Header Boycott Israël

« La torture ‘soft’ des checkpoints », par Amira Hass

« Israel forme ses soldats à la torture douce, psychologique, en plus des tortures physiques.  Chaque jour, la mission de dizaines de soldats âgés de 18 à 20 ans est de faire perdre du temps à des centaines de Palestiniens de tous âges, de leur faire perdre la tête à coup de réunions manquées, d’incertitude, d’annulations de rendez-vous chez le médecin, de retard  pour le dîner avec les enfants… Ce harcèlement est rendu possible par les checkpoints », écrit Amira Hass dans Haaretz.

"La torture 'soft' des checkpoints", par Amira Hass

« Ces structures de contrôle des déplacements des Palestiniens, qui peuvent être fixes ou volantes- pouvant donc surgir n’importe où et n’importe quand, font délibérément perdre aux Palestiniens au moins une demi-heure ou une heure par jour. Le temps volé est invisible. Il est impossible de le toucher et il ne saigne pas », explique la journaliste israélienne, basée en Cisjordanie.

« Par exemple, mardi 10 novembre, à 21h30, une très longue file de voitures attendait derrière le checkpoint fixe à la sortie nord-est de Ramallah – El Bireh. Le bout de la file était sur la place City Inn, sur Naplouse Road, elle était d’environ 400 mètres de long. Je voyageais en direction de Ramallah. J’ai vu sur l’autre voie une voiture arrêtée et deux soldats à côté. Ils ne bougeaient pas et toutes les voitures derrière étaient bloquées.

Je ne me suis pas arrêtée. Je ne suis pas sortie de la voiture pour demander aux soldats armés ce qui se passait. C’est un checkpoint que les piétons ne sont pas autorisés à traverser. Je n’avais pas envie de mettre mon propre corps sur la ligne pour voir si les soldats respectent bien les ordres d’arrêter un suspect en criant «arrêtez» et en ne tirant pas immédiatement après. Mais même sans me renseigner, je savais par expérience : une si longue file d’attente qui n’avance pas, à une heure qui n’est pas une heure de pointe, est bloquée ainsi depuis longtemps. Pas un seul conducteur n’a osé klaxonner et montrer son irritation. Le silence des voitures semblait traduire un respect et une obéissance apparents. En dessous pourtant, il y avait de la lave en fusion.

Trois jours plus tard, le vendredi 13 novembre, vers 16h15, je roulais sur la route Bir Zeit – Nabi Saleh. A l’entrée du petit village d’Atara se tenaient deux files de voitures : l’une face à la sortie et l’autre face au village. Deux soldats armés se tenaient au milieu. S’il y avait une jeep militaire là-bas, je ne l’ai pas remarquée. Les voitures ne bougeaient pas.

Cette fois, je ne me suis pas arrêtée.  J’étais pressée, et je craignais aussi que les soldats se vengent sur les chauffeurs palestiniens et allongent encore leur attente si je commençais à poser des questions. J’ai continué vers l’ouest.  A l’entrée du village de Nabi Saleh, on pouvait voir le même spectacle : deux files de voitures, deux soldats et les voitures qui attendent et attendent.

Le même jour, 16 checkpoints volants ont été installés en Cisjordanie. Dans l’un d’eux, une personne a été détenue, selon le rapport du département des négociations de l’OLP.  Le 15 novembre, il y en a avait 18 et deux jours plus tard, 12.

Le pouvoir de nuire est entre les mains de deux soldats armés de fusils.

J’ai envoyé les questions suivantes au porte-parole de l’armée: « Concernant le checkpoint fixe, était-ce une voiture spécifique qui a été contrôlée pendant une longue période, et par conséquent la longue file d’attente s’est formée, ou était-ce un contrôle de routine de chaque voiture ? Une arrestation a-t-elle été faite sur les lieux ? Quand le bouchon s’est-il résorbé ?  Pourquoi, lorsqu’une voiture est arrêtée, pour quelque raison que ce soit, n’est-elle pas placée sur le côté (par exemple, comme au checkpoint de Hizma où passent les colons et autres Israéliens), pour éviter de bloquer tout le monde ? »

Quant aux deux checkpoints volants, j’ai demandé: « Sont-ils régulièrement dans cette zone le vendredi ?  Sinon, y avait-il une raison particulière pour les placer dans ces deux villages ce vendredi, et quelle était-elle ? Combien de temps ces checkpoints ont-ils été placés là ce jour-là?  Y a-t-il eu des arrestations ? »

Et voici la réponse du bureau du porte-parole de l’armée : « Les forces de Tsahal mènent une série d’activités opérationnelles dans le but de protéger la sécurité des résidents [lire, les colons – AH] dans la région de Judée-Samarie. Dans le cadre de ces activités, les forces placent de temps à autre des points de contrôle mobiles sur la route et procèdent à des contrôles en fonction des évaluations de la situation et des renseignements pertinents. Il s’agit d’un outil opérationnel efficace et souvent des suspects et des armes sont arrêtés à la suite de ces activités opérationnelles. Il convient de souligner que parallèlement à la nécessité de ces activités, les forces de Tsahal font tous les efforts possibles pour préserver la routine normale de ceux qui voyagent sur les routes. »

« La routine normale de ce régime militaire étranger implique également l’abus psychologique des sujets et leur humiliation.  Le contrôle du temps des sujets palestiniens complète le contrôle de leur terre, mais ce temps ne peut être retrouvé« , conclut Amira Hass, qui n »évoque dans cet article que les contrôles routiers, et pas les nombreux checkpoints obligatoires pour les piétons.

Checkpoints équipés, rappelle-t-on avec des logiciels de HP (Hewlett Packard…)

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

CAPJPO-EuroPalestine