de la Nouvelle Vague et faire souffler un vent de liberté sur les « dramatiques », en mélangeant film et photos, fiction et documentaire, musique et voix off... Pendant cinq à six ans, nous avons formé une petite équipe créative et un peu arrogante : notre idée, c’était de « casser le moule » en utilisant les nouveaux formats, le 16 millimètres, les caméras légères...

Télérama : Vous avez été parmi les premiers à sortir des studios de télé pour tourner en décors réels...
Ken Loach : Oui, et c’était une mini-révolution à l’époque. Nous l’avons fait presque clandestinement, en forçant la main aux dirigeants de la chaîne. C’est devenu notre marque de fabrique : faire sortir la fiction dans la rue pour y rencontrer les gens ordinaires. Nous voulions vraiment que nos films soient un prolongement des émissions d’information. Mon cameraman, Chris Menges, travaillait pour World in action, un très bon magazine de reportages, filmés de manière très brute et très engagée. Il s’est rendu au Vietnam, au Cambodge, pendant la guerre, et ses expériences m’ont beaucoup influencé. Je me suis dit qu’il fallait retrouver l’authenticité des documentaires, aller à l’essentiel, dire l’histoire sans détour, sans se laisser submerger par certaines émotions.

Télérama : Vous êtes-vous intéressé à d’autres films que ceux de la Nouvelle Vague ?
Ken Loach : Oui, au néoréalisme italien, Rossellini et De Sica. A John Cassavetes. Au cinéma tchèque des années 60, le Milos Forman des Amours d’une blonde, Jiri Menzel... Ils ont tous eu une grande influence sur mes films à partir de Kes (1969). J’appréciais leur regard humaniste et la simplicité avec laquelle ils travaillaient la lumière. Ils nous ont conduits à adopter une ligne dont j’ai peu dévié par la suite, à choisir des objectifs qui permettent de rester à distance respectable des personnages et de l’action, afin d’être moins interventionniste, plus observateur. A éclairer l’espace de manière « démocratique », sans distinction entre l’acteur vedette et les autres. Notre cinéma a commencé à mûrir avec ce genre de principes.

Télérama : Vous abordez régulièrement dans vos films ces moments de l’histoire où les gens entrevoient la possibilité d’un changement de société. Pensez-vous avoir vécu ça vous-même ?
Ken Loach : Un peu, dans les années 60. Je me suis beaucoup impliqué dans la campagne du leader travailliste Harold Wilson en 1964, je fréquentais les meetings, je trouvais ça très excitant et très prometteur, la gauche n’avait pas été au pouvoir depuis longtemps et je croyais encore que les travaillistes pourraient changer les choses. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est, plus tard, la grève des mineurs en 1984-1985, quand Margaret Thatcher était au pouvoir. Il y avait une force et une énergie formidables dans ce combat, alors que les grévistes se sont retrouvés isolés dès le premier jour. Les syndicats et le Parti travailliste leur ont tourné le dos mais ils n’ont pas baissé les bras, bien au contraire. J’ai toujours été captivé par la façon dont les gens se révèlent dans ces moments-là. Par leur éloquence, leur verve, leur capacité à exprimer de grandes idées dans le langage de tous les jours. C’est un aspect de la politique qu’on montre rarement. On répète toujours que l’opinion publique ne s’y intéresse plus, mais ce qui a fini par lasser, c’est le morne discours, la langue éteinte des politiciens à la télévision.

Télérama : Vous insérez souvent ces scènes de discussion politique dans vos films, et encore dans Le vent se lève...
Ken Loach : Pour moi, ce sont des moments très exaltants. L’engagement, exprimé de cette manière viscérale, donne des scènes très dramatiques. Nous les tournons d’ailleurs comme de véritables meetings : un acteur mène la discussion et celle-ci prend souvent un tour très enflammé. J’ai été formé par le théâtre de Shakespeare et sa manière de mettre en scène les conflits de l’histoire et les interrogations politiques. On retrouve cette intensité dramatique quand les gens vivent un événement capital comme la grève des mineurs, la guerre d’indépendance en Irlande ou la guerre d’Espagne... Pris dans la tourmente, ils entrevoient la possibilité de repousser les limites pour créer un nouvel ordre social et, en quelques semaines, ceux qui n’ont aucune formation politique sont aspirés par la lutte, ils découvrent des idées neuves et apprennent à les défendre avec flamme. Dans les combats politiques que j’ai évoqués, des perspectives s’ouvrent aux protagonistes, alors que dans d’autres histoires que j’ai mises en scène, comme Raining Stones, My name is Joe ou Sweet Sixteen, les personnages sont pris dans un piège et ne peuvent rien voir d’autre que ce piège.

Télérama : Dans Family Life, le film qui vous a fait connaître en France, au début des années 70, l’héroïne est en perdition mais elle est prise en charge par les services sociaux. Depuis, d’un film à l’autre, on a l’impression que les personnages sont en chute libre.
Ken Loach : En effet, dès qu’on la repère, seule et perdue, sur un banc du métro, l’héroïne de Family Life trouve un soutien. Aujourd’hui, plus personne ne la remarquerait. Dans les villes, toute idée de responsabilité collective semble avoir disparu. Les services publics mis en place après la guerre assuraient une cohésion sociale. Ils ont été pulvérisés par Margaret Thatcher, puis par Tony Blair. Les transports, les services sanitaires, la poste, tous ces services pour lesquels on payait des impôts nous donnaient le sentiment de faire partie d’une collectivité. Ce sens communautaire a été brisé, et cela nous rend plus brutaux, plus suspicieux les uns vis-à-vis des autres.

Télérama : Les années Thatcher et la grève des mineurs correspondent à un moment où vous avez abandonné la fiction. Pourquoi ?
Ken Loach : Je n’ai pas fait de films pendant près de dix ans. A la fin des années 70, j’avais l’impression que mon cinéma tournait en rond. Je n’avais pas vraiment de public et on ne se bousculait pas pour produire mes projets. Et puis, en voyant comment Thatcher s’attaquait aux travailleurs sous prétexte de relancer l’économie, j’ai voulu m’impliquer plus directement et tourner des documentaires pour la télévision. Je pensais que ça serait un moyen d’action plus efficace que la fiction, mais les chaînes ont bloqué la diffusion de quatre de mes films, qui n’ont été montrés que des années plus tard. C’était vraiment une sale période, où notre camp perdait bataille sur bataille. Les leaders travaillistes étaient faibles, les syndicats ne recherchaient que des compromis avec un gouvernement qui voulait la victoire, pas la paix sociale.

Télérama : On le voit encore dans Le vent se lève, la trahison de la gauche par la gauche est un thème qui revient souvent dans vos films...
Ken Loach : Pour moi, c’est un drame. Si forts et engagés qu’ils puissent être dans la lutte, les gens sont constamment trahis par des leaders qui ont presque plus peur de leurs propres troupes que de ceux qu’ils doivent affronter. En quarante ans, dans tous les conflits sociaux que j’ai filmés, le problème a toujours été le même : les syndicats et les partis politiques ne se battent que jusqu’à un certain point et finissent toujours par négocier. « La bourgeoisie ne peut pas gouverner seule », disait Trotski. C’est toujours d’actualité. Le patronat a besoin des leaders syndicaux pour parvenir à un accord. De temps à autre, il y en a un qui refuse le compromis, comme Arthur Scargill, le leader des mineurs, mais il se retrouve alors complètement isolé. Et les militants qui veulent le soutenir sont remis au pas par leurs dirigeants, notamment ceux du Parti travailliste.

Télérama : Vos films montrent presque toujours des luttes qui tournent mal. Avez-vous perdu vos illusions ?
Ken Loach : Je ne crois pas. Ce sont des luttes qui ont mal tourné mais, dans mes films, je donne un aperçu de la force qui a été mobilisée. C’est important. Les gens ne perdent pas parce qu’ils sont faibles, ou qu’ils n’ont pas la force de gagner, mais parce que leurs leaders font des erreurs de jugement.

Télérama : Avez-vous la nostalgie d’un temps où les combats politiques étaient plus radicaux ?
Ken Loach : Il y a dans certains de mes films une nostalgie pour ces moments où l’on croit que l’ordre social peut être renversé. Je suis convaincu que cela reviendra. En montrant ce qui s’est passé, et les enseignements que l’on peut en tirer, j’ai l’impression de fourbir des armes pour la prochaine fois. En ce sens, mon cinéma peut être utile. Quand les gens se révoltent, ils ont le sentiment qu’il s’agit d’un mouvement spontané, mais, s’ils connaissent la longue lutte qui les a menés jusque-là, ils n’en seront que plus forts.

Télérama : Où vous situez-vous aujourd’hui sur l’échiquier politique ?
Ken Loach : J’ai activement soutenu Respect, la coalition née du mouvement contre la guerre en Irak. Elle fédère le mécontentement de beaucoup de ceux qui, à gauche, veulent vraiment se battre contre le gouvernement de Blair. Il y a un potentiel très fort dans ce mouvement, l’opposition à la guerre en Irak a réveillé les esprits. Mais les vieilles querelles de chapelle n’ont pas tardé à réapparaître et certaines organisations s’entre-déchirent, au grand bénéfice de la droite. Le slogan de la gauche, c’est l’unité. Mais vous vous retrouvez avec vingt cortèges qui défilent, dans des directions divergentes, sous la bannière de l’unité."

Propos recueillis par Laurent Rigoulet - Télérama n° 2953 - 19 Août 2006

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