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Gaza : annonce d’un désastre

« Eviter la catastrophe qui menace est fort simple : mettre fin au blocus », écrit Robert Turner, directeur de l’Agence des Nations Unies pour l’Aide aux Réfugiés Palestiniens à Gaza, dans le quotidien Britannique The Guardian.


« Le système international est souvent accusé d’échouer à avertir suffisamment tôt, d’être myope et de ne pas fournir aux puissances concernées les données et les analyses qui permettraient d’apporter en temps utile une réponse efficace à des désastres prévisibles. Avec la publication récente du rapport Gaza en 2020 : un endroit vivable ?, il serait difficile de faire porter ces accusations sur l’équipe locale des Nations Unies dans les Territoires palestiniens occupés.

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Le rapport constitue une analyse prospective fondée sur des données provenant de sources autorisées, telles que les agences spécialisées de l’ONU, la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, qui met en évidence où en sera Gaza d’ici moins de huit années. Il s’agit d’un avertissement précoce et à longue portée. En 2020, la population de la minuscule Bande de Gaza aura augmenté d’un demi-million de personnes : 500 000 de plus, qu’il faudra nourrir, loger, éduquer, employer. Plus de la moitié de la population aura moins de 18 ans, l’un des plus hauts pourcentages de jeunes sur l’ensemble du monde.

Le manque d’eau potable est la préoccupation la plus urgente à Gaza aujourd’hui, et il ne pourra qu’empirer dans les années à venir. La nappe phréatique côtière est la principale source d’eau ; mais 90% de cette eau n’est pas saine à boire sans traitement additionnel. Actuellement, on extrait chaque année de la nappe trois fois plus d’eau qu’il n’en vient par la pluie pour la recharger. Cette situation n’est pas tenable. En 2016, la nappe phréatique peut devenir inexploitable, et les dommages causés peuvent être irréversibles en 2020 s’il n’y a pas de remédiation dès maintenant.

D’ores et déjà, il faut forer de plus en plus profond pour atteindre l’eau souterraine. Le programme environnemental des Nations Unies préconise de laisser dès maintenant la nappe au repos, faute de quoi sa restauration prendra des siècles. Dans le même temps, il est prévisible qu’en 2020 la demande d’eau augmentera jusqu’à 260 millions de mètres cubes par an, soit 60% de plus que ce qui est actuellement extrait.

Un quart seulement des eaux usées donne actuellement lieu à traitement. Les trois autres quarts se déversent dans la Méditerranée. En fonction de la croissance démographique, la quantité d’eaux usées produite annuellement pourrait passer de 44 millions de mètres cubes aujourd’hui à 57 millions de mètres cubes en 2020. Les usines de traitement existantes doivent être agrandies et améliorées, et il faut que d’autres soient construites.

Ces prédictions ont de profondes implications pour l’ensemble des organisations humanitaires et de développement à Gaza, en particulier pour l’Agence de Soutien et d’Action des Nations Unies (UNRWA), qui œuvre pour les communautés de réfugiés à Gaza. Environ 70% de la population sont des réfugiés, avec pour l’UNRWA la prise en charge actuelle de 1,2 million de personnes, dont il est attendu qu’elle augmente jusqu’à quelque 1,5 million en 2020. Cet accroissement de 30% des réfugiés exigera un investissement massif pour maintenir les niveaux actuels de prestations.

Prenons par exemple la santé : En 2011, plus de 4,4 millions de patients se sont rendus dans les centres médicaux de l’UNRWA, chiffre qui pourrait monter à plus de 5,5 millions de consultations. Actuellement, les 21 centres médicaux de l’UNRWA traitent en moyenne chacun environ 57 000 réfugiés. En l’absence de nouvelles cliniques, ce nombre grimperait à plus de 74 000 en 2020. Pour rapprocher l’UNRWA des normes de l’Organisation Mondiale de la Santé, l’agence a maintenant besoin de l’apport de 90 médecins et de 85 infirmières additionnelles. Pour maintenir en 2020 l’actuel niveau de prestations, il faudrait que l’UNRWA ouvre cinq nouveaux centres médicaux et dispose de 220 médecins et de plus de 300 professionnels de santé additionnels, et ceci sans améliorer le présent niveau de service (à savoir, plus de 100 consultations de malades par médecin et par jour).

Dans le secteur de l’éducation : aujourd’hui, l’UNRWA gère 247 écoles dans 130 bâtiments, avec dans 93% des cas deux vagues quotidiennes de classes dans chaque bâtiment. Pour maintenir le taux actuel d’encadrement pédagogique, il nous faudrait une augmentation de 2000 enseignants et personnels éducatifs.

En ce qui concerne la protection sociale : l’UNRWA procède à des distributions alimentaires à plus de 900 000 réfugiés. Sans amélioration de l’économie, qui ne peut se produire sans levée du blocus, ce nombre dépassera un million. Une augmentation de 350 000 réfugiés d’ici à 2020 signifie le besoin de 20 000 nouveaux abris.

Pour éviter cette catastrophe menaçante mais évitable, notre recommandation est simple. Tandis que les Nations Unies ont à maintes reprises condamné l’envoi de roquettes, nous continuons à demander la levée du blocus, lequel coûte année après année des centaines de millions de dollars à la communauté internationale. Permettez aux habitants de Gaza de bénéficier des niveaux de développement et de la prospérité économique à quoi ils aspirent. Ils sont capables d’être auto-suffisants. Ils ne souhaitent pas que perdure un niveau de 80% de dépendance à l’aide, pas plus que ne le souhaitent dans le monde les contribuables qui financent les agences d’aide internationale.

Traitons les causes fondamentales de ce désastre en instance, plutôt que d’attendre de la communauté internationale qu’elle règle la facture pour atténuer leurs funestes conséquences.

(Traduit de l’anglais par Anne-Marie Perrin pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/sep/09/gaza-early-warning?cat=commentisfree&type=article

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