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13 mars 2014

Blocus de Gaza : Marie-Paule, Aïda et Martine racontent

L’une est de Marseille, l’autre d’Asnières (92) et la troisième de Metz. Toutes les trois sont de retour du Caire, où elles n’ont pu aller au delà du hall de l’aéroport. Sont elles tristes, déçues, démoralisées ?

  • Marie-Paule qui se présente sur la liste BASTA à Metz

Le jeudi 5 mars, j’ai donc pris l’avion à 14h30 à Charles de Gaulle avec 25 parisiennes. Là nous apprenons que si une douzaine de femmes ont pu les deux jours précédents, passer la frontière sans problème et se trouvaient donc en ville, au Caire, il y a eu par contre d’énormes problèmes à l’aéroport pour certaines d’entre nous : l’Irlandaise Mairead Maguire, Prix Nobel de la paix, avait été contrainte par la police égyptienne de repartir. Medea Benjamin, américaine responsable de Codepink, qui avait osé braver Obama lors d’un grand meeting à Washington, avait été accueillie de façon très violente par la police, qui lui avait cassé un bras... Conscientes des risques que nous encourions, nous convenons alors de rester groupées, de ne pas nous séparer en cas d’interpellation de l’une d’entre nous par la police.

Dès notre arrivée à l’aéroport, vers 19h, avant même le contrôle des passeports, nous trouvons des participantes belges dont on avait confisqué les passeports et qui étaient en train de se faire embarquer... Aussitôt, nous nous asseyons sur le sol en marbre devant le contrôle des passeports et démarrons une occupation pour réclamer la libération de ces femmes et la restitution des passeports à toutes celles qui se l’étaient fait confisquer après achat de leur visa et alors qu’elle se présentaient au contrôle pour aller au Caire.

Et, sous les yeux effarés du personnel et de quelques responsables de l’aéroport, nous nous mettons à chanter, à sortir nos drapeaux palestiniens et banderoles pour expliquer aux voyageurs circulant autour de nous pourquoi nous étions là.

Puis, nous commençons un tour de table afin de nous présenter les unes aux autres car la plupart se rencontrent pour la première fois. Je découvre avec plaisir que parmi nous se trouvent quelques jeunes de ma région, récemment engagées dans la lutte, comme Meriem venue de Moselle.

Lorsque nous reprenons notre répertoire de chants qui parlent de Gaza, de liberté, de résistance, une amie de Gaza nous téléphone et c’est avec émotion, nous lui chantons le célèbre chant d’espoir : "We shall overcome ».

Les passagers descendant d’avion étant nombreux, nous continuons à danser en agitant les drapeaux palestiniens.

Un « responsable" égyptien vient assez tard parlementer avec nous : on nous accordera tout ce que nous voulons, le confort, de la nourriture, et peut-être même un passage en ville à condition que nous leur confions tous nos nos passeports. Mais le piège est cousu de fil blanc….

Visiblement, notre sit-in n’avait pas été prévu et les déstabilisait. Tous avaient pensé nous cueillir facilement les unes après les autres et nous remettre toutes vite fait bien fait dans le premier avion venu.


Personnellement, ayant fait l’expérience en 1998 d’ occupations de ce genre, je m’attendais à certains moments à ce que la police intervienne, nous fasse dégager la piste au plus vite et nous mette en rétention avant de prendre l’avion . Parfois je me prenais à espérer un passage illusoire au Caire selon l’humeur du responsable de la sécurité ou de l’aéroport ou encore du consul venu nous voir en pleine nuit de 2h à 3h du matin, et qui employaient tantôt la ruse (ils nous promettaient même de pouvoir sortir en ville), tantôt la colère, dans le seul but de récupérer nos passeports pour en finir et les tamponner "DEPORTED".

Avec la lumière du hall dans les yeux, le bruit perpétuel, il est très difficile de dormir mais le temps passe vite.. A chaque arrivée massive de passagers même en pleine nuit et tôt le matin, nous dansons, nous chantons, nous agitons les banderoles et les drapeaux palestiniens. Nous recevons beaucoup de sourires d’approbation, de manifestations de sympathie de la part d’un public agréablement surpris en général par cette animation festive inhabituelle à l’aéroport du Caire.

Le premier avion en partance pour Paris est à 9 heures 40. Vers 8h le commandant de bord nous rend visite et essaie de persuader les trois ou quatre d’entre nous qui ne dorment pas de retourner à Paris : « C’est pour notre sécurité… et notre confort ». Comme nous refusons poliment son offre et que la plupart d’entre nous dort ou fait semblant, il n’insiste pas..

Dans l’après-midi, deux participantes américaines qui sont avec nous, acceptent à contre coeur de rejoindre le reste des Américaines enfermées quelque part dans l’aéroport et de repartir aux Etats-Unis. Nous les saluons en reprenant ensemble tous les chants de notre répertoire et nous terminons par "ce n’est qu’un au-revoir", les larmes aux yeux, si émues que notre émotion gagne le public qui nous entoure...

Dans la journée, nous apprenons que les médias du monde entier relaient nos infos, nos communiqués, de même qu’internet.

Le ballet des officiels égyptiens de plus en plus en transe et les allées et venues du Consul pour que nous soyons « raisonnables » s’accélèrent. Leur panique est palpable. Mais n’obtenant ni la libération de nos amies ni la restitution des passeports, ni même aucune garantie de repartir par des vols qui nous conviennent (les propositions de nous embarquer en ordre dispersé pour des destinations qui ne sont pas les nôtres sont inacceptables) nous refusons de bouger.

Finalement, après avoir fait défiler le personnel égyptien et français de la sécurité de l’aéroport, le personnel du Consulat de France et de l’ambassade de France en Egypte, ainsi que les commandants de compagnies aériennes, ont fini par nous trouver pour le vendredi matin (miracle !) les vols que nous exigeons. Une deuxième nuit à l’aéroport donc, mais l’ambiance reste incroyable, et cela jusqu’à l’embarquement. Tous les passagers et personnels des différents terminaux de l’aéroport profitant, sourire aux lèvres, de nos chants, et slogans à tue-tête, drapeaux et keffiehs lorsque nous traversons l’aéroport du Caire sur des chariots mobiles..

Arrivées à Paris vers 13h, nous réitérons la manifestation, redéployons nos banderoles et rechantons en choeur dans l’aéroport Charles de Gaulle où nous surprenons là aussi, et rencontrons de nombreux sympathisants.

Gageons que chacune rentrée chez elle, prolongera d’une façon ou d’une autre "La lutte des Femmes contre le scandaleux blocus de Gaza"..

  • AÏDA


Nous voilà de retour à Marseille après moins de 48h passées en Égypte.
En prenant du recul sur ces quelques heures où la cohésion et la résistance ont été les mots d’ordre, on se rend compte d’avoir vécu un moment vraiment unique, intense et tout à la fois inoubliable !

Lorsque l’on milite pour la cause palestinienne, Gaza est l’endroit à essayer d’atteindre, l’endroit où la politique d’apartheid et la ségrégation ont pris racine et où la population souffre depuis près de 8 ans du blocus mis en place par l’occupant israélien.

Les femmes Palestiniennes ont lancé un appel auquel il fallait à tout prix répondre pour être leurs porte-parole dans nos pays respectifs et faire de la transmission de mémoire, d’images.

J’ai voulu faire partie de la coalition des femmes contre le blocus de Gaza car il est essentiel d’essayer de médiatiser un maximum la situation en Palestine et dénoncer le blocus injuste et inhumain qui perdure dans la bande de Gaza.

Je m’appelle Aida, j’ai 22 ans, je suis la benjamine du groupe Marseillais.
Dans ma jeune vie j’ai vu et vécu des choses qui m’ont fait rire et parfois pleurer mais en ayant toujours le choix, le choix des décisions qui peuvent faire basculer un moment, une vie mais toujours en le faisant consciemment.

Pourquoi la Palestine ? car il est injuste que nous ici, vivions en démocratie, que nous ici ayons des droits, ayons des libertés, liberté d’expression, liberté de circulation, liberté de conscience, liberté d’opinion, liberté économique... Que nous puissions voir les nôtres comme bon nous semble, que nous puissions aller les voir le jour comme la nuit, discuter rigoler, pleurer ensemble sans avoir une épée de Damoclès au dessus de notre tête incessamment, que nous ne vivions pas avec la peur incessante du prochain bombardement qui nous enlèvera la vie ou celle d’un de nos proche, ami, voisin, compatriote... Qu’il est injuste de pouvoir manger tous les jours tout ce que l’on souhaite, que nous pouvons vivre de notre travail en ayant un salaire en juste retour alors que les Palestiniens n’ont aucun de ces droits... Il est injuste que nous ayons droit à tout cela contrairement à des millions d’autres personnes sur cette terre et que cela ne choque pas grand monde.

Les Palestiniens ne peuvent faire le quart de ce que nous faisons, ne peuvent après une dure journée aller se ressourcer, aller souffler, prendre du plaisir à faire telle ou telle chose. Non ! Tout cela ne leur est pas permis, le seul droit qu’ils aient est le droit d’être bombardés, d’être humiliés, séquestrés, dépouillés, maltraités par l’armée ou les colons Israéliens...

En me joignant à la coalition j’espérais rencontrer les femmes de Gaza, leur montrer qu’elles ne sont pas seules, que nous aussi, de l’endroit où nous vivons, nous ne les oublions pas et œuvrons tous les jours pour que les langues se délient et que la situation en Palestine soit reconnue et dénoncée mondialement.

Une fois arrivée au Caire, visa pris et argent changé, nous nous sommes dirigées vers le contrôle des douanes qui est censé être une routine de passage vers la sortie. J’ai senti que quelque chose allait de travers lorsque mes camarades juste devant moi ont fait demi tour et sont allées se placer un peu plus loin, j’étais la dernière de ma file et mon tour venu, présentant mon passeport, le douanier le prit, me demanda d’aller rejoindre mes camarades et posa mon passeport sur ceux qu’il avait confisqués précédemment. Et tout de suite, on comprit. On nous interdisait le passage au Caire !

A ce moment, une porte face à nous s’est ouverte et nous avons aperçu nos amies Belges captives. Nous étions sûre de suivre la même voie qu’elles, puis à notre grand soulagement nous entendons des bruits de fond puis apparition du groupe parisien et lyonnais.

Nos amies de la coalition comprenant ce qui venait d’arriver, se sont toutes assises et ont entamé avec nous un "sit in", dans la zone Internationale de l’aéroport, déployant alors, drapeaux, keffiehs et banderoles.

Plusieurs femmes n’ont pas eu la chance de participer à ce "sit in", ayant été expulsées avant ce regroupement.

Toujours optimiste, je me suis dis que ce "sit-in" était provisoire, qu’au bout d’un certain temps les autorités nous laisseraient entrer au Caire mais certainement pas à Gaza, puisqu’ils ne cessaient de nous répéter que la frontière était fermée.

Mais finalement non ! Nous sommes restées sur le sol, inlassablement, infatigables à scander des slogans et des chants, et même à inventer des jeux devant le public de l’aéroport.

Rien ni personne ne pouvait ternir cette combativité, cette rage se nourrissant des injustices présentes, ce groupe de femmes déterminées à faire entendre leur voix jusqu’à l’implosion des gouvernements collabos et la libération du peuple Palestinien !

Ces heures étaient intenses à la fois dans la cohésion, l’entraide, la solidarité qui régnaient parmi nous ainsi que dans l’ambiance chaleureuse. Nous ne formions qu’un, France, États-Unis, Suisse... Quelle que soit notre provenance, nous étions toutes là dans un but bien précis, au nom de la coalition des femmes contre le Blocus de Gaza !


Certaines images m’ont touché, le respect, la cohésion étaient bien présents.
Par exemple, lorsque quelqu’un s’endormait, certaines faisaient attention à ce qu’elle soit bien couverte, qu’elle ne manque de rien tout comme la nourriture, un paquet de biscuit se partageait avec tout le monde, quitte à avoir le quart d’un biscuit pour soi ; cela nous était égal car le plus important était que tout le monde ait un petit quelque chose à manger.

Il n’y a pas de mots pour décrire ce qu’on ressent dans cette situation, il faut le vivre pour comprendre ce qu’on peut ressentir. Des multitudes d’émotions s’emmêlent, on passe du rire aux larmes en un rien de temps...

Mais le choc émotionnel arriva lorsque les Américaines durent mettre fin à leur aventure et durent nous quitter pour retourner aux USA.
Pour ma part, ça a été le moment le plus désagréable de tout le court séjour.
En quelques secondes, des adieux étaient lancés, suivi par des " ce n’est qu’un au revoir" puis un mélange de rage, de ressentiment m’envahissait.

Comment peut on être si indifférent au sort de milliers d’opprimés ?
Comment peut on laisser durer ce génocide sans rien dire ?

Ces Américaines avaient fait des heures de vols en n’étant pas sûres de pouvoir atteindre leur but mais peu leur importait, le plus important était de se joindre à la coalition, de briser ce blocus inhumain et surtout de venir manifester leur soutien aux Palestiniens.

Des passagers autour de nous nous faisaient part de leurs soutien et de leur indignation à nous voir ainsi bloquées ! Des doigts en signe de V étaient levés de quoi nous remettre du baume au cœur.

Je me dis que nous n’extériorisons pas assez ce que nous ressentons, puisque moi même je ne voulais pas pleurer et montrer ma vulnérabilité aux yeux de tous. Puis autour de moi, je me suis rendu compte que les visages étaient pleins de larmes d’émotion et, avant que je m’en rende compte, mes larmes coulèrent également.

Après 3 secondes de silence, suite au départ de Donna et Cayman, les deux Américaines, les slogans et les chants reprirent de plus belle comme si la rage accumulée pendant toutes ces heures de "sit-in" ressortaient en nous et se transformaient en voix !

Des ballons de baudruches aux couleurs de la Palestine s’invitèrent "au spectacle" puis sans répit nous avons chanté, encore et encore jusqu’à l’heure fatidique du retour à la réalité, jusqu’à l’expulsion...

Une fois évacuées et dirigées vers une salle d’embarquement où les autorités Égyptiennes nous ont laissé toutes ensembles jusqu’à l’heure des vols retours le demain matin, la bonne humeur était de la partie suivie, par "les émeutes de la faim" qui étaient plus une façon de faire tourner nos gardiens en bourrique, qu’autre chose.

Lorsque nous avons obtenu l’autorisation d’aller acheter de la nourriture après de longues minutes de marchandage, 4 par 4 et escortées, nous avons fait faire une séance de sport à l’une des policières qui nous escortait. Elle dut, du haut de ces talons 6cm, faire des efforts considérables pour essayer de suivre notre cadence fulgurante dans les couloirs de l’aéroport.

Nous avons poursuivi la dénonciation de la plus grande prison du monde dans l’avion, puis à l’aéroport de Marignane.

De retour à la réalité, je sais que je n’arrêterai jamais de me battre contre toutes les injustices. Je ne sais pas encore comment, mais je suis sûre d’une chose : de la force de mes convictions !

PALESTINE VIVRA ! PALESTINE VAINCRA !

  • MARTINE, INSTITUTRICE A LA RETRAITE, ASNIERES (92)


Je suis fière de tout ce que nous avons réussi à faire ensemble, bloquées dans la zone internationale de l’aéroport du Caire.

Je suis fière que nous soyons restées solidaires.

Pas question de lâcher celles qui se retrouvaient isolées du groupe, cachées quelque part dans des bureaux de l’aéroport.

Pas question de lâcher celles qui s’étaient fait confisquer leur passeport.
Je suis fière qu’ensemble, nous ayons résisté aux manipulations et aux pressions des autorités égyptiennes et du consulat de France qui négociaient pour nous rendre invisibles et nous faire partir le plus vite possible.

Nous avons tenu bon dans la bonne humeur, malgré la fatigue et l’inconfort, en pensant au quotidien terrible vécu par les femmes de Gaza qui nous ont appelées au secours.

Nous avons gardé notre détermination, tenu notre engagement, et dit haut et fort notre solidarité avec les femmes de Gaza et avec tout le peuple palestinien.

Avec nos chants, nos drapeaux, nos banderoles, bien visibles, bien audibles, sur le passage des voyageurs, dans l’aéroport du Caire, nous avons vraiment brisé le silence ! Nos chants résonnent encore dans ma tête et sans doute dans celles des employés de l’aéroport et des voyageurs qui nous manifestaient leur sympathie : « Ounadikom… ».


Martine


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