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La Palestine au jour le jour : Semaine du 5 au 11 août

Beita résiste toujours et ses habitants en paient toujours le prix fort ! Imad Dweikat, assassiné alors qu’il discutait tranquillement avec un ami, est le sixième habitant de Beita victime de snipers en quelques semaines. Dont deux mineurs.
Pendant ce temps, Gaza vit sa quinzième année de blocus, la Cisjordanie est réduite à l’état de bantoustans isolés par un mur et des checkpoints, la toile carcérale s’étend et le nettoyage ethnique se poursuit, discrètement mais sûrement, avec Jérusalem en cœur de cible…

Beita en résistance
Le 6 aoüt vers 13h30, après la prière du vendredi, les villageois amorcent leur marche pacifique quasi quotidienne vers le mont Sobeih, où un poste militaire prépare le terrain à une prochaine légalisation de l’avant-poste colonial d’Evyatar. Arrivés sur les lieux, ils se heurtent aux tirs de l’armée d’occupation et ripostent à coups de pierres. Les affrontements durent deux heures.
Imad Dweikat ne participe pas aux affrontements. A l’ombre d’un olivier, à 150 m de la manifestation, ce père de famille de 37 ans discute tranquillement avec un ami lorsqu’il s’effondre brutalement, en sang. Selon le témoignage de cet ami, ils n’ont pas entendu le coup de feu du sniper qui a transpercé l’abdomen d’Imad. Conduit au dispensaire du village, et de là à l’hôpital de Naplouse, il décède peu après.
Outre 31 victimes de suffocation, 21 manifestants sont blessés au cours de la même marche, dont le journaliste Naseem Maala.
Le soir, alors que les villageois protestent contre le meurtre, ils subissent des lancers de lacrymos qui occasionnent 8 suffocations et des tirs à balles qui causent 4 blessés supplémentaires, dont un mineur de 16 ans : Anas Dweikat.
Le lendemain soir, une nouvelle manifestation provoque 27 suffocations et 10 blessés par balles.
Le jour suivant (8 août), 47 suffocations et 5 blessés par balles.
Mais Beita tient bon. Il ne veut pas connaître le sort d’autres villages palestiniens harcelés par les colonies environnantes.

La Palestine au jour le jour


Autre victime de la violence coloniale : le 11, Diaeddin Sabarini (25 ans) décède à l’hôpital de Naplouse. Cet habitant du camp de réfugiés de Jénine avait été blessé par balles le 3 aoüt dernier lors d’affrontements consécutifs à un raid de l’occupant.
Au total, le PMG recense 49 blessés cette semaine. La plupart sont victimes des balles tirées au cours de 81 raids et 25 attaques contre des manifestations pacifiques en Cisjordanie. Les colons se glorifient d’y prendre leur part…


Les colons agressent les gens, saccagent et volent les propriétés…

Ainsi, au soir du 5, près de Haris, une bande de colons tabasse un habitant du village de Rojib (près de Naplouse), lui causant de graves ecchymoses.
Le 6 au soir, des fanatiques de la colonie d’Ofra, construite sur les terres de la ville de Silwad, rouent de coups Nael Hamid Awawdeh (66 ans), habitant de Deir Dibwan, et 4 de ses fils, dont 2 mineurs : Abdel Hamid, 15 ans et Youssef, un gamin de 12 ans. Les victimes sont conduites à l’Hôpital gouvernemental de Ramallah.
Pendant ce temps, près de Jénine, des agitateurs de la colonie de Mofu Dotan envahissent les terres agricoles de Kafr Ra’i, tabassent un paysan et cassent le pare-brise de sa voiture.
Le 8, d’autres colons rossent un berger qui faisait paître ses moutons près de Beit Dajan (gvt de Naplouse).
L’après-midi du 10, près de Naplouse, des miliciens de la colonie d’Yitzhar attaquent le village d’Urif, lapidant les habitants et leurs maisons. Trois personnes doivent être hospitalisées.


Au total, 13 attaques de colons sont répertoriées cette semaine. Outre les personnes, elles ont ciblé prioritairement des oliveraies, moyen de subsistance et arbre symbole de la culture palestinienne.
Cas emblématique : le 6 août, des colons vandalisent une oliveraie du village de Jab’a, près de Bethléem. Il faut savoir qu’isolées par le mur d’annexion, les terres du village sont inaccessibles depuis 2005. L’armée ne permet aux propriétaires d’entrer sur leurs terres que deux fois par an, une fois pour labourer la terre et tailler les arbres, l’autre fois pour récolter les fruits. Sauf que les colons des colonies « Jab’out » et « Beit ‘Ayem » ne se gênent pas pour voler les olives quand elles sont mûres… s’ils n’ont pas détruit les arbres avant.

Soldats et colons unis pour la colonisation
Partout, soldats et colons sont complices. Le village de Kisan, près de Bethléem, en sait quelque chose…
Le 9 août au matin, des colons s’installent sur une terre à l’ouest du village. Pendant que les squatters aménagent ce terrain à leur guise, plantant notamment des pins et installant des poteaux électriques, l’armée empêche Hussein al-‘Abyyat, le propriétaire, d’approcher. Lorsque les villageois volent au secours de Hussein, l’armée réagit en faisant venir de nouveaux colons et en arrêtant Hussein et ses fils pendant plusieurs heures. Il faut dire que depuis longtemps, ce village est la cible d’attaques de grande envergure de la part de colons qui, non contents de voler les terres pour étendre leurs implantations, agressent les paysans spoliés, les empêchent d’accéder à leurs terres et saccagent leurs récoltes.


De même, le 7 vers 12h30, une bande de colons de « Beit Hadasa », dans la vieille ville d’Hébron, caillasse des maisons palestiniennes. Stationnés sur le toit des maisons, les soldats n’interviennent pas. Vingt minutes plus tard, des policiers israéliens demandent aux colons de s’éloigner. Une fois la police partie, l’armée prend le relais des colons en faisant une descente devant les maisons lapidées. Les soldats prennent dans leurs filets deux frères, Yasin (17 ans) et Sa’ed Seder (19 ans), qu’ils rouent de coups avant de les arrêter. A 2 h du matin, Yasin est libéré près du centre municipal d’Hébron, où l’occupant a établi un poste de contrôle militaire. Il souffre de fractures du nez suite aux coups reçus. Quant à Sa’ed, il est relâché vers 4h00 du centre d’interrogatoire de la colonie « Kiryat Arba' », à l’est d’Hébron.

Enfants incarcérés
Cette semaine, 98 Palestiniens de Cisjordanie ont été emmenés en détention, coupables d’avoir protesté contre la colonisation ou tout simplement d’habiter une terre qu’Israël veut s’approprier. Parmi eux, 8 mineurs :
⁃ le 6, Hatem Adel Kaaba (13 ans) et Muhammad Nidal Masouda (14 ans) à Ramallah, Yousef Ayesh Hamad (14 ans) à Beit Jallah ;
⁃ le 8, Wadih Murad Mustafa (14 ans) à Issawiya, Muhammad Iyad Diriyah (15 ans) et Anas Fadel Diriyah (16 ans) à Beit Fajjar ;
⁃ le 9, Mohammed Khalil Atta (17 ans) à Deir Abu Masha’al ;
⁃ le 10, Hamza Firas Odeh (14 ans) au cours d’un raid sur Deir al-Ghusun qui cause aussi un blessé et la capture de 5 autres personnes.

Main basse sur Jérusalem
Le 5 au matin, les Israéliens démarrent la construction de colonies sur le terrain en friche de l’ex-aéroport international de Jérusalem Est, à Qalandia. La municipalité israélienne de Jérusalem a déjà entrepris des travaux d’infrastructure et construit de nombreuses rues à Qalandia, où la route 45 a été fermée entre la zone industrielle de la colonie « Atarot » et le checkpoint de Qalandia. Sur le terrain de 124 hectares ainsi dégagé, il est prévu de construire entre 6 900 et 9 000 logements, auxquels doivent s’ajouter des magasins sur une surface de 30 hectares. De plus, 45 000 m² sont alloués à un hôtel, des réservoirs d’eau et d’autres installations. Le projet isolera Jérusalem de la Cisjordanie, en particulier de la zone nord, qui sera définitivement fermée, dans le cadre de l’établissement d’une ceinture de colonies entourant la ville et de la construction de logements pour les colons. Les projets de colonisation visent également à étendre et à modifier les frontières de Jérusalem, en plus de couper les villages palestiniens de la région et de bloquer toute communication, même avec les quartiers et les communautés palestiniens.

Défense de construire chez vous !
Le 5 août à l’aube, une armada de véhicules civils et militaires escortant quatre pelleteuses font irruption au village de Sa’ir, au nord d’Hébron. Ils détruisent deux maisons en construction de deux étages chacune, où deux familles devaient emménager bientôt. Les jeunes du quartier qui tentent de s’opposer essuient des tirs de lacrymogènes et quatre d’entre eux sont emmenés au poste et relachés en fin d’après-midi.
Le même jour, l’armée fait appel au renfort d’une société privée pour détruire et confisquer les tentes et les enclos à bétail d’une famille bédouine près de Ramallah.


Mais le 6 au matin, ce sont 7 frères et sœurs qui détruisent eux-mêmes leurs maisons au village de Beit Hanina, au nord de Jérusalem-Est, au moyen de deux excavatrices de location. Ils risquaient une amende de 200 000 shekels (52 610 €, 17 fois le revenu annuel moyen en Palestine). Ce sont d’un coup 46 personnes, dont 32 enfants de moins de 15 ans, qui se retrouvent sans toit !
En tout, 13 maisons ont été démolies cette semaine, la plupart des mains de leur propriétaire.

Haro sur les mosquées

Quasi-quotidiennement, autour de 8h30, une bande de colons protégés par la police se livre à des provocations sur l’esplanade des mosquées et moleste des fidèles. Et si l’on échappe aux coups sur l’esplanade, on risque d’y être arrêté : c’est ce qui est arrivé cette semaine à Majed Ragheb al-Jo’ba, à Nitham Abu Romouz et à Alaa Zughayar.
Autre lieu disputé : Hébron. Abraham / Ibrahim est un patriarche respecté des trois monothéismes et, pour son malheur, Hébron est censé abriter son tombeau. Non contents d’occuper le centre-ville et de pourrir la vie des Palestiniens, des fanatiques protégés par l’armée ont jeté leur dévolu sur la mosquée d’Ibrahim et un ascenseur a été construit pour leur permettre d’accéder au toit de la mosquée.
Le 5, la mosquée est carrément fermée aux fidèles afin de ne pas perturber les festivités judaïques des colons. En guise de riposte, le 11, après la prière, des dizaines de Palestiniens organisent un sit-in pacifique pour exiger l’arrêt des constructions israéliennes à proximité de la mosquée. Des forces importantes de la police des frontières israélienne arrivées sur zone tirent des grenades assourdissantes et arrêtent deux manifestants.

L’occupant enferme et harcèle Gaza
Distiller le chaud et le froid fait partie du harcèlement sadique exercé par l’occupant contre Gaza. Le 9, le Comité chargé de coordonner l’entrée de marchandises dans le territoire annonce qu’Israël est revenu sur sa décision d’alléger très légèrement le blocus. Quelque 34 catégories de marchandises sont à nouveau prohibées, parmi lesquelles les téléphones cellulaires, ordinateurs, PC portables, matériel de connexion Internet…
Mais parallèlement, l’occupant se livre à des attaques tous azimuts, par terre, par mer et par air.
Contre des terres agricoles :
Le 7 à 2h55, un missile tiré par un drone vise une exploitation agricole à Beit Hanoun. Cinq minutes plus tard, un jet tire deux autres missiles contre la même ferme. La déflagration brise les vitres des maisons alentour.
Contre des pêcheurs :
Le 6 à 5h45, au large d’al-Sudaniyia, des navires garde-côtes tirent sur des bateaux de pêche à l’intérieur de la zone de 3 milles marins théoriquement autorisée par Israël (en droit international, les eaux territoriales s’étendent normalement jusqu’à 12 milles).
Le soir du 7, dans les mêmes parages, les bateaux visés par les tirs et les fusées éclairantes naviguaient à seulement 1,5 mille de la côte.
Ces attaques se répètent le 9, le 10 et le 11.
Incursion terrestre :
Le 8 entre 10h et 13h30, à l’est du camp de Maghazi, véhicules militaires et bulldozers, couverts par des avions de reconnaissance prennent d’assaut des terres agricoles sur une profondeur de 100 mètres et se livrent à des travaux de terrassement.


L’occupant entrave
Aux 108 points de contrôle permanents se sont ajoutés cette semaine 71 checkpoints temporaires, ainsi que 7 fermetures de routes ou carrefours stratégiques. La région qui borde la frontière jordanienne est particulièrement surveillée et donne lieu à de fréquentes arrestations. En Palestine occupée, se déplacer est une épreuve qui peut finir tragiquement.

(Compilé et traduit par Philippe G. pour CAPJPO-EuroPalestine, à partir du Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), du Palestinian Monitoring Group (PMG): http://www.nad.ps/ et de la compilation de Leslie et Marian Bravery* (Palestine Human Rights Campaign, Auckland, Nouvelle Zélande).

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