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6 janvier 2013

"Zone tampon" à Gaza : traduisez vol des terres les plus fertiles

Merci à Martine et Dominique pour ce récit à deux voix sur la situation des agriculteurs gazaouis rencontrés sur la fameuse "zone tampon", que s’arroge Israël sur les terres palestiniennes les plus fertiles. Merci au groupe pour toutes les photos illustrant leurs deux textes.


Martine :

Visite de la zone tampon à l’est de la bande de Gaza le 31 décembre 2012 au matin :

Nous voilà à la campagne. Dans le bon air frais du matin, nous suivons un chemin de terre bordé de figuiers de barbarie entre les champs labourés et soigneusement cultivés.


Au bord du chemin qui continue dans un espace dégagé, j’observe les soins apportés à un olivier autour duquel une rigole a été creusée.

Un jeune homme venant de la ville de Gaza me dit sa joie de venir pour la 1ère fois de sa vie sur cette belle terre fertile.

En compagnie de nos amis Palestiniens, nous nous sommes ensuite approchés au plus près des rouleaux de barbelés qui délimitent la nouvelle zone tampon entre la bande de Gaza et l’armée israélienne.


Depuis les derniers accords conclus entre le gouvernement de la bande de Gaza et Israël suite à l’arrêt des bombardements du 14 au 21 novembre 2012, la zone tampon a été réduite de 300m à 100m, et nous avons pu voir distinctement la barrière derrière laquelle circulaient les véhicules militaires et étaient postés les soldats israéliens.


Nous avons déployé le drapeau palestinien, nous sommes tournés vers la barrière, et tous ensemble avec nos amis nous avons manifesté dans la direction de l’armée contre le blocus de Gaza et le vol des terres avec un grand enthousiasme et beaucoup d’espoir.

Un ballon d’observation équipé de caméras stationnait dans le ciel au-dessus de la scène.


Nous sommes ensuite revenus nous assoir devant la tente blanche qui avait été installée un peu plus loin pour écouter les témoignages des agriculteurs avec l’aide de nos guides et traducteurs.


Les agriculteurs nous ont dit que l’armée israélienne tirait souvent sur eux, même quand ils cultivaient leurs terres dans la zone autorisée en-deçà des 300m et que les tirs pouvaient même viser des gens qui travaillaient à 600m de là.

Maintenant que les Palestiniens ont obtenu que la zone tampon soit réduite à 100m, il y a beaucoup de joie, de fierté, et d’espoir, mais ils risquent toujours leur vie en allant cultiver leurs terres.
Ils y sont bien obligés car ils n’ont pas d’autre moyen de subsistance.
Il faut aussi savoir que l’accord de réduction de la zone tampon spécifie bien que dans les 300m l’accès est toujours interdit à tout matériel et véhicule agricole.

Cette zone de 300m qui a été interdite d’accès depuis 12 ans correspond à 20% des terres cultivables de Gaza et en particulier aux terres les plus fertiles.

Les nouveaux accords élargissent une zone agricole vitale pour Gaza et Nabil nous dit que c’est une réelle victoire mais qu’il y a encore beaucoup à faire pour la résistance.
Il nous dit aussi que la visite de notre délégation est importante, que Gaza n’est pas orpheline.





  • Un agriculteur témoigne :
    « C’est la 1ère fois que j’arrive à avancer aussi loin sur mes terres. »
  • Un autre agriculteur :
    « Israël a détruit les forages, arraché nos arbres et nos cultures, et a voulu nous obliger à abandonner nos terres qui sont notre seule ressource. L’objectif d’Israël est de vider la zone. Il y a eu beaucoup de morts et de blessés. Les colons sont partis en 2005 mais les agriculteurs comme les pêcheurs sont toujours menacés. ».

Le ministère de l’agriculture donne la priorité à des programmes à proximité de la zone tampon.

Les agriculteurs nous demandent de les aider en faisant connaître au monde leur souffrance quotidienne."

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Martine

Dominique :

Israël appelle cela une zone tampon...

Mais pour les agriculteurs Palestiniens c’est leur terre, elle est volée, martyrisée et interdite de visite, laissée de force à l’abandon. De quoi s’agit-il au juste ? Nous nous rendons sur place, à l’Est de Gaza, sur les terres des villageois de Juhorad Dik.


Avec eux, drapeau palestinien déployé, nous empruntons un chemin bordé de haies de cactus énormes, d’arbres fruitiers resplendissants au soleil, ...le paysage est splendide : les chèvres pâturent paisibles avec les oiseaux blancs de compagnie, les enfants sont avec les parents qui travaillent dans les champs de choux et autres légumes, ou ils se reposent en nous attendant sur leur terre gorgée de lumière.







En réalité, nous approchons très vite de ce qu’Israël a appelé « zone tampon », une zone de bonne terre palestinienne de plusieurs centaines de mètres autrefois cultivée mais où les Palestiniens ne peuvent pénétrer sans risquer leur vie depuis la seconde intifada. Nous avançons vers les rouleaux de barbelés dentés de concertinas (lames coupantes) qui délimitent la terre interdite, la zone mortelle où ne poussent plus que des plantes et herbes sauvages, délimitée de l’autre côté, plus à l’Est par la « frontière » : un mur de grillage militaire avec une tour de guet semblable à toutes celles de Cisjordanie. Alors que nous avançons vers les barbelés, très vite apparaissent derrière les grillages des silhouettes militaires, portant armes et casques, des véhicules militaires...


Cette fois, ils n’ont pas tiré. Les agriculteurs palestiniens sont heureux. Ce n’était qu’une présence symbolique mais elle est importante pour eux, qui sont si isolés, surtout depuis le blocus. « Ecoutez ce bruit continu ! C’est la doucha », cela épuise nos nerfs. Avec les risques de tirs à tout moment, Israël veut détruire notre volonté de résister pour exister ». « Il y avait des arbres avec des agrumes ici, certains avaient 50 ans, on faisait du jus d’oranges, tout cela a été rasé...mais on va replanter , on va recommencer », nous dit un vieil agriculteur en costume et foulard blanc... 


De retour vers les cars, inquiets pour le futur de ces courageux paysans, nous remarquons la présence des maisons villageoises intactes sur une crête, mais de l’autre côté du chemin de terre, une maison est en ruines, il ne reste qu’un gigantesque amas de pierres et l’ensemble est sous contrôle d’un gros ballon militaire d’observation israélien.

La Bande de Gaza est très étroite et proportionnellement la « zone tampon » qui court tout le long de la frontière au Nord (Beit Hanoun et Jabaliya ) et à l’Est comme ici à Juhorad Dik est loin d’être une superficie insignifiante avec ses 300 à 100 mètres de large. Regardez sur les cartes, si on retire la zone tampon à l’Est de Gaza, que reste-t-il comme terres agricoles pour nourrir les familles ? Le centre et l’ouest sont entièrement bâtis et en plus ce sont les bonnes terres, les plus fertiles, alors qu’à l’ouest c’est surtout du sable !

La trêve survenue après la nouvelle attaque de novembre a permis de réduire la superficie de la "zone tampon", mais Israël ne se gêne pas pour tirer même au-delà, car la "barrière" ne sert pas d’obstacle aux tirs israéliens.

« Dites chez vous qu’Israël arrête de tirer sur les agriculteurs ». Pourquoi interdire une agriculture durable, écologique, familiale, et faire disparaître ainsi notre héritage socio-culturel ?

En attendant, ce sont des produits de l’agriculture intensive d’Israël , qui pénètrent dans la Bande de Gaza et qui occupent la niche des produits palestiniens qui ne peuvent plus être vendus à un prix raisonnable, et c’est Israël qui décide depuis le blocus ce que les Palestiniens peuvent se procurer pour manger. Ou alors ce sont les produits égyptiens qui entrent par les tunnels mais ils sont chers...

De même à Beit Hanoun, à proximité du chekpoint israélien d’Eretz , dans la zone tampon Nord, bien connue pour sa production d’oeillets, nous avons pu constater malgré l’obscurité le sort de la population : routes défoncées par les tanks, odeurs nauséabonde et une coupure d’électricité généralisée depuis six ans, forçant 35.000 habitants à passer une grande partie de leur vie dans le noir, à la lueur des bougies, « comme au Moyen-Age ».

Les habitations de la ville ressemblaient à des ombres chinoises avec seulement quelques fenêtres éclairées ici et là grâce aux générateurs...Et pourtant nous y fûmes accueillis comme des rois !

Dominique

CAPJPO-EuroPalestine


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