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11 avril 2004

SYNTHESE DES INTERVENTIONS A LA CONFERENCE "OCCUPATION ET RESISTANCES" DU 17 MARS 2004

11 avril - Vous trouverez ci-dessous une synthèse (réalisée par Saïd Lahlouh-Prévost) des interventions à la tribune du meeting intitulé "Occupation et Résistances", qui s’est déroulé à Paris le 17 mars dernier.

Conférence CAPJPO du 17 mars 2004

Intervention d’Amer Abdelhadi
Intervention de Christophe Oberlin
Intervention d’Emmanuel Farjoun
Intervention de Kénizé Mourad
Intervention d’Ilan Pappé
Intervention de Jean Bricmont
Intervention de Nicolas Shahshahani
Questions du public

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Amer Abdelhadi

Intervention d’Amer Abdelhadi
Directeur de Radio Tarek El Mahabbeh à Naplouse

Fatigué par le voyage (passage de 4 checkpoints contrôlés par l’armée israélienne, puis de la frontière jordanienne). Il évoque le décalage qu’il ressent une fois arrivé à Paris : « C’est bizarre de voir des gens se promener en paix dans les rues ».
La Palestine est divisée en 64 zones et l’autorisation de l’armée israélienne est nécessaire à tout passage d’une zone à l’autre. Cette situation, associée au dangers encourus rend toute planification de déplacements quasi impossible (ou du moins extrêmement aléatoire). Lors du franchissement des checkpoints, les Palestiniens sont soumis devant tout le monde à des fouilles d’autant plus humiliantes (ils doivent exposer le contenu de leurs poches et bagages, et parfois enlever leurs vêtements) qu’elles contrastent avec leur pudeur culturelle.
A cette paralysie engendrée par les checkpoints s’ajoute le couvre-feu imposé de façon arbitraire, pouvant durer de une heure à trois mois - comme du 21 juin au 18 septembre à Naplouse, 24 heures sur 24 - qui rend impossible de sortir, travailler, etc...

Il dénonce

  • les nombreuses confiscations et destructions par l’armée israélienne du matériel de la station de radio qu’il dirige.
  • les meurtres arbitraires de civils (tirs de l’armée sur une femme qui étend son linge...)
  • les vols : les soldats israéliens entrent dans une maison, font sortir ses occupants, se comportent comme s’ils étaient chez eux (utilisent les serviettes, ...), puis s’en vont en emportant les objets de valeur (hi-fi, ...)
  • la mise en scène de faux kamikazes : il relate l’histoire d’un adolescent séquestré à qui l’on avait ordonné de lire un texte expliquant qu’il s’apprêtait à commettre un attentat suicide. Cette manœuvre a fait long feu lorsque les soldats se sont aperçus que le jeune-homme était de nationalité... américaine. [Note SLP : cette coïncidence laisse penser que cette pratique est assez courante et que cet épisode a fait du bruit du fait de la nationalité du séquestré ? Ou bien c’est vraiment pas de veine...]
  • la destruction de tous les moyens de la police palestinienne

Il conclut sur ces mots : « c’est difficile d’être ici, de vous parler librement, sachant que je dois retourner là-bas et retrouver tout ça »

(Voir aussi sa réponse aux questions posées par le public à la fin du document. )

Intervention de Christophe Oberlin
Chirurgien (microchirurgie) dirigeant les missions chirurgicales d’Aide Médicale Internationale à Gaza.

Il a effectué de nombreuses interventions sur place, mais surtout, il a formé des chirurgiens palestiniens afin d’introduire la microchirurgie pour réparer les lésions nerveuses causées par balles dès les urgences. Les formations qu’il a dispensées sur place sont équivalentes aux formations françaises.

Il raconte qu’il est de plus en plus difficile de se rendre sur place, non seulement du fait des autorités israéliennes, mais aussi du fait des autorités françaises qui tentent de le dissuader.

Il compare l’atmosphère à Gaza à un quatorze juillet permanent, à cause des pétarades incessantes (mais qui n’y sont hélas pas causées par des feux d’artifice...).

Il ne se dit pas inquiet pour la société palestinienne : « Gaza est la ville la plus sûre du monde : tu peux laisser ton portefeuille quelque part et le retrouver au même endroit. »

Il conclut en remarquant que s’il est de plus en plus difficile de se rendre sur place, c’est que c’est efficace d’y aller. Et qu’il faut donc continuer !

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Emmanuel Farjoun
Intervention d’Emmanuel Farjoun
Mathématicien à l’Université Hébraïque de Jérusalem et animateur du Comité contre la Torture en Israël

Le sujet dominant développé et illustré par son discours est l’absence de statut formel pour les non-juifs en Israël. Tolérés, mais pas de place dans le cadre juridique.
Il explique que les Arabes y sont considérés comme des arbres, ou comme des vaches. C’est de la végétation. « Là où il n’y a pas de village juif, c’est la nature... »
La volonté du gouvernement israélien est d’annexer des terres sans annexer le peuple.

Etre pour « l’état de tous les citoyens » est en Israël une position non seulement extrémiste, mais illégale : impossible de se présenter aux élections avec un tel programme.

Il conclut sur ce qu’il espère : un état pour tous (...), quitte à mener le même combat que celui mené en Afrique du Sud contre l’apartheid.

Intervention de Kénizé Mourad
Ecrivain, auteur de "Parfum de notre terre. Voix de Palestine et d’Israël"

Elle cite Ariel Sharon « il faut construire le plus de colonies possibles pour qu’il soit impossible de rendre les terres », et Moshe Yaalon « leur rendre la vie si dure qu’il finiront pas s’en aller ».
La stratégie du gouvernement israélien vise à détruire la société palestinienne, par la carence, aussi bien en nourriture qu’en éducation.
Kénizé Mourad explique qu’en Palestine, la plus fondamentale des résistances, c’est de continuer à vivre normalement. De ne pas se laisser ramener à l’état d’un animal qui mange et dort.
Elle raconte l’histoire de Salim, qui a vu sa maison détruite à trois reprises par les bulldozers israéliens sous le prétexte qu’elle était construite sans permis (les Palestiniens n’obtiennent jamais le permis de construire une maison, bien sûr).
Trois fois, il a été sorti de chez lui, avec femme et enfants, le bulldozer a rasé sa maison. Comble du cynisme, on lui a remis la facture pour le travail de terrassement...
Tout ça pour qu’il abandonne et qu’il s’en aille. Mais il tient.

Surtout, les Palestiniens s’accrochent à l’éducation : des classes d’école sont organisées dans des appartements, dans des caves. Etudier est l’acte essentiel de la résistance.

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Ilan Pappé
Intervention d’Ilan Pappé
Historien israélien, qui a remis en cause les mythes sionistes sur les conditions dans lesquelles s’est créé l’Etat d’Israël. Auteur de "La guerre de 1948 en Palestine"

Selon lui, les atrocités commises envers les Palestiniens ne sont pas terminées. Les politiciens et généraux israéliens ont le sentiment que le monde oublie, ou ne s’intéresse pas à leurs crimes. Il appelle à trouver le chemin le plus court pour mettre fin à l’occupation et pour ce faire, œuvrer pour la mise en place de sanctions à l’égard d’Israël tant que politique de celui-ci ne change pas. De le transformer en « état paria ».

Il explique clairement que la fin de l’occupation est une pré-condition à la fin du conflit et non la fin du conflit en elle-même. Ce n’est pas un sujet de négociation, qui impliquerait qu’Israël devrait recevoir quelque chose en compensation.
De même, le droit au retour n’est pas négociable. Il s’agit du droit des victimes à rentrer chez elles.
Il met en garde contre le piège du « processus de paix » tel qu’on l’a présenté jusqu’ici, soulignant qu’il s’agit que d’un jeu de dupes permettant à Israël de continuer à faire ce que bon lui semble.

La solution n’est pas « vingt pour cent de la Palestine aux Palestiniens ». Elle passe par ce qu’il nomme « les trois A » :

  • Acknowledgment (reconnaissance, au sens de reconnaître les faits) : Cette phase passe par la reconnaissance tout d’abord par Israël et les Etats-Unis, mais aussi par le reste du monde, de l’épuration ethnique qui a eu lieu lors de la création d’Israël et des souffrances infligées au peuple palestinien.
  • Accountability (responsabilité) : Israël doit assumer la totale responsabilité de ce qu’il a fait en 1948 ainsi que par la suite. « Ceux qui connaissent les Palestiniens savent qu’ils peuvent pardonner, à condition d’accepter ses responsabilité ».
  • Acceptance (acceptation) : après que les deux premiers « A » aient été remplis, Israël doit demander aux Arabes en général et aux Palestiniens en particulier d’accepter une communauté juive au Moyen-Orient. « Israël doit faire partie du Moyen-Orient. Arrêtons d’importer des Juifs russes pour blanchir la société israélienne et de suivre l’Eurovision et les matches de foot de la ligue européenne. Israël doit faire partie du Moyen-Orient, et pas en tant qu’état colonialiste comme il l’a été. »

Il appelle à une pression internationale, économique et culturelle, ainsi qu’à l’éducation.

Il conclut par :
« A cause de l’Holocauste, il a été rendu impossible de dire que ce que fait Israël est mal. Plus encore qu’au reste du monde, c’est aux Juifs qu’incombe la responsabilité d’appeler un chat un chat et de dire : ceci est une politique criminelle (this is evil politic) »

(Voir aussi ses réponses aux questions posées par le public à la fin du document. )

Intervention de Jean Bricmont
Professeur à l’université de Louvain et spécialiste des relations entre les USA et le Moyen-Orient

Pour illustrer la puissance américaine, il compare l’application du « droit international » devant trois invasions :

  • invasion du Koweit par l’Irak : condamnée par l’ONU, intervention militaire, suivie d’un embargo « génocidaire ».
  • invasion de la Palestine par Israël : condamnée par l’ONU mais aucune sanction.
  • Invasion de l’Irak par les Etats-Unis : non condamnée par l’ONU.

Pour illustrer le soutien des Etats-Unis envers Israël :

  • Soutien pratique : l’aide annuelle des USA envers Israël représente aux alentours de trois milliards de dollars US (économique et pratique, toutes aides confondues).
  • Soutien diplomatique : les votes de l’Assemblée Générale de l’ONU, pour ne pas avoir de grandes conséquences, restent instructifs. On ne compte pas le nombre de votes de type120 à 2, où les deux en question sont Israël et les Etats-Unis.

Quant aux raisons du soutien , il met en avant :

  • l’identification à la mentalité de pionniers (très brièvement).
  • l’héritage de la guerre froide, où Israël était le seul allié des Etats-Unis au Proche-Orient.
  • la puissance du lobby sioniste aux Etats-Unis : il représente de l’ordre de dix pour cent de la communauté juive américaine mais il est très riche et très organisé. Des présidents américains ont tenté de limiter la politique israélienne. Bush père a obligé Shamir à se rendre aux négociations de Madrid, mais suite à des pressions sur le congrès, 70% des sénateurs se sont opposé à lui. La presse a commencé à le couler. Jean Bricmont considère qu’il s’agit d’une raison importante de la chute de Bush père. Expliquant la position belliqueuse du lobby sioniste, il argue que si la paix arrivait, les Israéliens en profiteraient, mais pas le lobby en question qui perdrait beaucoup de sa raison d’être et donc de sa puissance. Or comme toute puissance, celle-ci souhaite perdurer... Il met en garde contre la création d’un lobby à Bruxelles par l’American Jewish Community.
  • les syndicats américains ont investi des sommes monstres dans les bons du trésor israélien. [note SLP : argument à double tranchant, car la politique israélienne ruine sa propre économie...]



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