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Gaza : Que cache l’enveloppe de 8 milliards attribuée à l’Egypte par l’UE

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Marco Carnelos, ancien diplomate italien, envoyé spécial du coordinateur du processus de paix au Moyen-Orient pour la Syrie auprès du gouvernement italien, et ex-ambassadeur d’Italie en Irak, s’interroge sur la destination du prêt que l’UE vient d’accorder à l’Egypte, et soupçonne la transaction d’avoir été réalisée aux dépens des Gazaouis.

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sisi lors d’un sommet avec les dirigeants de l’UE au Caire le 17 mars dernier

Dans un article pour Middle East Eye, Carnelos souligne l’importance stratégique de l’Egypte pour les occidentaux. « L‘Égypte a l’un des PIB les plus élevés d’Afrique et, avec une population de plus de 104 millions d’habitants, dont des millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur et une énorme main-d’œuvre. L’effondrement de l’Égypte pourrait avoir un impact régional déstabilisateur semblable à celui de la révolution iranienne de 1979″, fait-il remarquer en introduction

« Aujourd’hui, indique-t-il, la situation économique et financière de l’Égypte est très dégradée. La Banque mondiale estime qu’environ 30 pour cent de sa population est confrontée à la pauvreté, chiffre qui date de cinq ans, et des millions de personnes pourraient bientôt les rejoindre. L’inflation en décembre dernier a atteint 33 pour cent et elle devrait atteindre 45 pour cent plus tard cette année. 

En raison de la crise actuelle dans la mer Rouge, les revenus de l’Égypte se sont considérablement contractés, ajoutant encore plus de tension. L’Égypte accueille déjà environ neuf millions de migrants et de réfugiés, dont quatre millions de Soudanais et 1,5 million de Syriens.

 » Malgré sa situation financière désastreuse, constate-t-il, l’Égypte poursuit les projets d’infrastructures pharaoniques de Vision 2030, comme une nouvelle capitale administrative, les autorités égyptiennes ayant conclu que la ville actuelle du Caire ne peut être ni gérée ni réaménagée. Mais était-il vraiment nécessaire de faire du nouveau quartier général des forces armées égyptiennes un octogone plus grand que le Pentagone américain ? Ou de construire l’Iconic Tower, le plus haut bâtiment de toute l’Afrique ?

La décision du gouvernement égyptien de construire une nouvelle capitale loin du Caire pourrait également être interprétée comme une précaution visant à isoler et à protéger la classe dirigeante des bouleversements potentiels causés par la situation économique désastreuse. Est-il alors possible que le président Abdel Fattah el-Sissi et l’armée s’attendent à un nouveau printemps arabe ? Pour replacer toute la question dans son contexte, il est à peine besoin de mentionner que l’effondrement de l’Égypte pourrait avoir un impact régional déstabilisateur semblable à celui de la révolution iranienne de 1979, qui n’épargnerait pas l’Europe.

L’Union européenne s’efforce depuis des années de limiter la migration à travers la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord, signant à cet effet des accords avec de nombreux pays riverains de la mer. 

 « De l’argent pour le contrôle des migrations » 

 Il y a quelques années, l’UE a conclu un accord de 3 milliards d’euros (3,3 milliards de dollars) avec la Turquie pour inciter Ankara à stopper la vague de réfugiés de Syrie déchirée par la guerre qui tentaient d’atteindre l’Europe. Dans une certaine mesure, l’accord a fonctionné et la route dite des Balkans a été fermée. 

 L’UE et ses États membres, conscients de la situation financière difficile de l’Égypte et des neuf millions de migrants et de réfugiés qu’elle accueille, tentent désormais de répéter avec le Caire ce qu’ils ont accompli avec succès avec Ankara. 

Plus tôt ce mois-ci, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé un accord au Caire avec le président Sissi. L’ensemble de 7,4 milliards d’euros (8 milliards de dollars) de prêts, de subventions et d’accords de coopération énergétique visant à soutenir le pays , à accroître la production énergétique égyptienne afin de détourner davantage l’Europe du gaz russe.

L’accord laisse de côté les inquiétudes soulevées par de nombreux groupes de défense des droits de l’homme concernant l’approche européenne « de l’argent contre le contrôle des migrations », qui risque de renforcer le leadership autocratique,

 L’accord est constitué essentiellement de prêts et peut paraître dérisoire comparée montant financier bien plus important de l’engagement de l’UE envers l’Ukraine depuis le début du conflit, y compris le dernier programme d’aide évalué à 50 milliards d’euros (55 milliards de dollars), pour une population nettement inférieure.

« Mais, en observant la situation tragique à Gaza et l’éventuelle opération militaire israélienne à Rafah qui pourrait déplacer plus d’un million de Palestiniens, sommes-nous sûrs que ce paquet de l’UE ne cache pas quelque chose de bien plus sinistre sur l’avenir de Gaza et de ses population? « 

L’enveloppe de 8 milliards de dollars pourrait-elle être une tentative de soudoyer l’Égypte pour qu’elle accepte un exode « temporaire » des Palestiniens vers le Sinaï, avec un engagement du Caire à les y maintenir ? 

Les dirigeants européens savent-ils quelque chose que leurs opinions publiques ne savent pas encore ?« , conclut l’auteur.

Source : https://www.middleeasteye.net/opinion/egypt-eu-deal-really-behind-what-gaza

CAPJPO-Europalestine

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