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Gideon Levy : nommer les choses par leur nom. « A Qusra, c’est du terrorisme israélien »

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« Le terrorisme à Qusra, à Tell, est israélien. Qualifier ce terrorisme de «juif» visait à effacer ou à atténuer la responsabilité directe d’Israël« , écrit Gidéon Levy dans Haaretz.

« C’est l’État d’Israël, et non pas Weiss ou Shimon, qui en est responsable. la terreur est perpétrée en son nom et le représente, et nous devrions ouvrir les yeux et reconnaître que, aux yeux du monde, elle nous représente. Nous tous, Israéliens.

Le monde ne croit plus à nos distinctions entre le véritable (et beau) Israël et l’Israël (laid) qui s’affiche sur tous les écrans du monde, et à juste titre. Nous devrions accepter que, d’un point de vue historique, nous sommes tous Weiss, Ben-Gvir et Smotrich », explique Gideon Levy.

« Une Israélienne comme vous ou moi est interviewée par le journaliste britannique Piers Morgan dans son émission éponyme, et pendant plusieurs longues minutes, elle refuse de répondre à une question simple : la vie d’un Palestinien vaut-elle autant que celle d’un Israélien?

Morgan pose la question quatre fois, et quatre fois, la dirigeante des colons Daniella Weiss refuse de répondre. Elle va même jusqu’à faire intervenir la question de l’égalité des sexes dans sa réponse – n’importe quoi pour éviter de répondre.

Finalement, elle marmonne quelque chose à propos de Dieu qui a créé tout le monde, afin de repousser cet intervieweur importun. Il lui rappelle les propos d’un autre colon, Yehuda Shimon, de l’avant-poste de Havat Gilad, qui avait déclaré quelques jours plus tôt à la BBC que la vie d’un Juif valait celle de 10 millions de Palestiniens.

Des millions de personnes à travers le monde entendent ces déclarations; que se disent-elles ? Que c’est ça, Israël. Les Israéliens entendent ces déclarations; que se disent-ils ? Que ce n’est pas ça, Israël.

Qu’est-ce que Weiss a à voir avec nous ? Elle ne nous représente pas. Pas plus que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, ni Bezalel Smotrich. Les propos délirants du ministre de la Défense, Yisrael Katz ? Ça n’a rien à voir avec nous.

Les « jeunes des collines » ne nous représentent pas non plus. Les pogroms dans les territoires ? Ce n’est pas nous. Le kahanisme ? Cela n’a rien à voir avec nous ? La moitié des Israéliens affirment même que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne les représente pas.

Israël est devenu un pays étrange, unique; rien de tout le mal qui s’y commet ne nous représente. Une véritable merveille. Les extrémistes, ce n’est pas nous. La laideur : ce n’est pas la nôtre. La suprématie juive : aucun lien avec nous. Rien de problématique ne nous appartient. Même le gouvernement ne nous représente pas. Alors qui nous représente ? Où sont les millions d’Israéliens pour qui rien de ce qu’Israël fait ne les concerne ?

Il est temps de reconnaître qu’Israël est précisément ce que voient les téléspectateurs britanniques et américains. À leurs yeux, Weiss, c’est Israël, et Israël, c’est Weiss. Après la mort de dizaines de milliers de Gazaouis, dont des milliers de bébés, et après les affreuses manifestations quotidiennes de suprématie juive en Cisjordanie, il n’est plus possible de dire au monde « ce n’est pas nous » et « ce n’est pas en notre nom ». Le monde n’y croit tout simplement plus. (La question intéressante est de savoir combien d’Israéliens croient encore à ces distinctions imaginaires.)

Le premier à l’avoir dit, peut-être involontairement, fut, contre toute attente, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee. Du fond de sa vision délirante d’un Israël s’étendant du Nil à l’Euphrate, il a prononcé pour la première fois les mots « terrorisme juif ».

La droite, qui prétend depuis des années qu’il n’y a pas de «terrorisme juif», a raison. Il n’y a pas de «terrorisme juif». Il y a – et comment ! – du « terrorisme israélien ». Qualifier ce terrorisme de «juif» visait à effacer ou à atténuer la responsabilité directe d’Israël. Cela servait les intérêts de l’État, bien sûr. Mais cela servait aussi ceux des Israéliens, qui pouvaient continuer à se dire qu’il existait ce groupe d’extrémistes qui ne représentait pas l’État, et encore moins eux-mêmes. »

Par Gideon Levy

CAPJPO-Europalestine

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