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Palestine : bilan des crimes israéliens du 4 au 10 novembre

Une « démocratie » façon Big Brother 

Après la mise hors la loi, le 19 octobre, de 6 ONG palestiniennes étiquetées « terroristes », le commandement militaire israélien a qualifié dimanche les mêmes ONG de « non autorisées » (disallowed). En vertu d’un règlement datant du mandat britannique, ce qualificatif autorise l’armée à les attaquer, fermer leurs bureaux, confisquer leurs avoirs, empêcher leur financement, kidnapper et persécuter leurs dirigeants… Ceci concerne, rappelons-le, Addameer (défense des prisonniers politiques), Al-Haq (droits humains dans les territoires occupés), Bisan (pour un développement durable et démocratique), DCIP (défense des enfants), Union des travailleurs agricoles et Union des femmes palestiniennes (voir https://europalestine.com/2021/11/05/les-preuves-contre-les-6-ong-palestiniennes-une-fabrication-de-a-a-z-du-terrorisme-detat-israelien/). Ne seraient-ce pas plutôt les lois d’apartheid qui devraient être interdites, nulles et non avenues ?

Cette semaine a aussi été marquée par la révélation (moyennement surprenante…) que les mobiles des avocats et défenseurs des droits de l’homme palestiniens étaient systématiquement espionnés, et avec eux l’ensemble de leurs contacts. Salah Hammouri est évidemment du nombre. Merci Pegasus ! En réaliré, ce sont TOUS les téléphones des Palestiniens qui sont écoutés (voir https://europalestine.com/2021/11/17/lecoute-de-tous-les-telephones-palestiniens/)Encore plus fort (si l’on peut dire) : le Washington Post a rapporté que l’ensemble des Palestiniens de Cisjordanie font l’objet d’un contrôle permanent au moyen de bases de données alimentées par la vidéosurveillance omniprésente, les milliers de photos prises par les soldats et la reconnaissance faciale (lire la traduction française de l’article : https://europalestine.com/2021/11/14/avec-la-reconnaissance-faciale-israel-interdit-aux-palestiniens-tout-semblant-de-vie-privee/).

Et comme si cela ne suffisait pas, l’armée continue à s’emparer des bandes de vidéosurveillance des commerçants palestiniens comme ce vendredi à al-Bireh.

Après Pegasus, encore une belle innovation qu’Israël ne manquera pas de faire fructifier à l’exportation… 

Fusillé à 13 ans 

Une nouvelle fois, enfants et adolescents ont été dans la ligne de mire. Mohammed Daadas (13 ans), assassiné vendredi près de Naplouse, est le 8ème mineur et le 32ème habitant de la Palestine occupée à tomber sous les balles de l’occupant depuis le début de l’année. Issu d’un camp de réfugiés, Mohammed faisait partie d’un groupe de jeunes qui lançaient des pierres en direction de la route d’accès à la colonie de Elon Moreh. Ce caillassage est une réponse au harcèlement quotidien des habitants du village pendant la récolte des olives. Les jours précédents, les soldats se contentaient de riposter à coups de lacrymogènes mais, ce vendredi, les balles réelles ont remplacé les lacrymos. Atteint à l’abdomen, Mohammed est porté à l’abri par ses copains puis transporté à l’hôpital où il décèdera (voir https://europalestine.com/2021/11/06/un-enfant-de-13-ans-tue-par-israel-pres-de-naplouse/).

Illégale même selon la juridiction israélienne, la colonie d’Elon Moreh est construite sur 200 hectares de terres volées au village de Deir al-Hatab.

Par ailleurs, entre le jeudi 4 novembre à minuit et le mardi 9 à 8h00, 11 Cisjordaniens, dont 3 mineurs, ont été blessés. 

Dimanche, à 2h55 du matin, l’armée envahit la zone industrielle au centre d’Al-Bireh, ville jumelle de Ramallah où se trouvent la plupart des administrations de « l’Autorité Palestinienne ». Alors que plusieurs maisons sont perquisitionnées et saccagées, la population réagit en lançant pierres et bouteilles contre les SUV de l’armée. En réponse, les soldats ouvrent le feu et deux adolescents sont blessés : Muhammad Habsha et Ahmed Fayez, 16 ans tous les deux.

Le soir même, un autre mineur (non identifié) est blessé lors d’une attaque des forces d’occupation à Beit Ommar, près d’Hébron. Mardi soir, à l’entrée du village de Husan, près de Bethléem, les forces d’occupation attaquent une manifestation contre l’expansion des colonies dans la région. Ils tentent de s’emparer de Moataz Hamamera (18 ans), blessé à la cuisse, mais les manifestants réussissent à le soustraire à l’occupant et à le conduire à l’hôpital. Pendant ce temps, des soldats tendent une embuscade à un groupe de jeunes qui se rend à la manifestation et enlèvent Mohammed Hamamera (16 ans). Son père Jamal ne perd rien pour attendre : il est arrêté le lendemain à 3h du matin lors d’une perquisition de son domicile.

Jérusalem : Rafles d’enfants à Silwan 

Parmi les 55 Palestinien-ne-s de Cisjordanie pris-es au piège de la toile carcérale cette semaine, 15 sont mineurs.

Jeudi soir, lors d’affrontements à l’entrée de Burqa, près de Naplouse, l’armée kidnappe deux jeunes de 17 ans : Amjad Masoud et Qais Masoud. Une base militaire de l’occupant occupe plus de 101 hectares de ce village.

A Jérusalem Est, dans le quartier de Silwan en plein nettoyage ethnique, les rafles se multiplient. Dimanche, Yousef Abu Nab (16 ans) est kidnappé chez lui à 5h du matin. Plus tard dans la matinée, suite à une perquisition de leurs maisons dans ce quartier, Ahmed al-Joulani (17 ans) et Mousa Owda (membre du comité de défense des terres de Silwan) reçoivent une convocation au redoutable centre d’interrogatoire d’al-Maskobiya (c’est là que, le 21 juillet, un certain Abdo al-Khatib a succombé à la gégène – source : https://www.aa.com.tr/fr/monde/des-organisations-palestiniennes-accusent-isra%C3%ABl-davoir-tortur%C3%A9-un-d%C3%A9tenu-%C3%A0-mort/2311263). Et à 16h, c’est un gosse de 11 ans, Nasim Hijazi, qui est kidnappé devant sa maison.

Palestine : bilan des crimes israéliens du 4 au 10 novembre

Avant cela, la manifestation du vendredi contre la colonie d’Evyatar, à Beita, a causé cinq nouvelles victimes des balles israéliennes, dont Fayez Hamayel (20 ans), grièvement atteint à l’oeil gauche. En prévision de la manifestation, l’occupant avait barré et endommagé les routes, rendant impossible l’accès des ambulances… 

Mardi à l’aube, lors d’un raid sur Silat Al-Harithiya, près de Jénine, l’armée enlève trois villageois, dont une mère, Sabrin Zayoud, et son fils de 14 ans, Ziad. Ces arrestations n’épargnent pas les agents de la police palestinienne tels que Emad Shahine, enlevé dimanche lors de la prise d’assaut de sa maison à Sa’ir, près d’Hébron. 

La mission civilisatrice du colon (gag) 

L’Etat colonial est bâtisseur. Lundi soir, à l’Est de Beit Sahour, près de Bethléem, les forces d’occupation érigent une tour de communication. L’Etat colonial est démolisseur. Jeudi, à 3h du matin, 5 véhicules de chantier, deux voitures de l’administration et 15 SUV militaires encerclent le village de Duma, au sud-est de Naplouse. C’est dans ce village qu’un bébé de 18 mois a été brûlé vif en 2015 lors d’une attaque de colons.

Les assaillants détruisent successivement une salle de prières et une grange, puis saccagent un champ avant de délivrer aux habitants une assignation à détruire une route en construction, presque terminée. Puis ils s’attaquent au plat de résistance : une maison de trois étages. Pas de chance : alerté, un groupe de jeunes forme un bouclier humain contre le saccage. Les soldats furieux arrosent les défenseurs de gaz poivre, plongeant l’un d’eux 15 minutes dans le coma. C’est raté pour cette fois : les Israéliens abandonnent la place, laissant 7 jours aux villageois pour stopper la destruction par la voie légale. Mission impossible… 

Les vaillants colons attaquent un jardin d’enfants 

Dieu « leur a donné cette terre », oliviers compris, et par conséquent le droit d’empêcher les paysans de se rendre dans leurs plantations, comme jeudi à Al-Dhahirah, près d’Hébron. Ou, vendredi, de tenter de s’emparer de la récolte d’un villageois de Kafr Qaddoum (mais, sacrilèges, d’autres villageois repoussent les colons). Ou de massacrer 45 arbres à Burin. Ou, à Surif, près d’Hébron, d’attaquer une famille en train de faire sa récolte. Jeudi, à Battir, l’armée n’a pas eu besoin des colons pour détruire des oliviers en les empoisonnant avec des produits chimiques.

Après les oliviers, les voitures : Mardi à l’aube, dans la zone industrielle d’al-Bireh, une bande de colons crève les pneus de véhicules palestiniens et y tague des slogans racistes. Pendant ce temps, sur la route de Naplouse à Jénine, d’autres colons caillassent les voitures de passage. Rappelons que c’est pour un acte semblable que le jeune Mohammed vient d’être assassiné par l’armée.

Après les voitures, les maisons : Le même vendredi, toujours à Surif, un gang venu de la colonie de Beit Ein caillasse et incendie des maisons et un mobile home avant d’être repoussé par les villageois.

Après les maisons, les humains : Samedi, Burin est à nouveau la cible. Des voyous attaquent des maisons et infligent à trois villageois contusions et fractures. Pendant ce temps, pour la glorieuse « Tsahal », un jardin d’enfants peut être un objectif stratégique majeur. Samedi, près de Yatta, c’est sous sa protection que des colons de Susiya tentent pour la seconde fois de détruire balançoires et toboggans. Ils parviennent à endommager le portail d’entrée avant d’être repoussés par les habitants. Mécontente de l’issue de cette guerre picrocholine, l’armée expulse les villageois et déclare le jardin d’enfants « zone militaire ». Notons que cette information est authentique et n’est pas tirée d’un film d’Elie Suleiman… 

Jérusalem Est sous les bulldozers 

Jeudi, la municipalité israélienne de Jérusalem informe dix familles que leur immeuble du quartier d’al-Tur va être démoli et qu’elles doivent l’évacuer, jetant à la rue 70 personnes, dont 25 enfants. Les coûteuses démarches de régularisation, entreprises depuis 9 ans, n’auront donc servi à rien. En outre, la ville facture 2 millions de shekels (soit 150 fois le salaire annuel moyen palestinien), pour les frais de démolition, à moins que les expulsés ne s’en chargent eux mêmes – ce qui est pour le moins problématique sans les délais, le matériel et la compétence nécessaires !

Le même jour, à Beit Hanina, village voisin de Jérusalem, un propriétaire arrive à démolir lui-même sa maison de trois étages, évitant les 150 000 shekels de frais mais en étant obligé de jeter ses locataires à la rue. Au même moment, à Jabal al-Mukaber, autre village voisin de Jérusalem, une autre maison de trois étages est démolie par son propriétaire.

Mercredi, 8h du matin. A Wadi al-Joz, près de Jérusalem, As’ad Dweik prend son petit déjeuner quand on frappe à la porte. Surprise : sans avertissement préalable, une équipe de la mairie vient démolir sa maison. Couper l’eau et l’électricité, balancer les effets personnels sur le trottoir, c’est l’affaire de dix minutes. Ils abattent à coups de masse les murs intérieurs et détruisent cuisine et salles de bains. Beaucoup de mobilier et d’affaires personnelles sont fichus et huit personnes se retrouvent à la rue. Ceci explique peut-être cela : le propriétaire, Mahmoud Jaber, est emprisonné à Beersheba pour 32 mois. 

Dans Gaza assiégée 

Encerclée, soumise au blocus depuis 14 ans, sous la surveillance constante, menaçante et vrombissante des drones, privée d’eau potable, le plus souvent sans électricité… à Gaza la vie continue pourtant, même si :

– Alors qu’ils naviguent à moins de trois milles des côtes (la limite autorisée par les accords d’Oslo est de 20 milles), d’inoffensifs bateaux de pêche ont encore été attaqués par la marine de guerre les samedi, dimanche (au sud et au nord de la « bande ») et lundi (au large de Rafah et de Beit Lahia).

– Des terres agricoles ont encore été visées dimanche à l’est de Deir al-Balah et lundi à l’est de Jabalia par des soldats campés derrière la « zone tampon » 

La Cisjordanie entravée 

Aux 108 points de contrôle permanents se sont ajoutés 45 checkpoints temporaires et 6 bouclages de routes principales entre le 4 et le 9 novembre à 8h00.

C’est à l’un de ces checkpoints temporaires que Yousef Shamasnah a été arrêté samedi près de Jérusalem et que Hamza Abu Bakr a été piégé mardi matin sur le chemin de son université. 

(Compilé et traduit par Philippe G. pour CAPJPO-EuroPalestine à partir du Palestinian Centre for Human Rights (PCHR) et du Palestinian Monitoring Group (PMG): http://www.nad.ps/ .)

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