Les professionnels de santé palestiniens sont confrontés à une discrimination, une surveillance et des pressions croissantes – notamment concernant l’usage de l’arabe dans les hôpitaux israéliens –, ce qui met en lumière la précarité grandissante de leur situation.
A l’hôpital Rambam de Haïfa, ville présentée comme « mixte », un médecin vient d’être sanctionné pour avoir parlé arabe.

Ce qui a inspiré ce texte à la journaliste Nadel Hasanain, résidente de Taybeh : « Une pandémie contre laquelle il n’existe pas de vaccin… «
« L’incident de Rambam va plus loin que tu ne le penses. Il y a quelques jours, une affaire a éclaté à l’hôpital Rambam, révélant une épidémie contre laquelle il n’existe aucun vaccin chez certains racistes de la société juive, et la cause, apparemment, était un médecin arabe qui n’a fait que se montrer compétent et se tenir au mauvais endroit : au-dessus du lit, pas en dessous.
Aux yeux d’Ella, la langue arabe n’est pas une langue. C’est un bouton rouge. Quelqu’un appuie dessus par accident, puis fait un détour, perd son sang-froid et ne trouve aucun moyen de revenir à elle-même.
L’Israélien s’est habitué à se sentir à l’aise quand il nous voit une assiette de houmous dans une main, un balai dans l’autre, ou du ciment mélangé au sable sur un chantier. Voici la carte qu’il nous a dessinée, et ce sont les endroits où il nous a donné la permission d’être. Et quand il nous voit soudainement en robe blanche, il ne voit pas un médecin. Il voit une fissure. Au contraire, il voit sa supériorité se fissurer sous ses yeux comme un vieux mur qui n’a pas été rénové depuis des décennies.
D’où vient cette fissure ? Du checkpoint, de Cisjordanie, de Gaza, où il a appris que l’Arabe typique est les yeux bandés, menotté, agenouillé, suppliant le soldat de le laisser passer et pleurant à l’homme en uniforme de ne pas démolir sa maison et de ne pas arrêter son fils. Là, l’Israélien s’est habitué à lever son fusil devant le visage de l’Arabe en criant : « Lève-toi, ou je tire sur toi ! » C’est l’image habituelle. Le stéréotypé, confortable et naturel dans l’esprit de l’Israélien et devant lui, même en temps réel.
Mais aujourd’hui, il est le propriétaire du fusil et l’homme au pouvoir excessif, revenant à la vie civile, ne portant pas de fusil militaire, mais continuant à porter le fusil mental en lui chaque fois que les traits d’un Arabe sont révélés devant lui, que ce soit dans la rue, à la clinique ou dans n’importe quelle pièce où il entre et rencontre un Arabe.
Et soudain, l’hôpital. Quelle scène horrible ! Ce langage qu’il avait entendu dans les situations humiliantes donne maintenant des ordres médicaux.
Ce corps auquel il s’était habitué à voir agenouillé se tenait maintenant droit au-dessus de son lit. Maintenant, c’est le médecin qui a le pouvoir. Et toi, l’homme avec le fusil, tu es malade. Maintenant c’est toi qui supplies, et personne ne te supplie. »
(Traduit par Tamar Goldschmidt)
CAPJPO-Europalestine


