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2 mai 2008

*1952 : le « socialisme juif »
*1952 "Jewish socialism"

Dirigé au cours de ses trente premières années par des partis politique se réclamant du « socialisme », l’Etat d’Israël s’est longtemps donné une image de « gauche », « collectiviste », « égalitaire ».

Le mouvement des kibboutz, ces établissements agricoles puis agro-industriels où hommes et femmes assuraient le maximum d’activités de manière collective, (cuisine, garde et éducation des tout-petits, loisirs, etc.) était, avec les ministres vivant modestement et habillés comme des gens du peuple, l’un des signes de l’avenir radieux promis par ce « socialisme juif ». Une sorte d’Union soviétique, en somme, mais avec le soleil et la liberté en prime, qui omettait cependant d’avouer l’essentiel : que le système était fondé sur l’exclusion de la population non juive.

L’attirance pour Israël, en ce début des années 1950, au sein de la jeunesse juive d’un pays comme la France, reposait autant sinon plus sur cette promesse d’égalité sociale que sur l’idée d’habiter un pays réservé aux seuls Juifs. Les jeunes sympathisants d’Israël dans la diaspora adhéraient d’ailleurs plus volontiers à des mouvements sionistes « socialistes », tel l’Hachomer Hatzaïr, qu’à leurs homologues ne proposant qu’un programme nationaliste et ouvertement raciste, comme le Bétar.

Le contact avec Israël, sous la forme d’un séjour dans un kibboutz, fut un choc pour de nombreux jeunes sionistes socialistes européens, lorsqu’ils découvrirent l’envers du décor. Si les traces de la dépossession des Palestiniens ne leur sautaient pas aux yeux, le spectacle de la scandaleuse inégalité de traitement entre les membres du kibboutz et les misérables ouvriers agricoles palestiniens de la ferme en refroidit plus d’un. A ceux qui posaient des questions, les dirigeants sionistes « socialistes » répondaient que « les Arabes sont encore trop primitifs, pas mûrs pour le socialisme ; déjà, en leur donnant un salaire, nous contribuons à les libérer du système féodal auquel ils étaient soumis avant nous ». Il n’empêche que beaucoup de jeunes sionistes, sympathisants socialistes ou communistes, rentrèrent désenchantés de leur voyage initiatique en « Eretz Israël », et n’y émigrèrent donc pas.

Au plan économique, le « socialisme israélien » ne fera pas illusion très longtemps non plus. La centrale syndicale Histadrouth, fondée en 1920 sur des bases ouvertement racistes (en exigeant des patrons juifs qu’ils n’embauchent que des Juifs, et licencient leurs ouvriers arabes), possède et gère dans les années 1950 une grande partie des entreprises. Mais comme ailleurs dans le monde, la propriété privée directe va progressivement prendre le pas. On parle plus aujourd’hui des sociétés cotées en bourse et des milliardaires russo-israéliens bénéficiaires du dépeçage de l’Union soviétique, que du développement des prestations sociales. Quant aux kibboutz, on annonce régulièrement la faillite de l’un de ceux qui n’ont pas été dissous.

  • Chronique : "Israël : 60 ans de mystifications - 22 000 days of Palestinian Resistance"

par CAPJPO-EuroPalestine


ENGLISH TEXT-------------------------------------

1952 ,

« Jewish socialism »

Directed during its first thirty years by political parties calling themselves "socialist", the State of Israel has long portrayed itself as "leftist", "collectivist" and "egalitarian".

One of the images of the radiant future promised by this "Jewish socialism" was the kibbutz movement. The kibbutzim were agricultural and, later on, agri-industrial settlements where men and women carried out a maximum of their activities in a collective manner, including cooking, nursery schools, elementary education, recreation, etc. Kibbutz inhabitants lived modestly and dressed like ordinary people : a sort of Soviet Union, but with sun and freedom in prominence. Omitted, however, was an essential ingredient : the system was founded on the exclusion of the non-Jewish population.

At the beginning of the 1950s, populations of Jewish youth in countries like France were attracted to Israel more by the promise of social equality than by the idea of inhabiting a country reserved for Jews only. Young Jewish sympathizers of Israel in the diaspora were more often committed followers of "socialist" Zionist movements such as Hachomer Hatzair, rather than parallel organizations offering only a nationalist and overtly racist programme, such as the Betar.

Contact with Israel within the format of a stint in a kibbutz was a shock for numerous young European Zionist socialists when they discovered what was beyond the surface. Even if the traces of the eviction of Palestinians were not obvious to them, the spectacle of scandalous inequality suffered by Palestinian farm workers at the hands of kibbutz members was a harsh awakening for more than a few kibbutz volunteers. Those who questioned the situation were told by the Zionist “socialist” leaders that “the Arabs are still too primitive and not mature enough for socialism. By just giving them wages, we’re helping to free them from the feudal system they lived under before our arrival”.

In spite of these words, many young Zionists, sympathizers of socialism or communism, went home disenchanted by their initiation trip to "Eretz Israel", and thus never emigrated there.

On the economic level, illusions about “Israeli socialism” were also short-lived. The Histradrut labour federation, founded in 1920 on overtly racist principles (demanding that Jewish employers hire only Jews and fire their Arab workers) owned and managed a significant portion of Israeli companies in the 1950s. But, just as elsewhere in the world, exclusively private property was taking hold in Israel and today one speaks more of companies listed on the stock exchange than the development of social benefits.

As for the kibbutzim, they have never involved more than 2% of the Israeli population and one regularly hears of bankruptcy among those that have not already been dissolved.

  • "Israël : 60 years of smokescreens - 22 000 days of Palestinian resistance"

by CAPJPO-EuroPalestine


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