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*1955 L’immigration marocaine : le mythe du danger et de l’Eldorado
*1955 Moroccan immigration: the myths of danger and Eldorado

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Pour l’année 1955, sur un quota fixé à 25 000 migrants pour toute l’Afrique du Nord, le Maroc en obtient 24 994. Il s’agit de peupler les régions frontalières et le Néguev – et pour lesquels les « pionniers » ne se bousculent pas au portillon -, grâce à ce que Ben Gourion appelle des « poussières humaines, sans langue ni éducation, racines, traditions, ou rêve national » qu’il espère « remodeler ».


Après avoir instauré une politique de « sélection », tendant à exclure les invalides et les vieux, il envoie deux émissaires sillonner les 90 mellahs de l’Atlas et du Sud marocain, faisant miroiter l’ascension sociale à des paysans, les poussant à quitter leurs terres et leur milieu social.

« Durant des siècles, les juifs avaient vécu en état de symbiose avec les musulmans », note Germain Ayache, soulignant que c’est l’Europe coloniale, puis les émissaires sionistes qui ont rompu cet équilibre.
« Le fait que les élites soient restées est troublant, car elles ne peuvent légitimer ce départ au nom d’un danger imminent qui aurait guetté les ruraux et les sous-prolétaires, mais non elles. », fait également observer Abraham Serfaty.

Arrivés en Israël, saupoudrés de DDT, ces Marocains sont envoyés d’office dans des zones limitrophes. Les inégalités avec les juifs originaires d’Europe, les « Ashkénazes », loin de s’estomper, ne cesseront de s’accroître, comme le soulignera le mouvement des Panthères Noires en 1970. En 1995, le taux de chômage était le triple chez les juifs d’origine arabe, comparé à celui des juifs originaires d’Europe. Le pourcentage d’employés et de cadres était près de deux fois inférieur, et le taux d’étudiants à l’université était de 11 % contre 41 % chez les « Ashkénazes ».

Souvent parqués dans des « villes de développement », les Judéo-Marocains s’ennuient, avouent leur nostalgie du Maroc pour les plus âgés, se tournent souvent vers le mysticisme et votent pour des partis religieux comme le Shas. Toutefois, le mythe des Juifs opprimés au Maroc, et sauvés par Israël, continue à faire recette. Il a pourtant été mis à mal par de nombreux historiens et sociologues. Germain Ayache est l’un de ceux qui rappellent que le Maroc a ouvert ses portes aux juifs expulsés d’une Espagne chrétienne et leur a garanti un statut de protection, la dhimma , alors qu’ils étaient hors la loi dans toute la chrétienté. Il souligne également que ce terme de dhimmi est aujourd’hui le plus souvent déformé et présenté comme synonyme de « parias », par des « Européens qui ont eu l’outrecuidance de se présenter en libérateurs des Juifs du Maroc, alors que l’Europe n’avait toujours pas émancipé les siens, et que l’antisémitisme longuement mûri en son sein allait provoquer les ravages que l’on sait. »

Tous les écrits, contrats, jugements, qui ont été étudiés, montrent que l’Islam, contrairement à la chrétienté, a toujours garanti à la minorité juive (jamais considérée comme « déicide »), la liberté du choix religieux, ainsi que la protection de la vie, et des biens, ne lui retirant que la faculté de s’armer.

Certes les Juifs devaient s’acquitter auprès du Sultan d’un impôt spécifique, la jizya, mais ils ne payaient pas un autre impôt, plus lourd, réservé aux musulmans, la zakât. Ils n’étaient pas relégués dans des ghettos, vivaient en bonne entente au milieu de leurs concitoyens musulmans, rappelle Germain Ayache (« La minorité juive dans le Maroc précolonial »). Et, fait-il remarquer, « Dans le Maroc redevenu indépendant où juifs et musulmans se sont retrouvés seuls à seuls, aucun bain de sang ne s’est produit, même aux heures les plus graves, alors qu’au Sinaï, les Arabes essuyaient des défaites, et que les musulmans, au Maroc comme ailleurs, en ressentaient une rageuse humiliation. La tradition de tolérance enracinée dans les institutions et dans les mœurs se trouvait donc confirmée. ».

* Chronique : « Israël : 60 ans de mystifications – 22 000 jours de résistance palestinienne »

par CAPJPO-EuroPalestine


ENGLISH TEXT———————————-

1955

Moroccan immigration: the myths of danger and Eldorado

In the Fifties, Ben Gurion was intent upon achieving Arab immigration, described as «  human dregs, with neither language nor education, without roots, traditions or a national dream  » which he hoped to « remodel ».

In 1951, the state of Israel had installed a policy of « immigrant selection », designed to exclude the infirm and the aged. For the year of 1955, out of a quota fixed at 25,000 for the whole of North Africa, Morocco was allotted 24,994. The idea was to populate the border regions and the Negev, as the « pioneers » were not exactly queuing up at the gates to go to those areas.

In 1954 and 1955, two Israeli emissaries travelled the length and the breadth of the 90 rural mellahs of the Atlas and southern Morocco, painting in glowing colours the social advantages of a life in Israel to the poorest of the able-bodied youth there, thus succeeding in dragging them away from their land and their social milieu. For those Moroccans were not relegated to the ghettos. «  For centuries, the Jews had lived in symbiosis with the Muslims « , wrote Germain Ayache, stressing that it was colonial Europe, and then the Zionist emissaries, who destroyed that balance.

As Abraham Serfaty also remarked: « It is troubling that the elites have remained, as they cannot legitimise this departure, in the name of an imminent danger supposedly lying in wait for the rural population and the underclass, but not for themselves » .

Upon arrival in Israel, these Jewish Moroccans were not allowed to choose their destination and were sent to the border zones. The inequalities, compared to the conditions of the European Jews, the Ashkenazi, did not decrease but only became worse, as later underlined by the Blank Panther movement in 1970. In 1995, the unemployment rate for Jews of Arab origin was three times higher than that of Jews originating from Europe. The percentage of those in work or in management roles was 50% of that amongst the Ashkenazi, and the number of students still in school at the age of 14 was only 11% compared to 41%.

Often finding themselves dumped out in « development towns », the Judeo-Moroccans were bored, (the older ones being nostalgic for Morocco) and often turned towards mysticism and voted for religious parties like the Shas.

However, the myth persisted about the Jews being oppressed or in danger in Morocco, and being saved by Israel. This myth was contested by numerous Moroccan Jews, historians and sociologists. Germain Ayache is one of those recalling that Morocco had opened its doors to the Jews expelled from Christian Spain and had guaranteed them protective status (« dhimma »), whereas they were considered as outlaws in Christendom. The term of dhimmi is distorted nowadays and is commonly used as a synonum for « pariah » by «  Europeans who have the audacity to paint themselves as liberators of the Jews of Morocco, when Europe had still not emancipated its own citizens, and when anti-semitism, long developing in its midst, would provoke the ravages we know about. »

All the documents, contracts and judgments examined show that Islam, unlike Christianity, always guaranteed for the Jewish minority (never considered as deicidal) freedom of worship as well as protection of life and property, denying them only the possibility of being armed.

The Jews did indeed have to pay the Sultan a specific tax, the jizya, but they were exempted from a different, higher, tax on the Muslims, the zakât. They were not confined to the ghettos, living instead in harmony amongst their Muslim co-citizens, recalls Germain Ayache (« The Jewish Minority in Pre-colonial Morocco »). He also observed: «  In the newly-independent Morocco, where Jews and Muslims found themselves alone together, no bloodbath took place, even at the most serious times when in the Sinaï the Arabs were suffering defeats and Muslims, in Morocco as elsewhere, were feeling gravely humiliated. The deep-seated tradition of tolerance within their institutions and customs was thus confirmed. ».

* « Israel : 60 years of smokescreens – 22 000 days of Palestinian resistance »

by CAPJPO-EuroPalestine

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