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7 janvier 2013

Rencontre musicale à Gaza !

Eh oui, il y a un conservatoire de musique à Gaza, n’en déplaise à ceux qui voudraient déshumaniser les Gazaouis. Merci à François Nicolas, compositeur au sein de notre groupe Bienvenue Palestine, qui a organisé cette rencontre. Il a fondé "Musiciens avec Gaza" après la première Marche pour Gaza bloquée au Caire en 2009, et n’a pas baissé les bras ! Il revient avec des projets bien précis pour poursuivre cette collaboration. Avis aux amateurs !




RENCONTRE MUSICALE A L’ECOLE DE MUSIQUE DE GAZA

Dimanche 30 décembre, la nuit tombée – elle tombe assez tôt sur Gaza en cette saison -, nous avions rendez-vous à l’école de musique de Gaza (devenue, depuis le printemps dernier, la cinquième composante du Conservatoire National de musique Edward Saïd de Palestine) pour y rencontrer enseignants et élèves.

L’accès à l’école nous fut laborieux : l’adresse correspondait en effet aux anciens bâtiments qui furent terriblement endommagés par les bombardements israéliens de 2008-2009, comme s’il s’était agi pour Israël de signifier aux Gazouis que la musique n’était plus pour eux, que leur histoire culturelle et artistique s’arrêtait là et qu’ils étaient condamnés désormais à simplement survivre.

Il n’en reste rien et, pendant que les Palestiniens s’attachent à reconstruire l’ensemble, l’école est reléguée dans un autre bâtiment, cantonnée à quelques pièces.

Une fois trouvé le nouvel emplacement, nous sommes accueillis par le Directeur Ibrahim Najjar [ابراهيم النجار] et par son administrateur (mais aussi musicien) Khamis Abu Sha’ban [خـميـس أبوشعـبان].

Il nous souhaite la bienvenue et nous présente l’école : elle a cinq ans et enseigne, à une centaine d’élèves de 6 ans à 12 ans, le piano, le violoncelle, le violon, la guitare, le oud [عود‎], le qanun [قانون] et les percussions. L’école voudrait se développer mais ne peut accueillir les nombreux candidats par manque de place et de professeurs.

Il nous propose ensuite d’entendre un peu de musique palestinienne jouée par trois élèves (deux qanuns et un oud).

Au nom de toute notre délégation, je les remercie de ce témoignage de vitalité et leur indique que l’association des Musiciens avec Gaza compte en retour les inviter à venir jouer de la musique en France : rompre le blocus de Gaza, c’est non seulement leur rendre visite sur place mais aussi leur permettre de venir nous rendre visite.

Une rencontre plus proprement musicale va ensuite tenter de se dérouler sous deux modalités successives. D’abord les enseignants jouent une musique traditionnelle sur laquelle j’essaie – laborieusement - de m’inscrire au piano : je ne suis pas familier de la musique arabe, laquelle est essentiellement monophonique, et le piano est un instrument harmonique. J’essaie donc, vaille que vaille, d’improviser une voix supplémentaire sur mon instrument et les musiciens palestiniens accueillent cet ajout avec une sympathie amusée.

Je leur présente ensuite un blues composé pour la circonstance – Gaza’s blues – et c’est désormais à eux de tenter – non moins laborieusement – de s’inscrire (qanun, oud et guitare) sur une musique qui leur est étrangère.

Un petit quiproquo initial accuse le caractère cocasse et improvisé de la situation : je leur parle de « mode », terme occidental qui ne peut être compris d’eux car le terme arabe propre à leur culture est celui de maqâm [مقام‎‎] - mais bien sûr, mode et maqâm ne sont pas synonymes…
Tout se déroule finalement dans la bonne humeur générale : qui d’entre nous pourrait, à cet instant de fraternité musicale, se rappeler que nous sommes en plein Gaza, surveillés en permanence par l’armée israélienne, enfermer dans une petite pièce suite aux destructions de la vaste école de musique ?

La soirée se prolonge ensuite par une série de morceaux joués individuellement qui donne désormais à notre rencontre la forme plutôt d’un petit concert.

Un élève nous interprète au piano divers morceaux dont l’un de sa composition (une fantaisie fougueuse de jeunesse, paraphrasant différentes tropismes musicaux, comme Liszt lui-même aimait à le faire pour ses amis).

Un enseignant nous joue ensuite à la guitare une étude en mi mineur puis enchaîne sur Yesterday (Beatles) qui réunit les voix de notre assemblée.

La soirée se parachève par l’hymne patriotique WaTany joué au piano par le Directeur et repris vocalement par la salle.

Au nom de « Bienvenue en Palestine », je remets alors au Directeur une somme de 1.000 euros représentant notre contribution à la souscription récemment ouverte par le Conservatoire et donne rendez-vous aux musiciens gazaouis pour un premier « Gala pour Gaza » en mai prochain à Paris.


Au total, on peut retenir de cette soirée plusieurs choses :

  • d’abord que la musique n’aime pas les blocus – la musique lève les barrières qui peuvent se dresser entre les peuples - et que les musiciens peuvent ainsi contribuer, par leur propre activité musicale, à de libres rencontres entre gens de différents pays ;
  • ensuite que Gaza reste déterminé à privilégier l’éducation de ses enfants, ce qui est un gage de capacité à soutenir la résistance de manière inventive ;
  • enfin que les Palestiniens font une belle démonstration de leur capacité à vivre pleinement leur existence, lors même qu’ils subissent un blocus intolérable. Finalement, ce sont les Palestiniens qui vivent sans peur avec la musique, là où les Israéliens ne font que survivre dans une peur continuelle.

Autant de raisons, finalement, de soutenir qu’assurément « Palestine vaincra ! »

François Nicolas (www.entretemps.asso.fr)

CAPJPO-EuroPalestine


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