Header Boycott Israël

En Palestine occupée : Bilan des crimes israéliens, du 16 au 22 septembre

Gazée dès le berceau

La très jeune Sila Abu Bakr, charmant bébé de 4 mois, se croyait sans doute à l’abri dans son berceau. C’était compter sans les forces israéliennes qui, le soir du 16, espèrent retrouver Munadil Infyat (l’un des six évadés), dans sa ville natale de Ya’bad, à l’ouest de Jénine. Ils prennent d’assaut et saccagent plusieurs maisons, interrogent les habitants, inspectent les vidéos de surveillance. La « bébée » fait partie des dommages collatéraux : suffoquée par les gaz lacrymogènes, elle doit être emmenée à l’hôpital par le Croissant Rouge. Il y avait de quoi s’inquiéter : en 2011, un bébé de 8 mois est mort de l’inhalation de ces gaz à Beit Fajjar.

En Palestine occupée : Bilan des crimes par Israël du 16 au 22 septembre

Résister sous les feux de l’occupant

Si les forces d’occupation sont implacables, les Palestiniens ne restent pas passifs face à l’envahisseur israélien. Le 17 à Silwan, quartier de Jérusalem soumis à la colonisation, des résistants lancent des pétards contre un avant-poste et mettent le feu à des caméras de surveillance de l’occupant. La répression sera à la hauteur de l’outrage…

Mais qu’elles soient strictement pacifiques ou plus « musclées », les actions des Palestiniens subissent le même accueil. Et ce n’est pas la présence de militants internationaux des droits humains, y compris juifs israéliens, qui change la donne.

Ainsi, le 17 à Masafer Yatta, près d’Hébron, un groupe de militants des « Combattants pour la paix » organise un sit-in sur le thème de l’eau (voir photos et vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=XErtWUrb_uE). En effet, Israël empêche les Palestiniens d’accéder à l’eau potable dans leur maison quand elle est située dans une prétendue zone de sécurité. Sècheresse aidant, l’objectif est de les obliger à abandonner leurs terres.

En guise de travaux pratiques, les militants prévoient de livrer un réservoir d’eau à une famille. Mais policiers et soldats font pleuvoir les lacrymos sur eux. Il s’agit d’un lacrymogène d’un nouveau type, qui émet de la fumée encore plus nocive. L’un des organisateurs, Adam Rabi, touché à l’abdomen, endure des brûlures au 3ème degré. Khloud Abu Ra’ya, quant à elle, est hospitalisée pour des coupures et des brûlures dans le dos. Un autre participant, Elie Dib, est jeté violemment au sol, d’où il résulte des coupures au visage et une artère lacrymale sectionnée. Il est opéré à l’hôpital.

Les soldats répriment même les enterrements et les noces. Le 16, au centre d’Hébron, les soldats attaquent un mariage à grand renfort de lacrymogènes, suffoquant jeunes époux et invités, enfants compris. Mazel Tov !

Lycéens en ligne de mire

Au total, le PMG compte 17 Palestinien-ne-s de Cisjordanie blessées par l’occupant cette semaine, lors de 56 raids accompagnés de prises d’assaut de maisons et de 70 manifestations pacifiques réprimées de façon totalement disproportionnée, à grand renfort de balles et grenades lacrymogènes ou à effet de choc.

Jeudi 16 au matin, plusieurs jeeps de l’armée israélienne envahissent Teqoa, à l’est de Bethléem. Elles établissent un checkpoint à l’entrée de la ville et stationnent en différents points, notamment près de l’école. Des soldats en descendent, harcèlent les élèves, les interrogent et les fouillent au corps. Cette provocation suscite des protestations, aussitôt réprimées avec l’arsenal mentionné plus haut. Un des élèves est blessé par une balle métallique.

Le 22 vers 14h00, des soldats envahissent le lycée d’al-Tur, à Jérusalem, alléguant que des étudiants auraient lancé des pierres vers une patrouille. Les soldats tirent des balles et des lacrymogènes dans l’école et pourchassent les élèves. A ce moment, Bassam Abu-Sbitan (16 ans) sort d’une pharmacie voisine où il était allé acheter des médicaments pour son père. Des soldats le poursuivent, il tombe et se casse la jambe. Malgré ses cris de douleur et son incapacité à marcher sur sa jambe blessée, les soldats le traînent jusqu’à l’un de leurs véhicules militaires. Il est transporté à l’hôpital et arrêté.

Le même après-midi, à Deir al-Hatab, près de Naplouse, le photojournaliste Nasser Shtayyeh, qui travaille pour Flasha et Seba USA, couvre une manifestation contre l’extension d’une colonie. Malgré ou à cause des lettres « Press », bien en évidence sur sa tenue, il est pris pour cible par un soldat qui le frappe à la tête d’une balle métallique. Couvert de sang, il est emmené à l’hôpital par une ambulance du Croissant-Rouge.

Kidnapping de masse pour les ados

Pourquoi se gêner ? Cette semaine encore, la toile carcérale israélienne cible les plus jeunes. Sur 65 nouveaux emprisonnés, 17 sont des mineurs. Israël est le seul Etat au monde à agir de la sorte.

Le 16, lors d’un raid sur Beitunia, à l’ouest de Ramallah, l’occupant kidnappe à domicile deux adolescents : Hisham Manasra (15 ans) et Muawiya Manasra (14 ans).

Le soir, M. Sabarna et son fils s’affairent à planter des légumes dans leur serre à Beit Ommar, au nord d’Hébron. Des soldats surgissent, se ruent sur le jeune Muhammad (15 ans) et tirent à balles réelles en direction du père qui tente de le protéger. Malgré ses blessures, Muhammad est conduit sans ménagements à la base militaire de la colonie de Karmie Tzur (qui, comme toute colonie qui se respecte, est évidemment illégale et construite sur des terres volées). Avant leur arrestation, l’épicerie où ils travaillent a été perquisitionnée. Rien.

Le 19, à 2h35 de la nuit, au cours d’un raid sur Beit Fajjar, au sud de Bethléem, les soldats kidnappent Amir Taqatqa (17 ans). Le soir, à Ya’bad, ils enlèvent Hilal Salah {15 ans).

Ramez Al-Jabari (15 ans) est kidnappé quant à lui devant la mosquée d’Ibrahim à Hébron, construite dans un « lieu saint » convoité par les juifs religieux.

Vers 16 h, Sultan Shuweiki (16 ans) est kidnappé lors de la perquisition « musclée » de sa maison à Silwan, quartier de Jérusalem visé par les colons.

Vers 16h50, à Tulkarem, c’est au tour de  Salah Bado (15 ans) de subir le même sort.

Vers 23 h, Mohammed al-Jabbar (15 ans) est arrêté dans les mêmes conditions dans sa maison du quartier al-Tur, à Jérusalem-Est

Photo fournie par DCI (Defense Children International Palestine)

Vers minuit, l’armée arrête Mo’ath Abu al-Hawa (14 ans) alors qu’il se trouve dans l’un des magasins de la rue principale d’al-Tur.

Le 21, vers 16h00, l’armée postée à la porte d’Hérode de Jérusalem s’empare de Amir (17 ans) et Mustafa (16 ans) Abu al-Hawa.

Vers 18h00, lors d’un raid sur Silwan, les soldats enlèvent quatre habitants après avoir pris leurs maisons d’assaut. Parmi eux, deux adolescents mineurs : Mohammed al-Shalloudi (17 ans) et Sultan Sarhan (16 ans).

Le 22, vers 3h15, l’armée arrête Sobhi Zeid (17 ans), après avoir perquisitionné sa maison dans le camp de réfugiés d’al-Jalazone, au nord de Ramallah.

Gaza n’y échappe pas : le 18 au matin, l’armée arrête trois mineurs qui tentaient de s’évader de leur « prison à ciel ouvert ». D’une prison à l’autre…

En bons kidnappeurs, les soldats utilisent aussi des déguisements pour perpétrer leurs forfaits. C’est la méthode des « Mista’arvim », habillés en civils palestiniens. Le 20, infiltrés dans le village de Bayt Rima, près de Ramallah, ils utilisent une voiture et un bus aux plaques d’immatriculation palestiniennes pour stationner devant un supermarché près d’une mosquée. Soudain, ils prennent d’assaut le supermarché et s’emparent de Khair al-Rimawi, son propriétaire, qu’ils emmenent vers une destination inconnue.

Soldats et brigands

Parfois, les enlèvements s’accompagnent de brigandage. Le 19, l’armée arrête Munir Manasra après avoir perquisitionné et fouillé sa maison dans la région d’Arabiya, à l’est d’Hébron.Les soldats mettent la main sur les 170.000 shekels que la famille avait économisé pour l’opération de leur fillette de 3 ans, qui souffre d’un trou au cœur. Ils dérobent également des garanties financières et des chèques pour une valeur de 30.000 shekels.

Le 18, alors que les employés municipaux de Qarawat Bani Hassan, près de Salfit, s’affairent à réparer une route, les soldats surgissent et s’emparent du bulldozer de la commune. Le lendemain, la même scène se déroule à Salfit même.

Le 21, à Al-Khader, près de Bethléem, l’armée s’empare du camion de Murad al-Mahsiri et l’emmène à la colonie de Gush Etzion. Servez-vous, ce sont les Palestiniens qui régalent !

Le 22, à Kherbet al-Sfeir, au sud d’Hébron, toute une troupe de soldats encadre des employés administratifs venus confisquer le générateur qui procurait le courant à la famille d’Othman Abu Qbeitah. Les voilà dans le noir ! La sécurité d’Israël était probablement menacée…

La colonisation s’étend

Quand l’occupant ne confisque pas les terres palestiniennes pour des routes ou des colonies, il le fait sous prétexte de remplacer des pâturages par des réserves naturelles ! C’est ce qui est arrivé le 21 à 4900 hectares de terres à Kisan, près de Bethléem. Les terres confisquées englobent un site historique connu pour sa biodiversité. Sous prétexte d’écologie, l’occupant cherche en réalité à accaparer des terres qu’il rétrocèdera par la suite au profit d’une colonie.

Comme pour confirmer la haute valeur écologique du projet, une bande de colons de l’avant-poste voisin de Ibi Hanahel se met aussitôt à construire une route de colonisation. Longue de 2 km et large de 4 mètres, elle vise à relier l’avant-poste à une zone industrielle abritant notamment des usines de recyclage des déchets israéliens.

Le 22 au matin, à Goresh, près de Naplouse, l’occupant passe au bulldozer les terres d’un villageois pour préparer la construction d’un nouvel avant-poste.

Colons et voyous

La scène se déroule le 17 vers 13 h dans la colonie de Givat Shaul, établie à l’emplacement du village de Deir Yacin, dont la population fut assassinée pendant la Naqba. Au volant de son bus, Mohammed Abu Nab dépasse une voiture avec trois colons à bord. Outrés qu’un « Arabe » ose les doubler, les trois énergumènes le re-dépassent et bloquent la route devant lui. Par la fenêtre ouverte du bus, ils le frappent à la tête, puis ils montent dans le bus et, par trois fois, poignardent le malheureux dans le dos. Avant de partir, ils lui administrent encore coups de pied et coups de poings. Quand la police israélienne arrive enfin sur les lieux, que croyez-vous qu’il arrive ? Elle commence par arrêter le chauffeur et elle lui refuse les premiers soins. Abu Nab, qui a perdu beaucoup de sang, finit par s’évanouir avant d’être enfin conduit à l’hôpital.

Cette attaque n’est pas la première du genre. Les conducteurs palestiniens sont fréquemment violentés et insultés simplement en tant qu’Arabes.

Le 22 vers 10h, une bande de colons de Yitsahar, au sud de Naplouse, coupe 10 oliviers plantés il y a 70 ans appartenant à un villageois.

…Et comme (presque) tous les jours, vers 8h30 du matin, des ultra-religieux protégés par l’armée effectuent leur tournée de provocation sur l’esplanade des mosquées, insultant et molestant les fidèles musulmans.

Un peuple sous haute surveillance

Après le bouclage de la Cisjordanie et de Gaza imposé du 15 à 13h jusqu’au 16 à minuit pour cause de Yom Kippour, une autre célébration religieuse, la fête des cabanes (Souccot), interdit aux non-juifs l’accès à la mosquée d’Ibrahim (dans la vieille ville d’Hébron) entre le 21 au soir et le 23 à minuit. Le 22, vers 14h00, les soldats se déploient dans la rue Be’er Sheva et ordonnent la fermeture des magasins avant que des groupes de colons n’arrivent pour visiter le « Tombeau d’Otniel Ben Knaz ».

Hormis cette nouvelle illustration de la laïcité à l’israélienne, les Palestiniens de Cisjordanie ont fait face cette semaine, outre aux 108 points de contrôle permanents, à 12 fermetures temporaires d’axes et carrefours stratégiques et 79 checkpoints temporaires.

C’est à l’un de ces pièges, établi près de la mosquée Ibrahim d’Hébron, que Shadi al-Mohtaseb et son frère Abdullah sont tabassés et enlevés l’après-midi du 17. Le lendemain, l’arrestation au même endroit de deux autres frères, Hamad et Dia’ Tareq Fafisha, est tout aussi violente.

Gaza toujours assiégée et attaquée

Blocus maritime : la pêche est une ressource importante pour les assiégés mais les navires de guerre israéliens ne permettent pas aux pêcheurs gazaouis d’aller au large sur les bancs de poissons. Ainsi, les 18, 19 (à 2h30 et 6h30), 20 (à 8h05 et 22h15) et 21, les garde-côtes ont tiré sur des pêcheurs à seulement 3 milles nautiques des côtes, alors que la limite des eaux territoriales est de 12 milles.

Attaques terrestres : le 21 à 14 h, les soldats campés à l’abri derrière la ligne de séparation font feu sur des bergers près de Beit Hanoun. Même scénario le soir à 23h45 près de Jaballa.

Ainsi, non contents de priver les Gazaouis d’eau potable, les Israéliens s’attaquent à leurs (maigres) ressources alimentaires. Mieux qu’un blocus : un siège comme au Moyen-Age…

(Compilé et traduit par Philippe G. pour CAPJPO-Europalestine à partir du Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), du Palestinian Monitoring Group (PMG): http://www.nad.ps/ , de la compilation de Leslie et Marian Bravery* (Palestine Human Rights Campaign, Auckland, Nouvelle Zélande).

CAPJPO-Europalestine