Des prisonniers palestiniens placés en « détention administrative », c’est-à-dire sans procès ni mise en examen, pour des durées indéfinies, ont décidé de ne plus se livrer, à compter du 19 décembre prochain, à la farce que constitue leur comparution devant les cours administratives, où les apparences du fonctionnement d’un Etat de droit ne sont même pas sauvegardées.
A lire, ci-dessous, le rapport de l’association d’aide aux prisonniers Nadir al-asir al-filistini, ainsi qu’un deuxième rapport, qui relate les conditions inhumaines imposées aux femmes prisonnières à Telmond.
Rapport de Nadi al-asir al-filistini
(12 décembre 2004)
Boycott des tribunaux administratifs par les prisonniers de Ketsiot (Naqab, Neguev) à partir du 19 décembre 2004
L’avocat de Nadi al-asir al-Filistini, Fawaz Shaloudi, a déclaré, suite à la visite effectuée au prisonnier Muhammad Faraj Samhane de Qalqylia, qui se trouve dans la prison de Ketsiot (Naqab) qu’un accord a été conclu entre les diverses organisations palestiniennes pour boycotter les tribunaux administratifs, en refusant de comparaître ou de rencontrer les avocats, à partir du 19 décembre prochain, et selon le prisonnier Samhane, les principales raisons de ce boycott sont :
1 – Mettre fin à la politique de la détention administrative, politique injuste envers les détenus.
2 – Les tribunaux administratifs sont des tribunaux formels, le juge et le procureur général agissant sous les ordres des services de renseignements.
3 – La partialité du juge et du procureur général, la décision étant prise ailleurs.
4 – Les tribunaux administratifs s’appuient sur des dossiers secrets, aucun document officiel ne se trouve devant le juge.
5 – L’interdiction faite aux parents d’assister aux tribunaux.
6 – Les conditions difficiles et les souffrances vécues par les familles des détenus, surtout concernant les détenus malades. La politique de la détention administrative est une détention sans accusation ni dossier, son but consiste à exercer des pressions contre le prisonnier qui vit sous tension permanente, ne sachant pas quand il pourra sortir de prison, car les détentions peuvent être sans cesser renouvellées, sans aucun motif. Samhane a indiqué la présence d’un cas de détenu malade qui attend qu’une association humanitaire le fasse libérer, il s’agit de Abdallah Hussayn Youssef Abu Zayd, de Naplouse, père de cinq enfants.
Il ne peut se tenir debout pendant de longues périodes, ni bouger normalement, et même lorsqu’il est pris à l’infirmerie, où il reçoit un traitement, il est ramené porté. Il avait été blessé par balles il y a dix ans, et son cas nécessite des visites régulières chez un médecin. Il souffre également des dents, mais aucin dentiste n’a visité la prison depuis plus d’un an. Un autre prisonnier souffre également de maladie, sans être soigné, c’est le prisonnier Muhannad Abdul Ra’ouf Khadr, de la ville de Tulkarm. Les prisonniers de Ketsiot souffrent, comme dans les autres prisons israéliennes, du froid et de l’humidité dans les cellules et de l’alimentation de mauvaise qualité. Les prisonniers de Ketsiot demandent aux organisations des droits de l’homme de soutenir leur mouvement de boycott des tribunaux, qu’ils lancent à partir du 19 décembre.
Rapport de Nadi al-asir
11 décembre 2004)
Un officier de la prison dévoile les prisonnières et déchire leurs vêtements Les traces des coups sont visibles sur les corps des prisonnières Les prisonnières dorment sur le sol, trempées après avoir été aspergées d’eau froide
La représentante des prisonnières de Telmond, Amina Mona, qui a reçu son avocat Raed Mahamid, a déclaré qu’elle a été punie lors de la dernière agression sur les prisonnières, et qu’elle se trouve en isolement depuis le 28 novembre. Elle dort sur un matelas de 10 cm d’épaisseur installé sur le sol, trempé d’eau, la cellule étant privée de toilettes, avec juste un trou dans le sol, où les rats ont trouvé refuge. Elle a affirmé que la cellule est froide, humide, et l’air qui s’y trouve est semblable à celui d’une tombe. Concernant la dernière agression menée par les soldats, elle raconte : les soldats ont investi les cellules, ont sorti les prisonnières et les ont aspergées d’eau froide, à haute pression, elles ont également été aspergées par le gaz, frappée. Leurs affaires ont été aspergées d’eau, et ensuite, les prisonnières ont été obligées de dormir sur leurs matelas trempés, avec des vêtements également trempés.
Par ailleurs, Amina Mouna a déclaré que les soldats ont sauvagement agressé les prisoninères, déchirant leurs voiles et leurs vêtements, comme cela s’est passé avec Sana’ Amrou, Rabi’a Hamayel. Les prisonnières lancent un appel au monde, notamment arabe et musulman, pour qu’elles puissent être protégées. Sur sa situation, Amina Mouna a déclaré qu’elle a été battue, qu’elle a subi le shabeh pendant 24 heures, attachées à un lit, dans une pièce infestée de gros rats qui sautaient sur son corps. Elle a été interdite d’utiliser la salle de bain pendant toute cette période. Elle affirme souffrir des coups qu’elle a reçues sur tout son corps et ne pas pouvoir remuer les doigts de sa main gauche, à cause des coups sauvages qu’elle a reçues, « si sauvage qu’on dirait qu’il y a des vengeances personnelles à accomplir », « l’officier Walid Umaydan m’a tiré par les cheveux et m’a jetée sur le sol de manière sauvage et inhumaine ».
L’avocat Mahamid a déclaré que la situation des prisonnières dans Telmond est très critique, et qu’il est urgent que les associations humanitaires et internationales interviennent. Il a rencontré la prisonnière A’isha Ubayat, de Bethlehem, qui souffrait de l’oreille il y a deux mois, et qui n’a toujours pas été soignée. Au contraire, le mal a empiré à cause des coups sauvages portés par les soldats. L’enfant Nour a également été puni, puisqu’il n’a pas son lait depuis une semaine, cet enfant pleure toujours parce qu’il a mal et faim, et il a été aspergé d’eau froide et de gaz de la même manière que les prisonnières. La prisonnière A’isha Ubayat a déclaré que plusieurs prisonnières ont été battues, alors que le racket financier, 1000 shekels pour chaque prisonnière, fonctionne. De plus, les prisonnières sont actuellement interdites des visites et de courrier.
Parmi les prisonnières rencontrées par l’avocat, Fayrouz Marasil du camp de Balata, qui ne peut remuer son pied gauche, les responsables de la prison refusent de la soigner, et l’accusent actuellement d’avoir lancé de l’huile sur l’officier, elle a été battue. Par ailleurs, la direction de la prison avait procédé à des transferts parmi les prisonnières, les mineures ont été placées près des femmes israéliennes prisonnières de droit commun, ce qui cause des craintes pour elles. Et lors de la dernière agression, les autorités pénitentiaires ont menacé de procéder à des transferts concernant 15 autres prisonnières, si elles mènent une grève de la faim pour protester contre les agressions subies.
A Telmond, les prisonniers mineurs ont protesté contre les agressions subies par les prisonnières, la direction de la prison a alors agressé les mineurs, les aspergeant de gaz et d’eau froide également, et plusieurs des mineurs ont également été frappés. La prisonnière Tahani Hafnawi qui est du camp de Balata, rencontrée par l’avocat Mahamid, a expliqué qu’elle a été battue à la tête alors qu’elle est gravement blessée, ajoutant que les prisonnières « ont déclaré la grève de la faim pendant 5 jours » mais qu’elles l’ont suspendue tandis que la direction de la prison a intensifié les provocations et les agressions, ainsi que les menaces de transfert. « Les soldats ont menacé la prisonnière Ahlam Salah de Bethlehem, qui souffre d’un mal de tête permanent et de maux au dos, en lui mettant l’arme sur la tempe, en lui faisant entendre des aboiements lui disant que les chiens pourraient se retrouver dans sa cellule. Elle s’est mise à crier, ce cri ayant été entendu par un prisonnier m
ineur, qui s’est aussitôt mis à crier, pour alerter les autres et lui signifier qu’elle n’est pas seule.
Les prisonnières ont déclaré à l’avocat qu’elles manquent de denrées alimentaires, de vêtements d’hiver, de couvertures, et d’argent. L’avocat a pu rencontrer également les prisonnières Arij Shahbari, Su’ad Abu Hamad, Firyal Jaara, Arine Ahmad, Amal Akhras, Shafa Qudsi, Wajed Naser, Ikhlas Abu Su’ud, Khawla Hashash, qui a été interdite de visite pendant 3 mois, Intissar Abu Mustafa.


