Un nouveau thème a fait son apparition dans la propagande israélienne, aussitôt relayée par une série de journalistes tsahalisés, en France et ailleurs : celui du « réserviste », combattant pas tout à fait comme les autres de l’armée israélienne, moitié brave citadin, moitié soldat conscient de faire son « devoir », aussi douloureux soit-il.
Alors que tombent les premiers réservistes, les services de propagande de l’armée israélienne livrent sur leur identité bien plus de détails personnels qu’elle ne le fait pour les autres morts, déjà en « service actif » lorsque la guerre a été déclenchée le 12 juillet.
On apprend qu’un capitaine de 34 ans était médecin dans le civil, dans une petite ville du centre du pays, et qu’il avait devancé l’appel pour se porter volontaire pour la guerre du Liban ; ou qu’un autre était informaticien, tout juste marié, etc. L’idée étant de souder les rangs dans la population (« le front intérieur », selon la terminologie officielle en Israël), en montrant que ceux qui meurent sont comme vous et moi, et qu’ils avaient mieux à faire que de tomber sous les coups des terroristes.
Cette insistance sur le statut de « réserviste » a notamment servi, dimanche, à atténuer le revers subi à Kfar Giladi (extrême nord d’Israël), où une roquette lancée par les soldats du Hezbollahi a fait 10 tués et 9 blessés chez les militaires israéliens, tous « réservistes ».
Côté israélien, ce bilan est le plus lourd, pour une opération unique, depuis le déclenchement de la guerre. Côté Hezbollah, le bilan de l’attaque sur Kfar Giladi confortera la popularité de la résistance, mise à mal par les bombardements aveugles du territoire israélien, qui tuent des civils, aussi bien juifs que non juifs (samedi, une Katyusha libanaise a encore tué 3 femmes arabes israéliennes).
L’appellation est pourtant mensongère, dans tout ce qu’elle induit.
Car le « réserviste » israélien n’est pas plus un civil qu’une large majorité des effectifs de l’armée israélienne, formée de conscrits effectuant un service militaire obligatoire (de trois ans pour les garçons, deux ans pour les filles), les militaires de carrière étant minoritaires dans toutes les armes, y compris les unités spécialisées (dites « d’élite », ou l’aviation).
Le « réserviste » se distingue donc du soldat d’active par son âge, plus élevé, et on ne voit pas en quoi cela devrait susciter un élément de compassion particulier, par rapport à la mort d’un conscrit de 18 ou 20 ans. Il ne lui est d’autre part pas plus difficile, mais plutôt moins, de refuser de servir la sale guerre : les sanctions (quelques dizaines de jours dans unr prison militaire, pour le moment, mais il est certain que la pression gouvernementale augmenterait, si le mouvement prenait de l’ampleur) ne sont pas plus élevées pour le refuznik réserviste que pour le refuznik conscrit. Une poignée des uns et des autres, qui sont l’honneur du peuple israélien, a eu, jusqu’à présent, ce courage de refuser.
Par CAPJPO-EuroPalestine