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Royaume-Uni : le grand réalisateur Ken Loach exclu du Parti Travailliste pour son soutien à la Palestine

Le Parti Travailliste britannique n’en finit pas de se faire hara-kiri, pour complaire au lobby israélien : dernier épisode en date de cette « chasse aux sorcières », qui voit les effectifs du parti d’opposition fondre comme neige au soleil, l’exclusion du cinéaste Ken Loach, champion de la solidarité avec le peuple palestinien et de la campagne BDS, en plus de nombreux Juifs à l’intérieur du parti.

Ken Loach exclu du Parti Travailliste pour son soutien à la Palestine
Palme d’Or au Festival de Cannes à deux reprises

C’est Loach lui-même qui a annoncé la mesure édictée par le patron du parti Keir Starmer, dont la seule fonction à la tête du « Labour » depuis deux ans aura été d’étouffer toute voix un tant soit peu critique de l’apartheid israélien. Le tout, bien évidemment, sous couvert de pseudo- « lutte contre l’antisémitisme », ce chantage permanent promu par le régime colonial pour interdire tout débat sur la question de Palestine.

Loach a d’ailleurs précisé que c’est pour avoir refusé de désavouer ses camarades honteusement accusés d’antisémitisme qu’il a lui-même été exclu ! 

Agé aujourd’hui de 85 ans, Ken Loach a réalisé des dizaines de films, le plus souvent dédiés à la mise en lumière de l’injustice de nos sociétés, sous toutes les latitudes.

2012 : lauréat du Prix Lumière à Lyon, malgré les jérémiades du lobby pro-apartheid

De Land and Freedom, qui retrace la résistance au fascisme pendant la guerre d’Espagne, à Secret Defense ou Le Vent se lève, dénonçant l’oppression du peuple irlandais par le royaume britannique, en passant par Raining Stones, en hommage à la classe ouvrière, Loach a collectionné les trophées, notamment au Festival de Cannes dont il est revenu à deux reprises avec la Palme d’Or.

Résolument engagé contre le capitalisme et l’impérialisme, Ken Loach s’était à juste titre tenu pendant longtemps à l’écart du Parti Travailliste, un parti aussi peu socialiste que le PS français. Il n’y avait adhéré qu’en 2015, en même temps que des dizaines de milliers de jeunes des classes populaires, lorsque l’accession de Jeremy Corbyn à la tête du parti augurait un salutaire renouveau de la vieille maison. 

Entre autres, sur la question de Palestine, où le Parti Travailliste a eu historiquement les mains aussi sales que celles de son concurrent du Parti Conservateur, aux commandes outre-Manche depuis une douzaine d’années.

Las ! C’était sans compter avec la campagne de dénigrement de Corbyn, orchestrée par l’ambassade d’Israël à Londres, comme l’a démontré un reportage dévastateur, tourné en caméra cachée, de la chaîne Al-Jazeera. A grand renfort d’articles mensongers dans des médias aux ordres, la campagne hystérique sur « l’antisémitisme » imputé à Corbyn a fini par avoir la peau de ce dernier, à charge pour son successeur Keir Starmer d’arracher les « mauvaises herbes » : autrement dit, toutes celles et tous ceux qui au Labour, n’applaudissent pas à chaque nouveau massacre de Palestiniens perpétré par l’armée ou les colons israéliens.

Peu importe que cela se traduise par une saignée des effectifs et des déculottées électorales pour le Labour de Starmer, l’important étant d’obéir aux injonctions du lobby, ouvertement dirigé par l’ambassadrice d’Israël à Londres, la fanatique Tzipi Hotovely.

Dans sa frénésie anti-palestinienne, Keir Starmer s’est attaché, depuis qu’il est aux commandes, à pourchasser les membres du parti eux-mêmes d’origine juive, mais solidaires du peuple palestinien, et pas de ses oppresseurs.

Parmi eux Moshe Machover (juif et israélien), ainsi que Tony Greenstein, mais aussi plus récemment Naomi Wilborne-Idrissi, Diana Nelsen et Roger Silverman,membres de l’association « Jewish Voices for Labour » (Voix Juives pour le Labour) .

Wilborne-Idrissi

A 68 ans, issue d’une famille juive d’Europe de l’Est émigrée en Angleterre à la fin du 19ème siècle, Naomi Wilborne-Idrissi lutte contre le racisme et contre la guerre depuis des décennies.

Mais elle a osé protester contre “l’instrumentalisation de l’antisémitisme » et été dénoncée courageusement par un anonyme du Parti. Suspendue le 2 décembre 2020, elle a été exclue le 19 janvier dernier dans le cadre de la « lutte contre l’antisémitisme ».

 » Nous assistons à une dangereuse chasse aux sorcières contre le soi-disant « nouvel antisémitisme » ou « l’antisémistisme de gauche », et à un raisonnement selon lequel les critiques contre Israël et le soutien à la Palestine sont motivés par une hostilité à l’encontre des Juifs en tant que Juifs.

Le tout pour supprimer la liberté d’expression et détourner l’attention des véritables sources des menaces auxquelles nous et ceux qui sont racisés sommes confrontés avec le sectarisme croissant de la droite et de l’extrême-droite ».

Roger Silverman


Il a répondu comme suit au Labour Parti :

« J’ai reçu votre courrier dans lequel vous me demandez ‘d’apporter les preuves que je ne soutiens pas’ un groupe que vous avez arbitrairement proscrit il y a trois semaines.

C’est une technique classique des purges de ce genre, qui remontent aux chasses aux sorcières du 17ème siècle. Technique qui défie toutes les normes de la vraie justice. Je ne me sens aucunement obligé de vous apporter la moindre preuve de quoi que ce soit ».

« Je considère comme un honneur de rejoindre les rangs de générations de socialistes persécutés, de George Lansbury, Stafford Cripps, Aneurin Bevan, Michael Foot, Jeremy Corbyn et beaucoup d’autres, dont mon père Sydney Silverman, membre du Parti travailliste pendant 33 ans, qui fut expulsé à deux reprises du groupe travailliste au parlement ».

« J’ai pour ma part adhéré au Labour Parti depuis plus de six decennies, et j’ai été un militant socialiste actif toute ma vie. Alors, votre “notification d’une possible exclusion automatique” – c’est à dire menace d’une expulsion sans procès » ne vous honore pas. Je vous mets au défi d’énoncer des arguments politiques contre moi au lieu de recourir à cette lâche procédure. »

Diana Nelsen

 Agée de 81 ans, Diana Neslen, fait partie de ceux qui se sont battus contre l’apartheid en Afrique du Sud. Et l’apartheid, elle en parle donc en connaissance de cause.

  » C’est pendant un voyage en israël à la fin des années 1950 que j’ai ouvert les yeux sur la réalité de l’oppression et qui m’ont fait perdre mes illusions sur le sionisme. Ayant assisté au racisme en israël, je me suis sentie trahie par le mouvement sioniste ».

J’ai passé l’essentiel de ma vie adulte à lutter contre toutes les manifestations de racisme, ce qui inclut évidemment l’antisémitisme. Qu’il s’agisse du racisme en Afrique du sud, au Royaume-Uni ou en Israël, Etat désormais qualifié d’apartheid tant par des ONG de défense des droits humains que par l’ONU.

Les membres de ma famille ont été les cibles de la violence des groupes fascistes. Mon fils a été attaqué par l’extrême-droite à Londre dans les années 1990. Et toute mon histoire montre que les Juifs courent bien plus de risques physiques de la part des groupes néo-nazis et fascistes qui exercent leur violence avec une certaine tolérance de la part du pouvoir que de la part de militants de gauche qui peuvent parfois faire des commentaires stupides susceptibles d’être qualifiés d’antisémites.

Personnellement les manifestations de violence les plus marquées que j’aie subies se sont produites chaque fois que j’exerçais mon droit de dénoncer les politiciens israéliens. Ainsi, lors d’une manifestation à laquelle je participais à Londres avec une pancarte, quelqu’un est venu m’agresser en me traitant de « terroriste » et en me menaçant de me frapper. Je l’ai signalé aux policiers qui n’ont pas bougé.

Combien de fois avons nous été obligés de solliciter la protection de la police, lors de manifestation où des partisans inconditionnels d’Israël nous insultaient et nous menaçaient ? Pas étonnant d’ailleurs que ces sionistes accueillent des fascistes comme Tommy Robinson et Paul Besser dans leurs rangs. »

Le but de ces sionistes d’extreme-droite est de bâillonner la voix des Palestiniens et de ceux qui les soutiennent. Et ils ciblent forcément les juifs parce que nous démentons leur propagande selon laquelle tous les juifs soutiennent Israël.

En février dernier, des non-juifs pas gênés du Labour Party m’ont estimée coupable d’antisémitisme, moi juive pratiquante et antiraciste de longue date. Le parti a exigé de moi la confidentialité et a refusé de me dire qui avait pris cette décision, me déclarant qu' »ils tenaient à protéger leurs informateurs »

J’aurais eu le tort de « faire des métaphores et comparaisons entre Hitler, les nazis, l’holocauste et la situation en Israel-Palestine ». J’aurais notamment dit en entendant : « Israël a le droit de se défendre » concernant les massacres israéliens à Gaza en 2014, que les Allemands avaient eu le même droit en 1942 à Lidice. (Village de Tchecolovaquie où tous les hommes ont été exécutés, tandis que les femmes et les enfants étaient envoyés dans des camps de concentration, après la tentative d’élimination du chef SS Reinhard Heydrich).

Dans les deux cas, l’occupant a eu recours à des punitions collectives contre la population occupée, cela se produit dans tous les cas d’occupation, si une grande puissance ne s’y oppose pas. C’est aussi ce qui s’est passé pour les Juifs : les déportations, les ghettos, les pogroms….

Et la comparaison entre deux pays me parait totalement légitime. »

Miriam Margolyse :

« Mon cas n’a pas encore été tranché, mais mon exclusion du Labour Party me pend au nez, puisque j’ai soutenu les autres membres exclus parce qu’accusés à tort d’antisémitisme.

Et la direction du parti m’a fait savoir qu’elle prendrait des mesures contre moi si je rendais cette information publique…

Mais je ne suis pas seule à penser que nous tous, juifs qu’on essaie de faire taire, devons nous défendre vigoureusement et chercher la justice à l’extérieur du parti. »

(Traduit par CAPJPO-EuroPalestine)

Source : SKWAWKBOX (SW)

CAPJPO-EuroPalestine