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EDITION NOUVEAUTES : A LIRE, A FAIRE LIRE ABSOLUMENT : ROMPRE LES RANGS : Etre refuznik dans l’armée israélienne

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rompre_refusnik.jpg 2 juin – Ronit Chacham, israélienne dont le fils est lui-même refuznik, a rassemblé des interviews très intéressantes d’une dizaine de soldats israéliens refusant de servir dans les territoires palestiniens occupés.


Ils racontent ce qui les a amené à désobéir et ce qui leur en a coûté de le faire. Certains sont plus prosélytes que d’autres mais tous apportent un témoignage accablant sur l’armée israélienne et son gouvernement.
Le commandant de réserve Rami Kaplan relate ainsi son expérience à Gaza : «Le commandant du régiment nous a expliqué de quelle manière ouvrir le feu sur une femme et ses 5 enfants quand ils marchaient la nuit, le long de la clôture. Il suffisait de les tuer et de dire ensuite que nous avions aperçu 6 silhouettes accroupies avançant de manière suspecte ». Ou encore « La colonie de Netzarim compte une cinquantaine de familles juives au beau milieu de la bande de Gaza. Il n’y en a pas d’autres aux environs. Un bataillon entier, appuyé par des chars et des forces annexes, est chargé de la défendre -autant dire qu’il y a beaucoup plus de soldats que de colons. Personne ne se rend à Netzarim en voiture ; on y va que dans des autobus blindés, qui parfois n’emportent qu’un seul enfant, accompagnés de 3 jeeps blindées et d’un char ».
Il explique : «L’armée influence les croyances et les processus mentaux du soldat : nous entretenons une idéologie qui présente l’Arabe comme un ennemi dégénéré, sournois déshumanisé ; notre socialisation exalte ceux qui ont tué et renforce leur goût du sang, ; on nous encourage à faire partie du gang. Quand ces facteurs convergent dans le cadre d’une situation d’occupation, un désastre se prépare ».

Le lieutenant de réserve Guy Grossman : « Les gens n’ont pas vraiment idée de ce qui se passe là-bas. Si tout d’un coup des soldats ont une envie d’une petite partie de tir, ils vont prendre pour cibles les panneaux solaires d’un immeuble, sans penser aux journées de salaire que quelqu’un a dû économiser pour les installer… Quand vous entendez un bulletin d’information parler de fouille, vous n’avez pas la moindre idée de ce que cela signifie réellement. Cela veut dire entrer dans une maison la nuit, tirer les gens du lit, repousser la famille dans un coin, et pointer une arme sur la tête du père. Un gamin hurle, se pisse dessus, si bien que la grand-mère se met à hurler aussi. Vous la giflez, vous la menacez d’une arme pour éviter qu’elle ne réveille tout le quartier. Finalement vous devez aussi fouiller les maisons voisines ».
Et il explique : « J’ai servi 6 ans dans la réserve. Surtout à cause de mes amis, mais aussi parce que je pensais que si je ne le faisais pas, quelqu’un de plus violent, de moins sensible s’en chargerait à ma place. A un moment, je me suis rendu compte que je surestimais ma capacité d’action. Tout ce qui me distingue d’un autre, c’est que je laisserai une petite fille aller chercher sa poupée avant de détruire sa maison, ce qu’il ne ferait peut-être pas. »
« L’Etat, conclut-il, n’est pas une entité qu’il faut servir, mais un mécanisme censé nous servir. Et quand il commet des crimes, notre rôle de citoyens et de gardiens de la démocratie est de nous opposer à lui. Rappelons que les nazis ont été démocratiquement élus…. C’est vrai qu’on ne peut pas comparer le génocide systématique des nazis à notre régime d’occupation. Mais on peut comparer les processus psychologiques à l’œuvre là-bas et ici, parmi nos soldats et dans la société israélienne en général. Je voudrais que les gens commencent à faire la comparaison, parce que je me suis rendu compte des rationalisations incroyables que l’on peut faire rien que pour continuer de prendre part à l’occupation. Car sans elles, on ne peut plus vivre avec soi-même ».

Le sergent chef Shamai Leibowitz, avocat, religieux et petit-fils du célèbre philosophe du même nom, s’exprime ainsi :
« Bien sûr, j’aimerais conclure un accord de paix. Mais il ne peut y avoir de paix entre occupant et occupé ; c’est un peu comme si on demandait qu’il y en ait une entre le violeur et sa victime pendant le viol même. L’occupation doit d’abord prendre fin parce que c’est un crime moral. Ensuite nous pourrons discuter d’arrangements à long terme ».
Et cet avocat, qui a défendu Marwan Barghouti, en le comparant à Moïse au grand dam du tribunal, souligne : « Nos juges sont également coupables de perpétuer l’occupation. Depuis 35 ans, ils légitiment l’assassinat, les détentions administratives, les expulsions, les démolitions de maisons -autant de choses inouies pour un Etat démocratique. Les juges ont dépouillé notre pays de sa liberté et mis à sa place la feuille de vigne de la sécurité !
Quant au droit au retour des Palestiniens, il affirme : « il doit être reconnu. Plus important encore, il nous faut demander leur pardon pour les injustices que nous avons commises en 1948. Nous avions tellement l’habitude d’être persécutés, que nous en avons oublié le pouvoir du pardon, fondamental dans le judaïsme ».

Ishai Rosen-Zvi, également sergent chef de réserve analyse : « l’histoire de l’occupation, c’est celle du bon commandant, celui qui souffre de détruire le verger, mais serre les dents et le fait parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge. C’est à cause de gens comme lui que des millions de Palestiniens vivent comme des chiens, sans droits, depuis presque deux générations ».
Interrogé sur la sécurité : «Pas une maison de colons n’a été déplacée d’un pouce pour des « raisons de sécurité ». Pas un de leurs arbres n’a été déraciné. Mais que des rangées entières de maisons palestiniennes , des milliers de kilomètres carrés d’oliviers, des mondes entiers soient détruits parce qu’ils bouchent la vue d’un quelconque commandant de compagnie, ça ne pose aucun problème ».
« Il le faut le dire clairement la politique du gouvernement israélien dans les territoires occupés est le terreau des attentats suicides. C’est nous qui produisons la terreur. Qui pourrait penser qu’elle sera jugulée par davantage de destructions et d’humiliations ? »
Et de conclure : « On n’a jamais emprunté le chemin de la paix. Les constructions dans les colonies n’ont jamais été interrompues. Bien au contraire, elles n’ont fait que prospérer depuis Oslo. Jamais les Palestiniens n’ont eu d’authentique partenaire pour la paix ».

Quant au jeune David Chacham-Herson, simple soldat, il écrit de sa prison : « Nos craintes ne disparaîtront que lorsque nous instaurerons l’égalité entre peuples et individus. Nous vivrons tous dans la peur tant que nous refuserons aux gens leurs droits fondamentaux »

Imprimé en avril 2003 aux Editions fayard.. 220 pages. 18 euros.

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